Les douces rêveries d’Hubert Robert à la galerie Coatalem

On 01 June 2021, by Carole Blumenfeld

La très belle rétrospective que la galerie Coatalem consacre au peintre le plus aimable du XVIIIe siècle est l’occasion de s’arrêter sur cette personnalité atypique.

Hubert Robert (1733-1808), Caprice architectural avec un escalier monumental animé de personnages, vers 1775-1780, huile sur toile, 261 196 cm.
© Galerie Éric Coatalem

Jamais publié ni exposé, cet escalier monumental est aussi mystérieux que les personnages qui l’animent. Tout au plus sait-on qu’il provient d’un ensemble de six panneaux autrefois conservés dans un hôtel particulier du 7e arrondissement parisien. Mais il n’est pas près de révéler les secrets de son histoire, et encore moins le nom de son commanditaire. Un seul des autres éléments de ce décor, une Forteresse dominant une cascade dans un paysage animé de promeneurs – passée en vente chez Piasa en 2008 –, a été identifié par Sarah Catala : les quatre autres se cachent encore quelque part en Gaule. Jolies promesses de découvertes… Élisabeth Vigée Le Brun, sa chère amie, avait mis en garde : «Il était de mode, et très magnifique, de faire peindre son salon par Robert ; aussi le nombre des tableaux qu’il a laissés est-il vraiment prodigieux. Il s’en faut bien, à la vérité, que tous soient de la même beauté ; Robert avait cette extrême facilité qu’on peut appeler heureuse, qu’on peut appeler fatale : il peignait un tableau aussi vite qu’il écrivait une lettre ; mais quand il voulait captiver cette facilité, ses ouvrages étaient souvent parfaits. On en connaît de lui qui font très bien pendant à ceux de Vernet.» En voilà donc un ! Et qui plus est, la plus grande version connue de composition d’escalier. Par l’harmonie des couleurs, par la suavité de sa touche ou par ce mariage délicat entre l’architecture et les figures qui l’animent, un «bon» Hubert Robert produit un effet unique, mais on ne peut que deviner les sensations produites sur ses contemporains. Joseph Baillio, à la suite de Pierre de Nolhac, insiste sur la notion de «tableaux de place», aux décors destinés à s’harmoniser avec la claire ornementation des appartements d’alors et à jouer leur rôle de fenêtres idéales ouvertes sur la nature. Douces rêveries. «De tous les artistes que j’ai connus, toujours selon Madame Le Brun, Robert était le plus répandu dans le monde, que du reste il aimait beaucoup. Amateur de tous les plaisirs, sans en excepter celui de la table, il était recherché généralement, et je ne crois pas qu’il dînât chez lui trois fois dans l’année. Spectacles, bals, repas, concerts, parties de campagne, rien n’était refusé par lui ; car tout le temps qu’il n’employait point au travail, il le passait à s’amuser. Il avait de l’esprit naturel, beaucoup d’instruction, sans aucune pédanterie, et l’intarissable gaieté de son caractère le rendait l’homme le plus aimable qu’on pût voir en société.» Par une heureuse coïncidence, Hubert Robert est aussi l’artiste qui a le plus enveloppé ce monde. En lieu et place des tapisseries qui habillaient autrefois les grands intérieurs, il peignit avec une aisance et une poésie qui n’appartenaient qu’à lui tout ce que sa vive imagination lui offrait. Cet être doué pour le bonheur donnerait à quiconque le désir de participer au tintamarre des joyeux personnages dans la galerie en ruine, de converser avec le couple de promeneurs qui déambulent autour de la colonne Trajane ou de marquer un temps de repos avec la jeune mère, cachée derrière ces blocs de pierre aux hiéroglyphes indéchiffrables. Certaines figures d’Hubert Robert vous marquent pour toujours, comme le protagoniste de L’Accident (Paris, musée Cognacq-Jay) ou le bébé de La Lingère (Williamstown, Clark Art Institute). La paysanne et l’enfant qui gravissent consciencieusement cet escalier vertigineux sont de la même trempe, et l’on partage l’allégresse de ce bambin qui ne doit pas être peu fier de lui. 

à voir
«Hubert Robert, de Rome à Paris», galerie Éric Coatalem,
136, rue du Faubourg- Saint-Honoré, Paris VIIIe, tél. : 01 42 66 17 17,
Jusqu’au 3 juillet 2021.
www.coatalem.com
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