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Les accords parfaits d’Omar El Nagdi

Published on , by Philippe Dufour

Au sein d’un ensemble de peintures contemporaines du Moyen-Orient, rassemblées par la collectionneuse Francine HenricH et bientôt dispersées, l’univers poétique du peintre égyptien pourrait créer l’événement.

Les accords parfaits d’Omar El Nagdi
Omar El Nagdi (né en 1931), Les Accordailles, 1982, technique mixte et feuilles d’or sur toile (cadre doré par l’artiste), signée et datée 1982 en haut à droite, resignée et redatée «82» et titrée vers le haut à droite, 200 x 197,5, (détail).
Estimation : 30 000/40 000 €

L’artiste Omar El Nagdi (né en 1931) a toujours puisé son inspiration dans les scènes de la vie quotidienne de son pays natal, l’Égypte. Sous son pinceau s’animent et fourmillent rues, marchés et cafés, ou encore intérieurs et fêtes familiales, à l’image de sa grande toile intitulée Les Accordailles, brossée en 1982. Cette réunion entre deux familles, indispensable à la signature d’un contrat de mariage, sert ici de prétexte à une composition foisonnante, centrée autour d’un musicien, un joueur d’oud le luth arabe , alors que les pères, principaux protagonistes, apparaissent en bas à gauche, se serrant la main pour sceller ces fiançailles arrangées. On y retrouve la juxtaposition des images chère au peintre, dans un style qui mêle harmonieusement figuration traditionnelle, héritée de la miniature, et séquences abstraites, déroulées dans les savants motifs de lacis. Une œuvre poétique qui permet aussi à Omar El Nagdi d’affirmer ses dons de coloriste, à l’aide d’une riche palette ici rehaussée de feuilles d’or, conférant à la scène la dimension du conte. Diplômé de l’Académie des beaux-arts du Caire en 1953, il séjournera en Italie au début des années 1960, pour étudier la fresque et la mosaïque à Ravenne et à Venise ; Giorgio De Chirico inaugure alors sa première grande exposition à Rome… Depuis, le peintre est considéré comme le chef de file des artistes contemporains au Moyen-Orient, un véritable rénovateur qui a su s’approprier le vocabulaire moderne pour mieux traduire symboles et mythes ancestraux.
Un peintre engagé
En France, à Paris et en régions, Omar El Nagdi fait régulièrement l’objet d’accrochages monographiques. En 1995, l’Institut du monde arabe lui consacre une rétrospective ; en 2010, il obtient le prix de la Fondation Taylor dans le cadre du Salon d’automne. Ultime consécration et record mondial en 2016 : sa toile décrivant le martyre de Sarajevo, peinte en 1992, est achetée 1,145 M$ par un collectionneur libanais à la vente d’art moderne oriental organisée par Christie’s à Dubaï, le 16 mars. D’un format exceptionnel (3 x 11 m), ce triptyque témoigne, à la façon du Guernica de Picasso, des horreurs de la guerre et de l’engagement de l’artiste, tout aussi évident à travers une autre toile de cette vente, de 1991, dénonçant Bagdad sous les bombes. Elle appartient, tout comme les Accordailles, à l’important ensemble d’œuvres contemporaines du Moyen-Orient réuni par Francine Henrich, dont une partie sera dispersée dans son château du Chesney réplique de la demeure de George Washington à Mount Vernon, construit au XIXe siècle non loin de Giverny. Ambassadrice de la France en Afrique, en Tunisie, en Égypte et plus tard en Inde, la collectionneuse s’est passionnée pour l’art vivant découvert dans ces pays, de l’école de Poto-Poto, à Brazzaville, à celle de Tunis. Au Caire, au début des années 1980, Madame Henrich visite les ateliers de Mohammed et Effat Nagui, de Mohamed Abla et d’Omar El Nagdi ; face aux toiles de ce dernier, c’est le coup de foudre, suivi d’une série d’achats, constituant le plus grand ensemble de l’artiste en mains privées.

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