Le musée Goulandris, nouvelle perle d’Athènes

On 05 December 2019, by Alexandre Crochet

Ce musée d’art moderne et contemporain ouvert par la Fondation Basil et Elise Goulandris permet enfin de retracer le fil d’une considérable collection, mais aussi d’un âge d’or du marché de l’art.

Vincent Van Gogh (1853-1890), La Cueillette des olives, 1889, huile sur toile, 73,5 92,5 cm.
Courtesy Basil & Elise Goulandris Foundation

L’inauguration cet automne d’un musée privé d’art moderne et contemporain, en plein cœur d’Athènes, dote à nouveau la capitale hellénique d’une vitrine pour cette période. Car avec la fermeture pour travaux de la Pinacothèque nationale et du musée national d’Art contemporain, les Athéniens en étaient privés. Cette ouverture marque aussi l’épilogue d’une tragédie grecque familiale, les héritiers ne s’accordant pas sur la destination des œuvres, autour du devenir d’une collection constituée à partir des années 1950 par Basil (1913-1994) et son épouse Elise Goulandris (1917-2000). Comme ce fut le cas jadis pour une fraction de cet ensemble, celle-ci aurait pu être dispersée aux enchères, et l’on n’ose imaginer les prix que ces productions finement choisies parmi les plus grands noms auraient pu atteindre sous le marteau, au niveau actuel du marché… Si certaines pièces ont déjà figuré au sein d’expositions organisées au musée d’art contemporain Goulandris de Chora, sur l’île d’Andros, celle de longue durée du nouveau musée athénien offre l’opportunité d’embrasser un florilège représentatif de près de cent quatre-vingts œuvres, sur un total d’environ huit cents, pas toutes de même calibre. Surtout, l’exposition et son épais catalogue, très documenté, permettent de se plonger dans la constitution d’un ensemble de très haut niveau, de retracer les provenances et le timing d’achats réalisés pour la majorité d’entre eux avant que le marché ne s’emballe pour l’art moderne et d’après-guerre.
Des achats éclairés
Les États-Unis, où les Goulandris passent alors une grande partie de leur temps, jouent un rôle clé. Ainsi le couple achète-t-il au moins trois œuvres phares auprès de Sam Salz dans la 76e Rue Est, à New York, dès 1966 : La Cathédrale de Rouen le matin (dominante rose) sous le pinceau de Monet en 1894, La Sortie de la baignoire de Pierre Bonnard et, en 1971, Les Alyscamps, peinture majeure de Van Gogh de la période d’Arles. La très respectée galerie Acquavella, toujours à Manhattan, est aussi une bonne adresse. C’est là qu’est effectuée une série d’achats importants dont la Petite danseuse de 14 ans de Degas, présentée ici dans une vitrine, comme l’artiste le voulait, à la manière d’une pièce ethnographique. Toujours chez Acquavella, le couple acquiert la même année, en 1975, la Femme nue aux bras levés de Picasso, un chef-d’œuvre précubiste de 1907, à la charnière des Demoiselles d’Avignon. À New York, les Goulandris fréquentent aussi une enseigne bien connue pour ses œuvres des old masters et de l’impressionnisme : la galerie Wildenstein. Ils y dénichent une représentation du Saint Suaire par le Greco (Le Voile de sainte Veronique, vers 1580), seule pièce ancienne de leur collection mais l’un de leurs tout premiers achats, qui accueille symboliquement le visiteur. Ils y trouvent aussi une superbe aquarelle de Cézanne, L’Église de Montigny-le-Loing. Riche en sculptures, le musée présente notamment parmi elles un Cheval à l’abreuvoir de Degas, fonte d’Hébrard acquise cette fois lors d’une vente de Sotheby’s Parke-Bernet, en 1973. Les collectionneurs n’hésitaient pas à lever la main jusqu’à des niveaux très élevés. Ainsi, selon Marie Koutsomallis-Moreau, directrice des collections de la Fondation, la Nature morte aux pamplemousses de Gauguin, provenant de la galerie Charpentier à Paris et vendue le 14 juin 1957, «fut le record mondial aux enchères pour une œuvre d’art à l’époque». Autres temps, autres goûts : ce sage tableau ferait-il aujourd’hui un record du monde ? Paris, mais aussi Londres ou la Suisse furent des viviers pour le couple, fidèle aux meilleures sources, comme la mythique galerie Beyeler à Bâle. En 1972, il y achète coup sur coup une Femme de Venise en bronze de Giacometti (hélas placée ici dans une vitrine contre une cloison, ce qui gêne son appréhension spatiale) et une huile de Paul Klee de 1934, passée notamment entre les mains de Daniel-Henry Kahnweiler, par la galerie Jeanne Bucher puis chez Étienne Ader. Les achats se suivent à un rythme soutenu : en 1972, La Cueillette des olives de Van Gogh, l’une de ses œuvres préférées, intègre la collection par le biais de Marlborough Fine Art à Londres. Acquis à la galerie Daniel Varenne (active à Paris puis à Genève), un amusant Miró, La Sauterelle, la rejoint en 1973, tout comme La Patience, un Braque tardif mais saisissant, peint sous l’Occupation. Pour le moins incongru à cet emplacement, un important Chagall attend le public dans le hall d’entrée, à côté des caisses, en guise d’incipit ! Si l’art moderne forme le cœur historique de la collection, la section post-war met à l’honneur Giacometti, mais aussi Balthus, Ernst, Fautrier, Pollock, Saint Phalle, César et Tinguely, sans oublier un impressionnant triple autoportrait de Bacon de 1972 (année charnière de son exposition au Grand Palais et du suicide de son compagnon), acquis avec prescience la même année. Plus tard, Elise a poursuivi seule. « Les œuvres de Soulages, Ruscha, Poliakoff, Schnabel et Kiefer ont effectivement été acquises après le décès de Basil, tout comme L’Éternel Printemps de Rodi », précise Marie Koutsomallis-Moreau. Mais il faudra attendre le prochain opus pour en savoir plus.

à voir
Musée de la Fondation Basil et Elise Goulandris,
13, rue Eratosthenous, Athènes, tél. : +30 210 72 52 895.
www.goulandris.gr
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