Les Portraits de Gauguin à la National Gallery de Londres

On 26 November 2019, by Zaha Redman
Paul Gauguin, Contes barbares, 1902, huile sur toile, 131,5 x 90,5 cm.
© Museum Folkwang Essen/Artothek

«Il ne s’agit pas du modèle, mais de la manière de faire de l’art». Cornelia Homburg, co-commissaire de l’exposition, affirme ainsi franchement que Paul Gauguin (1848-1903) n’était pas vraiment un portraitiste. Coproduite avec le musée des Beaux-Arts du Canada, composée d’une cinquantaine d’œuvres couvrant pratiquement toute la vie artistique du peintre (depuis son séjour breton en 1888 jusqu’à sa mort aux Marquises), l’exposition offre un intérêt surtout pour les questions qu’elle pose et les problèmes qu’elle fait surgir. Mais à propos des grands portraitistes que furent Titien, Ingres ou Cézanne, on pourrait tout aussi bien dire que l’important n’est pas seulement le modèle, mais aussi la manière de le représenter. Dès lors, la particularité de Gauguin ne consiste pas en une passion exclusive de la forme et de la couleur, au détriment de l’intérêt pour le sujet. Au contraire, il serre celui-ci de près pour l’inscrire dans une réalité sublimée voire surnaturelle, tantôt mystique, tantôt symbolique, presque toujours anti-bourgeoise, habitée par la mémoire, la nature, les rêves et le désir. Une autre problématique délicate soulevée par l’événement est celle du concubinage de l’artiste avec les jeunes Tahitiennes. Le questionnement moral est légitime, mais il est traité ici à l’emporte-pièce, un peu à la manière des jugements qui abondent sur le Net. Décrivant Gauguin comme un prédateur sexuel exilé, le propos avance des insinuations qui vont dans ce sens : c’est brader un peu vite la quête sincère, et néanmoins sombre et mélancolique, d’un peintre majeur. C’est aussi oublier que les écarts et les bizarreries de l’art se prêtent facilement aux tentations puritaines. Mais toutes les erreurs ont du bon, et celles qui surgissent ici sont emblématiques des faiblesses de notre temps. Une fois débusquées, il faut les démonter.

The National Gallery,
Trafalgar Square, Londres, tél. : + 44 (0) 20 7747 2885.
Jusqu’au 26 janvier 2020.

nationalgallery.org.uk
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