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Les Grâces de Grigory Gluckmann

Published on , by Sophie Reyssat
Auction on 22 April 2022 - 13:30 (CEST) - Salle 5 - Hôtel Drouot - 75009

Le peintre a connu la gloire dans le Paris des années 1930. D’une technique irréprochable puisée aux sources du classicisme, il donne à ses nus une modernité intemporelle.

Grigory Gluckmann (1898-1973), Deux nus, 1933, huile sur panneau, signée, datée et... Les Grâces de Grigory Gluckmann
Grigory Gluckmann (1898-1973), Deux nus, 1933, huile sur panneau, signée, datée et située « Paris », 71 92 cm.
Estimation : 30 000/50 000 
Adjugé : 115 000

Né en Biélorussie, à Vitebsk, Grigory Gluckmann entre aux Beaux-Arts de Moscou en 1917, mais la révolution bolchévique le pousse à chercher la liberté en Europe. Travaillant d’abord comme illustrateur à Berlin, de 1920 à 1923, il se rend ensuite à Florence, où il découvre les maîtres de la Renaissance. Mais l’appel de Paris, où convergent tous les artistes de l’époque, se fait bientôt sentir. Il y arrive en 1924, et expose d’emblée à la galerie Druet, où il est salué par la critique, puis enchaîne les accrochages. Dans la capitale, il a trouvé son style, paré d’une atmosphère quelque peu irréelle. Son éclatant succès lui permet de faire entrer ses tableaux dans des collections privées dès cette époque. Il peint les rues de la ville, sa vie nocturne et des scènes de la vie moderne, brosse le portrait des Parisiens et des émigrés russes, et réalise également de gracieux nus. Loin des avant-gardes, ses belles anatomies s’inscrivent dans le contexte du « retour à l’ordre » perceptible à l’issue de la Première Guerre mondiale, qui a balayé les expérimentations au profit d’une certaine forme de classicisme plus rassurant. Exécutés en 1933, ces Deux nus témoignent de la délicatesse et de la sensualité de la manière de Gluckmann. Fidèle aux techniques traditionnelles apprises en Russie, privilégiant les huiles sur panneau, il peint au glacis, superposant de fines couches de peinture, parfois mélangées à du vernis, conférant profondeur et subtilité à ses tableaux très travaillés. D’une douceur presque mélancolique, ils délivrent une vision intellectualisée de la beauté illustrant le tempérament de l’artiste, qui fréquentait plus volontiers les penseurs et les musiciens, que les peintres. L’arrière-plan de ce tableau laisse d’ailleurs la porte ouverte aux interprétations symboliques : une femme nue et son enfant s’inscrivent dans un paysage, ce dernier tendant le bras vers un cavalier galopant loin d’eux, tandis que sa mère semble détourner la tête… Un an après avoir peint ce tableau, l’exposition des œuvres de Gluckmann à la galerie Charpentier finit d’asseoir sa réputation, et lui vaut de participer à plusieurs autres manifestations, à Paris comme à Londres, mais aussi à New York, en 1937. Un nouvel exil l’y attend avec la Seconde Guerre mondiale, en 1941. Les promesses de réussite sont au rendez-vous, tant dans cette ville qu’à Los Angeles – où il demeurera une vingtaine d’années et séduira de nombreuses célébrités hollywoodiennes –, Santa Barbara, Seattle ou encore Palm Springs. Il ne quittera plus son nouveau pays d’adoption, dont il prendra la nationalité.

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