Le seigneur de la jungle par Paul Jouve

On 19 June 2019, by Philippe Dufour

Icone moderne se détachant sur fond or, ce Shere Khan devrait affoler les adeptes du grand peintre animalier. Le félin se cachait jusqu’ici au sein d’un ensemble unique d’œuvres de l’artiste, qui n’a jamais connu le feu des enchères.

Paul Jouve (1878-1973), Shere Khan, le tigre, 1920, épreuve lithographique tirée sur papier fort à fond or et rehaussé à la gouache, signée en bas à gauche, 98 70,5 cm.
Estimation : 25 000/35 000 

Redoutable prédateur imaginé par Rudyard Kipling lors de l’écriture de son Livre de la jungle, en 1884, Shere Khan hante toujours l’imaginaire des petits et des grands. La cruauté du célèbre tigre, ennemi juré du jeune Mowgli, n’a d’égale que sa beauté musculeuse, dont incontestablement Paul Jouve a été le meilleur interprète. Le premier contact de l’artiste avec le fauve remonte à 1906 : cette année-là, les éditions du Livre contemporain lui confient l’illustration du chef-d’œuvre de Kipling. Par la suite, Jouve déclinera le bestiaire sauvage au cours d’une très longue carrière, multipliant les représentations de lions, singes, panthères et autres cobras constituant son univers favori. Aux alentours de 1920, la figure de Shere Khan, le tigre est ainsi réapparue à travers une petite série d’œuvres, élaborée sur papier selon un processus propre à l’artiste. Jouve réalise d’abord une lithographie de grandes dimensions  celle-ci mentionnée dans l’ouvrage de référence de Félix Marcilhac, publié en 2005 aux éditions de l’Amateur. Ses différentes épreuves vont ensuite servir de base à des œuvres uniques, car entièrement reprises à la gouache par l’artiste ; de véritables tableaux donc, où la matière dense se détache, comme ici, sur des fonds à feuilles d’or, plus ou moins matifiés. On sait avec certitude que deux autres versions de la composition au félin existent, affichant un fond travaillé à l’argent pour l’une, à l’or pour l’autre.
D’un ensemble acheté à l’artiste
L’impressionnant Shere Khan appartient à un ensemble unique de dix-huit pièces signées de Paul Jouve  et non moins exceptionnelles. Ces peintures et lithographies rehaussées ont été achetées directement à l’artiste par les parents de leur dernière propriétaire, et n’ont jamais été vues sur le marché. Si elles peuvent donc se prévaloir d’un pedigree sans faille, les compositions présentent bien d’autres qualités : leur format  souvent important , des dédicaces à leurs premiers acquéreurs et, surtout, la fraîcheur intacte de leur coloris. Sachez enfin que leur période de création, s’étendant pour la plupart sur les décennies 1920 et 1930, s’affirme comme la plus recherchée par les collectionneurs. «Ces œuvres permettent aussi de suivre les nombreux voyages de leur auteur à travers le monde, sources inépuisables d’inspiration», précise encore l’expert Emmanuel Eyraud. Ainsi, un Aigle (1929) serait la représentation d’un pensionnaire du zoo de Berlin, un Éléphant et moine bouddhiste devant un temple (vers 1925-1930) celle d’un pachyderme vu au Cambodge, et l’Attelage de buffles macédoniens (vers 1920), un souvenir de son long séjour à Thessalonique. Cependant, on ne trouve rien d’anecdotique dans la manière de rendre ces bêtes sauvages, dont on a ici de véritables portraits en cadrage serré, reflétant le caractère de chaque espèce. Comme statufié, l’animal affiche une réelle monumentalité ; à tel point que Jouve  qui était, on le sait, un très grand sculpteur  disait de ses figures «architecturées» qu’on pouvait «tourner autour»…

Sunday 30 June 2019 - 10:00, 14:00
Reims - 25, rue du Temple - 51100
Ivoire - Guizzetti - Collet
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