Les bonnes vibrations d’une Guanyin bouddhique chinoise d’époque Song

On 22 April 2021, by Philippe Dufour

Sous une apparence féminine pleine de douceur, ce bodhisattva chinois affiche de solides qualités d’exécution et de conservation. Ils font de lui un précieux témoignage du niveau d’excellence atteint par les artistes de l’époque Song.

Chine, milieu du XIe siècle, période de la dynastie Song du Nord (960-1127), Guanyin, dite «bodhisattva Avalokiteshvara», bronze à patine noire, anciennement doré, h. 51,5 cm.
Estimation : 50 000/80 000 

Saisie en pleine méditation, la divinité de bronze est assise «en lotus», comme il se doit pour ce genre d’exercice spirituel ; portant la coiffe longue et le vêtement drapé d’une nonne, elle forme un geste avec le pouce et l’index de sa main droite, destiné à la protéger des esprits malveillants. Quant à la main gauche, elle présente une boule de cristal de roche, symbole de richesse… Ce faisceau d’indices désigne une Guanyin, l’avatar féminin d’Avalokiteshvara. Dans le bouddhisme indien, ce dernier est le plus grand des bodhisattvas, ces «êtres d’Éveil» dont la tâche est d’aider les hommes ; en Chine, il se féminise et devient la déesse de la Compassion et de la Miséricorde – peut-être sous l’influence du taoïsme –, venant au secours de ceux qui l’invoquent. Son culte et sa popularité ne pouvaient donc que grandir. Ce fut le cas, surtout, à partir de la dynastie des Song (960-1279), où Guanyin devient la divinité bouddhique la plus fréquemment représentée. C’est de cette période que date notre statue, et plus précisément de l’époque des Song du Nord. Après les temps troublés des «Cinq Dynasties et des Dix Royaumes» (907-979), les deux siècles où se succèdent leurs règnes apparaissent comme un véritable âge d’or pour la Chine, avec de réelles avancées technologiques, à l’instar de la typographie. Dans les arts décoratifs également, un haut degré de technicité est atteint, en particulier dans le domaine de la porcelaine où triomphent les céladons. Mais cette période florissante s’achève par la grande défaite des souverains Song, infligée par le royaume Jin, qui leur enlève la moitié nord de l’Empire et les repousse dans le Sud.
Une représentation unique pour son temps
Emblématique du raffinement qui prévaut à la cour impériale, notre Guanyin s’incarne dans un personnage imposant, dont la majesté est quelque peu atténuée par la douceur des traits. L’opulence, elle, est suggérée par les nombreux bijoux, colliers sur le torse et boucles d’oreilles qui parent des lobes très étirés comme l’exigent les canons Song. En revanche, la coiffe simple et l’expression du visage dénotent l’influence stylistique des dynasties Liao et Tang. Au centre du front se remarque aussi la présence d’une petite bille de cristal de roche incrustée : elle représente l’ urna, ou «troisième œil» bouddhique, un élément spirituel primordial dont la valeur n’a d’égale que celle de la pierre utilisée, très appréciée dans la culture chinoise. Cette statue s’avère donc unique dans sa catégorie, et ce à plusieurs titres… Par la position choisie, d’abord, car les quelques représentations de cette entité bouddhique de la période Song adoptent, presque toutes, la position dite «de délassement royal» – soit une jambe pendant dans le vide et l’autre replié. Par son matériau, ensuite, le bronze, alors que les artisans du temps ont toujours privilégié le bois polychromé. Enfin, il se pourrait bien que notre divinité de la Compassion, à l’origine dorée et posée sur un socle, ait été réalisée pour un temple prestigieux, une hypothèse que semble confirmer sa grande taille (51,5 cm de hauteur).

Thursday 29 April 2021 - 14:30 - Live
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De Baecque et Associés
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