Les plus beaux parcs de sculptures en Europe

On 24 June 2016, by Alexandre Crochet

L’art au grand air : à l’approche de l’été, voici un florilège européen, des fondations Maeght et Gianadda aux musées Middelheim et Kröller-Müller en passant par le domaine de Carl Milles.

Le labyrinthe Miró à la fondation Maeght, à Saint-Paul-de-Vence.
© Photo Roland Michaud Archives FM © successió miró/Adagp, Paris 2016



 

Fondation Maeght
Labyrinthe de l’art moderne

Alexander Calder, stabile-mobile, Brasilia devant le bâtiment de la fondation Gianadda, à Martigny.
Alexander Calder, stabile-mobile, Brasilia devant le bâtiment de la fondation Gianadda, à Martigny.© Fondation Gianadda, Martigny © calder foundation new york/adagp, paris 2016

Il fallait la folie visionnaire d’un marchand éclairé, Aimé Maeght, pour imaginer au début de la Ve République faire jaillir au sommet d’une colline un labyrinthe de l’art moderne mais sans minotaure, une œuvre totale du dedans au dehors, la fondation Maeght. Un projet privé hors normes, unique a fortiori sur ces bords de la Méditerranée dans une France très centralisée. À quelques kilomètres de là, le musée Fernand-Léger, inauguré quatre ans plus tard, sera le panthéon de toute une époque. En 1964, Malraux donne sa bénédiction de mandarin de la culture lors du dîner d’ouverture : ceci n’est pas un musée, dit-il en substance, mais le fruit des «amours d’une vie». À l’enthousiasme des Maeght répond l’amitié des artistes qui vont participer au projet avec des œuvres spécifiques ou offrir des dons, dont une partie rejoint le vaste jardin. Sous la pinède dominée par l’architecture moderniste du Catalan Josep Lluís Sert, le visiteur avance de découvertes en surprises. Pour les lieux, Miró  Sert a réalisé son atelier à Majorque  conçoit un labyrinthe en pierre dans un esprit facétieux. Passer sous l’Arc en béton de Miró, c’est entrer dans un univers surnaturel et stellaire. Plusieurs sculptures jalonnent ce parcours, tels Le Lézard, la Fourche, réminiscence agraire, L’Oiseau lunaire et l’Oiseau solaire en marbre de Carrare, ou une amusante Gargouille crachant de l’eau. Son complice de toujours, le céramiste Artigas, a apporté son concours. La vision d’Alberto Giacometti est plus dépouillée. Ses femmes immobiles et ses hommes en marche peuplent la cour-terrasse surplombée par les impluviums en demi-cercles. Au total, le lieu abrite 35 sculptures, l’une des plus fortes concentrations avec la fondation Giacometti et le musée de Zurich. Mais si l’art moderne constitue une strate historique, le parc s’est enrichi ces dernières décennies grâce à d’autres dons de la famille Maeght, de fondations, associations ou des artistes eux-mêmes. Sur le chemin qui mène au bâtiment, un Stabile de Calder, Les Renforts, fait écho à l’architecture du village de Saint-Paul-de-Vence. Le mur en relief de Pierre Tal-Coat renvoie, lui, aux temps premiers des peintures rupestres, enceinte protectrice pour un art en mouvement qui s’enrichit périodiquement de nouveaux habitants. Vue des Hommes de Bessines, bronzes verts de Fabrice Hyber, se dressent plus loin dans un bassin. Florence et Daniel Guerlain ont donné il n’y a pas longtemps une sculpture de Damien Cabanes, Sagesse. L’histoire singulière des Maeght se poursuit au présent.

Fondation Maeght,
623, chemin des Gardettes, 06570 Saint-Paul-de-Vence.
www.fondation-maeght.com

___________________________________________________________



La fondation Gianadda
L’art sous les cimes à Martigny


Créée en 1978 par Léonard Gianadda, en hommage à son frère tragiquement disparu, la fondation était un pari osé au beau milieu des montagnes suisses. Mais l’endroit n’est pas loin de la Riviera du Léman, au sein du touristique Valais, près de la France et relié à la vallée de Chamonix par le pittoresque train du Mont-Blanc. «De toutes mes réalisations, le parc de sculptures est certainement l’une de celles dont je suis le plus fier», explique Léonard Gianadda. À la fin des années 1980, celui-ci veut accueillir une rétrospective sur Henry Moore, mais les jardins sont jugés trop étroits par la fondation du sculpteur anglais. Qu’à cela ne tienne ! Entrepreneur avisé, Gianadda réussit à gagner du terrain, et l’exposition  un succès  aura lieu. Peu après se met en place une ligne directrice. Le mécène appuie un programme d’implantation de sculptures d’artistes suisses aux ronds-points de Martigny, renforçant son identité de «ville d’art». À la fondation, l’accent sera international, avec un Grand Coq IV de Brancusi poli et tendu à la verticale, Dubuffet, Calder, Niki de Saint Phalle, Maillol, Rodin et bien d’autres. Chagall a conçu un pavillon de mosaïques. Un troupeau de moutons de Lalanne s’ébat dans son élément naturel. L’un des derniers achats aux enchères, en 2013, est un LOVE bleu et rouge de Robert Indiana. «Puissante, à l’image de son fondateur, la sélection, très personnelle, a été effectuée dans le souci constant d’y goûter un moment de plaisir», écrit Daniel Marchesseau, qui a permis l’achat d’un Pouce en bronze de César «en souvenir d’André Fourquet». Avec ses essences rares, ses abricotiers, figuiers et cerisiers lourds au cœur de l’été, le parc et sa cinquantaine de sculptures offrent une conversation intime et hédoniste avec les œuvres, dont on ressort plus joyeux.

Fondation Pierre Gianadda,
Rue du Forum 59, 1920 Martigny, Suisse.
www.gianadda.ch


___________________________________________________________



middelheim
La sculpture dans tous ses états à Anvers

Le Middelheim s’enrichit constamment d’œuvres nouvelles, telle cette sculpture de Chris Burden, Beam Drop Antwerp, 2009.
Le Middelheim s’enrichit constamment d’œuvres nouvelles, telle cette sculpture de Chris Burden, Beam Drop Antwerp, 2009.© Chris Burden Estate - Photo Joris Luyten

Grâces soient rendues à ossip zadkine ! L'artiste parisien participe en 1950 à Anvers, à une vaste exposition dévolue à la sculpture internationale actuelle. C'est un succès tel que zadkine suggère au maire de l'époque de pérenniser l'expérience... Et de créer un musée en plein air qui lui soit consacré. C'est ainsi que ce parc communal, né de la réunion de plusieurs propriétés, au début du xxe siècle, se transforme en parcours de la sculpture : c’est même le premier musée d’art contemporain dans les Flandres. Entre 1950 et 1989, il accueille vingt biennales de haut niveau dans cette spécialité. À chaque fois, le musée acquiert des œuvres. C’est ainsi qu’est entré très tôt dans les collections un groupe d’œuvres de Rodin  Balzac et L’Âge de bronze  que l’on retrouve dans les allées de ce parc à l’anglaise, opulent et suffisamment vaste pour donner l’impression de s’y perdre. Année après année, ce musée en plein air renforce sa légitimité historique. Aux Biennales succèdent des expositions thématiques ou panoramiques. Souvent, les artistes conçoivent pour les lieux des pièces qui y restent. En phase avec son temps, Middelheim accompagne les tendances esthétiques. La statuaire figurative fait place à une conception agrandie, ce qui permet d’accueillir dans le parc, à partir de 1993, des créations de Panamarenko ou du Danois Per Kirkeby.
Ce dernier élabore une construction en briques de cinq mètres de hauteur, où les visiteurs peuvent accéder… La même année, Juan Munoz suspend deux figures dans les arbres. En 2010, Erwin Wurm jette de la terrasse d’un bâtiment une vedette dans les canaux… Un nouveau pavillon semi-ouvert permet d’abriter des expositions de sculptures contemporaines supportant mal les intempéries. Au total, près de deux cents œuvres racontent l’odyssée d’un médium qui n’en finit plus d’élargir ses frontières. 

 

Middelheim Museum,
Middelheimlaan 61, Anvers.
www.middelheimmuseum.be


___________________________________________________________



Kröller-Müller
Joyau d’Otterlo

Jean Dubuffet, Jardin d’émail, 1974, béton, fibre de verre et autres matériaux.
Jean Dubuffet, Jardin d’émail, 1974, béton, fibre de verre et autres matériaux. © Kröller-Müller Museum/Adagp, Paris 2016


Le Kröller-Müller se mérite. Ce musée fameux se trouve peu ou prou au centre des Pays-Bas, dans l’une des régions boisées les plus bucoliques du pays. Une enceinte verte le protège, celle du parc national de Hoge Veluwe. Le musée et son propre parc de sculptures se nichent dans cette forêt préservée des voitures. Le premier fut créé en 1938 pour exposer au public la fabuleuse collection de tableaux réunie par Hélène Müller, dont la famille d’origine allemande avait fait fortune dans la sidérurgie. Les 88 peintures de Van Gogh en restent le trésor. L’idée de rassembler des sculptures pour animer les abords du musée revient à Bram Hammacher, directeur des lieux, sensible à la reconnaissance de ce support à travers des initiatives pionnières telles que les biennales de Middelheim, en Belgique. Si bien qu’en 1961, le parcours de sculptures est inauguré. Le principe, une série de grandes clairières mettant en valeur les œuvres, reste efficace. Un demi-siècle plus tard, la collection compte plus de 150 sculptures, réparties sur 25 hectares. Au détour des allées bordées de rhododendrons luxuriants, on tombe sur une forme flottante de Marta Pan ou un Jardin d’émail de Jean Dubuffet, de 1974 : un intriguant jardin blanc architectural dans le style de l’Hourloupe, l’une de ses plus importantes séries. Le visiteur peut entrer par un escalier dans cette sorte de tableau mis à plat et en éprouver le curieux relief. Autre chemin, autre surprise. Cette fois, c’est un bâtiment ouvert aux vents, conçu par Rietveld qui abrite un focus sur la Britannique Barbara Hepworth. Après ses formes béantes et sinueuses, place à un cylindre géant en acier par Bertrand Lavier, ou à une série de Concetto Spaziale de Fontana, sorte de boules de bronzes éclatées. Avec un accent naturel sur la scène néerlandaise, le parcours demeure ouvert sur le monde, de Richard Serra à Giuseppe Penone en passant par François Morellet. Dans la paix de la forêt, le tête-à-tête avec les œuvres invite à la réflexion.

Kröller-Müller Museum,
Houtkampweg 6, Otterlo, Pays-Bas.
www.krollermuller.nl


___________________________________________________________
 


Millesgården
Un monde en apesanteur à Stockholm

Vue de la terrasse inférieure de Millesgården, à Stockholm.
Vue de la terrasse inférieure de Millesgården, à Stockholm. © Millesgården


Des colonnades rivalisant avec les pins, des terrasses immenses, des divinités antiques en bronze ou en marbre disséminées dans un parc sur une colline… Sommes-nous en Italie ? Pas tout à fait. Millesgården, le domaine du sculpteur Carl Milles (1875-1955) sur Lidingö, l’une des îles de Stockholm, est plutôt un mirage qui se reflète sur les eaux calmes et claires de l’archipel suédois. Là, sur cette butte ensoleillée, l’imagination féconde de cet artiste international a créé un havre hors du temps, une rêverie d’esthète aux doigts d’or. Milles a connu trois âges de la sculpture : l’héritage classique empreint de psychologie, comme assistant de Rodin, le triomphe au Salon des arts décoratifs de 1925 à Paris avec l’obtention d’un grand prix, et la naissance du modernisme lors d’un très long séjour aux États-Unis, où il reçoit en 1951 sa dernière commande, une fontaine pour le Met à New York. Loin d’être figé dans un seul geste, le sculpteur expérimente le bois, la pierre, le marbre, le granit, l’onyx blanc… En dehors des commandes qui le font vivre, il réalise des œuvres destinées au plein air. Son obsession ? L’homme et la nature. Si une petite partie de son répertoire touche à des personnages de l’histoire, son cœur le porte vers la mythologie antique, incongrue sous la végétation et le climat scandinaves. Le torse d’un Chanteur du Soleil accueille le visiteur en haut d’une volée de marches dignes de celles du Capitole et baptisées «escalier vers le Ciel». Poséidon, naïades et conques font jaillir l’eau de fontaines et de bassins en écho aux flots du lac en contrebas. La finesse du modelé et la grâce des postures rappellent Rodin. Mais Milles a inventé une autre dramaturgie reposant sur le mouvement. Ses statues sont surprises en pleine course. L’artiste défie les lois de la gravité. Un petit dauphin, symbole de la vitesse, porte une allégorie adolescente du sculpteur, lequel tient dans sa main tendue vers le haut un cheval et une nymphe. Milles juche des colonnes antiques d’une main géante, d’un Pégase en plein vol, d’un homme tendu vers le ciel, retenu comme par miracle à sa monture. Un monde en apesanteur à l’image de ce Pégase de la sculpture, qui invite à regarder vers le haut.
 

Millesgården,
Herserudsvägen 32, Lidingö, Suède.
www.millesgarden.se

A LIRE
50 ans, la passion de créer 190 pp., ouvrage paru pour le cinquantenaire de la fondation, éditions Maeght, 2014.
Welcome La Drouot Gazette offers you 4 Articles.
You still have 3 article(s) left to read.
I subscribe