Le poison du faux

On 18 March 2021, by Thomas Lenoir
 Vincent Noce, L’Affaire Ruffini : enquête sur le plus grand mystère du monde de l’art, Paris, Buchet/Chastel, 288 pages, 20 €.

S’il est connu qu’un certain nombre de faux, attribués à des artistes aussi divers que Parmigianino ou Frans Hals, ont dernièrement été mis en circulation par l’Italien Giuliano Ruffini, l’enquête que leur consacre notre collaborateur Vincent Noce permet de mesurer l’ampleur des réseaux impliqués. Des tribunaux de Londres aux galeries bruxelloises et des laboratoires parisiens aux musées américains, l’historique des œuvres incriminées est impitoyablement retracé pour qu’apparaissent les pratiques déviantes du monde de l’art, sur lesquelles la falsification prospère. Car telle est l’astuce de Ruffini : ne jamais donner lui-même aux plus grands maîtres les tableaux qu’il veut vendre, mais laisser les autres le faire à sa place. Ici, un historien de l’art cautionne prestement une attribution pour s’attirer tout le mérite de la supposée trouvaille. Là, un expert rédige un certificat d’authenticité sans avoir examiné l’œuvre de visu et se fait dûment rémunérer pour cela. Les études de laboratoire ne sont pas épargnées par la plume corrosive de l’auteur, leurs conclusions sur un même tableau s’avérant radicalement différentes selon les méthodes d’analyse ou d’interprétation mobilisées. Bien que les faits qu’il relate attendent encore d’être tranchés par la justice, cet ouvrage identifie les signaux qui doivent alarmer face à un faux et se révèle ainsi des plus édifiants. Relevant par exemple le fait qu’un faux Cranach ait changé cinq fois de propriétaire avant d’être acheté par le prince de Liechtenstein, l’auteur démontre qu’il faut se méfier des œuvres qui passent rapidement de main en main et dont la vente implique de trop nombreux intermédiaires. De même, l’examen des peintures falsifiées révèle toujours le même décalage entre une couche picturale parfaitement conservée et un support en piètre état. De potentiels faux non localisés à ce jour sont également mentionnés, tels des dessins d’histoire naturelle dans le goût de Hans Hoffmann, un portrait donné à Van Dyck ou encore une Madone attribuée à Andrea del Sarto. Affaire à suivre, donc.

 

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