Gazette Drouot logo print

Masterpiece 2019 : bien finir la saison !

Published on , by Pierre Naquin

Dernière foire internationale avant les vacances d’été, Masterpiece devrait permettre à beaucoup de ses exposants de passer un été serein. Incontestablement, les acheteurs étaient au rendez-vous.

Masterpiece London 2019. Masterpiece 2019 : bien finir la saison !
Masterpiece London 2019.
Photo Ben Fisher. Courtesy Masterpiece

Lucie Kitchener, la directrice de la foire, pouvait avoir le sourire, tous les voyants étant au vert. La fréquentation est en hausse (+ 10 %, 55 000 visiteurs), et surtout, les ventes sont aux rendez-vous pour la quasi-totalité des acteurs. «C’est un salon auquel j’ai énormément de plaisir à participer. Je ne vois pas ce qui pourrait être amélioré qui ne soit pas de mon fait», indique l’exposant parisien Oscar Graf. «Masterpiece attire certains collectionneurs que l’on ne voit qu’ici. J’ai personnellement reconnu cinq personnes parmi les cent plus riches du monde !», ajoute le genevois  et nouvellement à Paris  Charly Bailly. «Ce salon fait réellement attention à ceux qui font le succès d’une foire : les collectionneurs et les marchands. Certains  installés  oublient malheureusement cela.» On l’aura entendu, c’était pour lui sa meilleure édition. Il vendait cinq pièces, dont trois à des prix «à six chiffres».
Des ventes à gogo
La très grande majorité des exposants avait le sourire aux lèvres au moment de rendre le tablier. Le spécialiste de la sculpture Robert Bowman vendait pour près de 500 000 £, dont un petit bronze d’Henry Moore, de 1952, pour 180 000 £. Dickinson vendait un Picasso et un Poliakoff, tous deux «à sept chiffres». Hauser & Wirth qui présentait une magnifique création de Takesada Matsutani  se défaisait notamment de Vertigo (1973) de Luchita Hurtado pour 285 000 £. Robert Young cédait plus de vingt-cinq pièces. «Il est pour moi désormais incontestable que Masterpiece est la meilleure foire de Fine Art au Royaume-Uni.» Le succès se poursuivait chez New Art Centre, avec un grand bronze de 2006-2007 de Gary Hume pour plus de 150 000 £, quand Modernity (Stockholm) plaçait un cabinet de Josef Frank, vers 1940, pour 100 000 £. Lyndsey Ingram voyait les œuvres partir «de 5 000 à 150 000 £». «Nous avons fait plus d’un million de dollars de ventes sur la foire, sans même compter le potentiel d’aftersales », s’enthousiasmait Sundaram Tagore ; il voyait notamment deux Waterfall d’Hiroshi Senju recevoir 320 000 $ chacun. «Les ventes ont été excellentes et nous avons rencontré plus de clients que nous pourrions satisfaire sur l’année !», ajoutait Zesty Meyers de R Company (New York).
MCH n’y est pour rien
L’arrivée de MCH au capital de la foire il y a un peu plus d’un an ne semble pas  aux yeux des marchands  avoir été la clé de ce succès. «Sans lire les journaux, impossible de le deviner», déclarent de concert Harry et Guy Apter, auxquels ils ne restaient qu’une poignée d’œuvres à l’issue du salon. «Je l’ignorais», confirme Oscar Graf. Celui-ci plaçait notamment un beau vase de Christopher Dresser, vers 1890, à un musée américain. Certains soulignaient néanmoins une autre appréhension de la foire qui pourrait coïncider avec l’arrivée du nouvel actionnaire : «L’approche est devenue plus globale, tout en conservant la très haute qualité», indiquait Polly Bielecka de la Pangolin London Sculpture Gallery. Elle cédait entre autres trois pièces du céramiste Merete Rasmussen et une très grande œuvre de David Mach… «On a l’impression qu’il y a plus de visiteurs internationaux depuis deux ans, renchérissaient Mattia Maurizio Martinelli et Roberta Tagliavini de Robertaebasta (Milan), c’est juste dommage qu’ils aient annulé la soirée de charité.» D’un autre côté, la concomitance avec les dispersions publiques d’art moderne et contemporain à Londres renforçait l’attention internationale. «Il me semble que ce calendrier de la foire si proche des ventes aux enchères apporte beaucoup», faisait ainsi observer Tim Hawkinson (Marc Straus), qui avait traversé l’Atlantique pour l’occasion. Il vendait plusieurs œuvres d’Antonio Santin, de Michael Brown et de Clive Smith, «dont des exemplaires encore dans l’atelier !» «J’ai quand même l’impression que la plupart des visiteurs étaient basés au Royaume-Uni», nuance Nina Fellmann, d’Annely Juda Fine Art. «Le week-end semblait également plus calme. C’est notre premier Masterpiece c’est vrai que, pour nous, participer à un autre événement aussi près d’Art Basel peut être compliqué, surtout que la durée est quand même longue.» Elle vendait néanmoins principalement dans sa fourchette de prix haute.
Trop cher !
Certains reprochent tout de même à la foire son coût élevé. «Nous n’étions pas rassurés au moment d’ouvrir. Entre Trump, le Brexit et le prix énorme des stands… mais on s’en est bien tirés», glisse le spécialiste de la photo Peter Fetterman. Il obtenait 50 000 $ du célèbre Models in the Window d’Ormond Gigli, plusieurs tirages d’Ansel Adams partant entre 12 000 et 20 000 $ et ceux du photographe finnois Pentti Sammallahti entre 1 200 et 2 500 $. «Je pense que la foire  comme nous tous  doit se dédier à faire émerger une nouvelle génération de collectionneurs», ajoutait-il. «Quand on expose des artistes contemporains, il faut vendre beaucoup de pièces pour couvrir les frais du stand. Nous avons cédé huit pièces, mais le compte n’y est pas encore. Je reste tout de même optimiste», déclarait Toby Clarke de la galerie Vigo. Partaient une peinture d’Ibrahim El-Salahi, artiste également présenté à la Saatchi Gallery en ce moment, ainsi que sept Johnny Abrahams  «mais nous pourrions les vendre déguisés en clown !» «Même si elles étaient bonnes, les ventes restaient plus difficiles à concrétiser», analysa pour sa part l’Allemand Manuel Ludorff, qui plaçait notamment des gravures de Josef Albers pour 15 000 £. «Il y avait encore beaucoup d’exposants londoniens, il faudrait continuer de travailler le profil international de la foire.» 

Gazette Drouot
Gazette Drouot
Welcome La Drouot Gazette offers you 2 Articles.
You still have 1 article(s) left to read.
I subscribe