Maria Van Oosterwyck, la nature au féminin

On 04 March 2021, by Sophie Reyssat

Artiste rare de la Hollande du XVIIe siècle, Maria Van Oosterwyck fait la démonstration de son talent avec ce bouquet virtuose accompagné de coquillages.

Maria Van Oosterwyck (1630-1693), Bouquet de fleurs dans un vase en grès du Rhin posé sur un entablement à côté d’une nature morte de coquillages, toile signée, 101,5 78 cm.
Estimation : 100 000/150 000 €

Ce tableau de Maria Van Oosterwyck est une découverte d’autant plus intéressante que les œuvres de cette artiste du XVIIe siècle sont rares… presque autant que les femmes peintres à cette époque. Pour celles ayant une quelconque ambition artistique, mieux valait naître dans un environnement familial et social propice. Certes, la Renaissance a entrouvert les arts, la littérature et les sciences aux talents féminins, soutenus ensuite par les philosophes et encouragés par les salons, mais seules quelques heureuses élues sont gratifiées d’une renommée habituellement réservée aux hommes. À ce titre, tous les pays ne sont pas logés à la même enseigne. La Hollande fait ainsi figure d’exemple. Du temps de Maria Van Oosterwyck, les femmes bénéficient d’un meilleur statut juridique que dans la plupart des monarchies d’Europe. Sans pour autant appartenir à la guilde des peintres, elle a pu ouvrir son propre atelier, idéalement situé sur l’un des principaux canaux d’Amsterdam, le Keizersgracht. Son voisin n’est autre que Willem Van Aelst (1627-1683), lui aussi spécialiste réputé de natures mortes. Ce genre sied aux femmes, qui ont plus difficilement accès à certains sujets traditionnellement réservés à l’autre sexe. La peinture d’histoire en particulier, trônant au sommet de la hiérarchie académique, leur est encore inaccessible. Qu’à cela ne tienne, Maria Van Oosterwyck a étudié le rendu des matières sublimées par la lumière auprès du maître Jan Davidsz de Heem (1606-1683/1684), à Utrecht, et son adresse dans cet art tout en délicatesse lui a valu de séduire de prestigieux commanditaires. Ce tableau, aussi éclatant par son coloris que subtil par ses détails, témoigne à merveille de la préciosité de son pinceau. Concernant l’interprétation de ce bouquet accompagné d’insectes et de coquillages, criant de vérité et pourtant subtilement construit, minutieusement naturaliste alors même qu’il réunit des spécimens aux floraisons décalées, plusieurs hypothèses sont avancées en page 12 de ce numéro. Entre plaisir esthétique et vision scientifique, perception de la fugacité de l’existence et révélation de la vanité humaine, Maria Van Oosterwyck, en digne fille de pasteur et femme vertueuse, indique au spectateur la marche à suivre : comme les gladiateurs ornant la panse de son vase, chacun doit combattre cette propension commune à tout vouloir connaître, pour mener une existence conduisant à la vie éternelle.

Friday 26 March 2021 - 09:00 - Live
Troyes - 1, rue de la Paix - 10000
Ivoire Troyes - Boisseau-Pomez
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