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Le musée sentimental d’Eva Aeppli

Published on , by Henri Guette

« Éleveuse de sorcières », « ex-sculpteur », « professeur de vie » ou « philosophe », selon la carte de visite qu’elle vous tendait, Eva Aeppli (1925-2015) ne s’est jamais laissé classer. Un temps compagne de Jean Tinguely, proche de Daniel Spoerri ou de Jean-Pierre Raynaud avec qui elle a signé des œuvres en collaboration,...

Eva Aeppli, L’Aube/Les Juges, 1960/1967, sept figures (soie, kapok, ouate, velours... Le musée sentimental d’Eva Aeppli
Eva Aeppli, L’Aube/Les Juges, 1960/1967, sept figures (soie, kapok, ouate, velours et tiges métalliques) et une peinture (huile sur toile doublée), 120 340 x 120 cm, Vienne, Mumok - Museum moderner Kunst Stiftung Ludwig Wien, prêt de l’Austrian Ludwig Foundation, depuis 1981.
© Susanne Gyger, Lucerne

« Éleveuse de sorcières », « ex-sculpteur », « professeur de vie » ou « philosophe », selon la carte de visite qu’elle vous tendait, Eva Aeppli (1925-2015) ne s’est jamais laissé classer. Un temps compagne de Jean Tinguely, proche de Daniel Spoerri ou de Jean-Pierre Raynaud avec qui elle a signé des œuvres en collaboration, cette artiste peintre n’a jamais fait partie des nouveaux réalistes et a mené une carrière à part, jouissant d’une reconnaissance discrète mais bien établie. L’exposition du Centre Pompidou Metz, qui entend être un jalon important dans la reconnaissance de son œuvre en France, réunit ainsi de nombreux prêts de musées étrangers et de collectionneurs privés. En s’appuyant sur un important travail de recherche, les commissaires Chiara Parisi et Anne Horvath ont adopté une approche originale et à la hauteur de l’artiste : un musée sentimental. Empruntés à Daniel Spoerri, l’expression et le concept se veulent à rebours des historiographies officielles et, par le lien de l’anecdote ou de l’histoire intime, proposent un parcours d’affinités et de sensibilités croisées. En nous plongeant dès l’entrée dans la période de création la plus intense d’Eva Aeppli, celle des sculptures de la série des Planètes dans les années 1970, l’exposition se défie d’une chronologie. Si l’artiste reconnaissait une évolution de son travail, du dessin à la peinture puis de la peinture à la sculpture et au textile, le visiteur arrive alors en plein milieu de son œuvre, in medias res. La découverte se fait progressivement, au détour d’une scénographie jouant de fenêtres et d’ouvertures. Théâtral, le parcours met en lumière des œuvres restaurées et favorise la mise en relation et les correspondances formelles. Les commissaires insistent sur la circulation des motifs par la mise en relation avec des artistes qui lui sont contemporains, comme Louise Bourgeois, Annette Messager ou Meret Oppenheim. Loin des codes d’une rétrospective conventionnelle, ce « musée sentimental » prend ainsi le parti de révéler une artiste à la fois solitaire et bien entourée.

Centre Pompidou Metz,
1, parvis des Droits de l’Homme, Metz (57), tél. 
: 03 87 15 39 39,
Jusqu’au 14 novembre 2022.

www.centrepompidou-metz.fr
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