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Les aloès en or de Berthe Morisot de l’ancienne collection Rouart

Published on , by Sophie Reyssat

Cette toile de l’artiste impressionniste Berthe Morisot ensoleillera le cœur des collectionneurs : elle provient de l’ancienne collection Rouart.

Les aloès en or de Berthe Morisot de l’ancienne collection Rouart
Berthe Morisot (1841-1895), Les Aloès, Cimiez, 1889, huile sur toile, 69 50 cm.
Estimation : 400 000/500 000 

Cette toile de Berthe Morisot bénéficie du meilleur pedigree : elle est apparue pour la première fois sur le marché le 27 novembre 1997, à Drouot-Montaigne, avec la succession de Madame Julien Rouart. Elle recueillait alors 800 000 francs, soit l’équivalent de 122 000 €. Depuis, la cote de l’artiste n’a cessé de s’apprécier, même si le nom de Morisot demeure moins connu que ceux de Monet, Renoir, Degas ou Pissarro. La jeune femme, qui n’avait pu entrer aux Beaux-Arts – réservés aux hommes jusqu’en 1897 –, s’est formée auprès de Joseph Guichard, disciple d’Ingres et de Delacroix qui enseignait également le dessin et la peinture à sa sœur Edma. En 1858, il écrivait à leur mère : «Elles vont devenir des peintres. Vous rendez-vous compte de ce que cela veut dire ? Dans votre milieu bourgeois, ce serait une révolution, je dirais presque une catastrophe». Les craintes du professeur ne se sont pas réalisées, Berthe ayant réussi à s’imposer comme la première femme impressionniste. Son grand ami, le poète Stéphane Mallarmé, louait le charme neuf de sa vision. La liberté de sa touche, parée de couleurs claires aux harmonies douces, enchante ses tableaux et lui permet d’aller à l’essentiel pour capturer une atmosphère. «Mon ambition est de saisir une touche d’éphémère», expliquait-elle. De sa pratique en plein air, elle tire un traitement particulier de la lumière, qui se change en or dans cette œuvre de 1889, intitulée Les Aloès. Elle est à rapprocher d’une étude au pastel (30 40 cm) réalisée la même année, conservée au musée Marmottan Monet, grâce au legs Dennis et Annie Rouart en 1993. Ici, les plantes, qui semblent ondoyer sous la caresse du soleil de Nice, volent la vedette à la villa Ratti. Berthe Morisot et son mari, Eugène Manet, ont loué pour l’hiver cette élégante demeure à l’italienne du Cimiez, un quartier chic occupant les hauteurs de la ville. Ils y séjournent avec leur fille unique, Julie. C’est peut-être elle que l’on aperçoit dans l’embrasure de la porte, sa mère en ayant fait son modèle favori. L’enfant aimée a conservé les tableaux maternels, qui ont enrichi la collection initiée par l’industriel et mécène Henri Rouart lorsqu’elle a épousé son fils Ernest, lui-même collectionneur et peintre. De leur union, bénie par Edgar Degas – dont le jeune homme était l’unique élève –, est né Julien Rouart. Trois générations de collectionneurs se sont donc transmis Les Aloès jusqu’à ce qu’ils quittent les cimaises familiales, il y a vingt-quatre ans. Leur réapparition sur le marché constitue un événement.

Tuesday 21 December 2021 - 14:00 (CET) - Live
Salle 9 - Hôtel Drouot - 75009
Kohn Marc-Arthur
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