Le marteau et l’orfèvre

On 08 February 2018, by Caroline Legrand

Artiste emblématique des années 1930, Jean Després sera présent à Auxerre, dans sa région d’origine, avec une rare paire de pique-cierges en argent martelé.

Jean Després (1889-1980), paire de pique-cierges en métal argenté, fût de section carrée à fond martelé et angles à agrafes unies en application, la bobèche partiellement martelée reposant sur un talon uni, poinçon de maître, h. 30 cm, fût 23,3 x 13,2 x 12,9 cm.
Estimation : 10 000/12 000 €


Une cinquantaine de kilomètres, moins d’une heure de route, sépare les villes d’Auxerre et d’Avallon, toutes deux situées dans le département de l’Yonne. On comprend ainsi aisément pourquoi l’étude de Me Lefranc, dans ses ventes, propose régulièrement des créations de Jean Després. L’orfèvre est une gloire locale. C’est à Avallon qu’il passe son enfance et son adolescence, dans la boutique de bijoux et de cadeaux de ses parents. S’il quitte cette petite ville à 16 ans afin d’effectuer son apprentissage à Paris chez un ami de son père, orfèvre dans le Marais, il la retrouvera pour ses 30 ans, au lendemain de la Première Guerre mondiale. C’est là qu’il effectuera le reste de sa longue et riche carrière. Son travail est apprécié de femmes modernes et illustres, dont Joséphine Baker, mais aussi d’un important cercle d’artistes, dont son «meilleur copain» Georges Braque. Paul Signac, Anatole France, François Pompon, et plus tard André Malraux ou Andy Warhol, collectionnent ses bijoux ou ses pièces d’orfèvrerie. Il faut dire que ses créations sont totalement novatrices et parfaitement adaptées au monde de l’entre-deux-guerres. Avec leurs formes puisant dans le cubisme et l’art déco, inspirées également par les pièces de moteurs d’avion qu’il a dessinées durant la guerre, lorsqu’il était employé par l’industrie aéronautique, elles attirent immédiatement les regards.
Motifs inattendus
Par ailleurs, Després jette son dévolu sur une matière bien précise : l’argent. Un choix qui s’accorde avec celui de la bijouterie de l’époque, pour la joaillerie blanche, mais aussi cette période de difficultés financières, durant laquelle ce métal est préféré à l’or, pour son prix attractif. Dans son atelier d’Avallon naissent des vases, bougeoirs, plats, coupes, couverts et bijoux, réalisés à la main et ornés de motifs modernes parfois inattendus, comme les engrenages, les arbres à came ou les roues dentées. Seul, l’artiste travaille sur des pièces uniques qu’il martèle consciencieusement comme tout orfèvre depuis des siècles afin de leur donner cet aspect brut caractéristique. Avec audace, Jean Després crée des objets épures jouant des reflets de la lumière sur une surface tantôt granuleuse, tantôt lisse, comme dans notre rare paire de pique-cierges quadrangulaires, aux attaches plates d’angle formant agrafes. Selon ses propres mots, son travail relève « à la fois de l’art fruste du dinandier et de celui, plus souple et plus précis, de l’orfèvre danois» ! Après avoir exposé anonymement dès 1925, il se révèle au public en 1928. À partir de l’année suivante, il sera présent au Salon des indépendants, puis à celui des artistes décorateurs et au Salon d’automne, durant plus de trente ans. Totalement engagé dans l’avant-garde, Jean Després suscite à la fois le scandale et l’admiration. Bientôt, la boutique familiale d’Avallon ne suffira plus et il devra ouvrir en complément, pour satisfaire sa clientèle toujours plus nombreuse, un show-room à Paris, dans le passage Marignan, près des Champs-Élysées, puis au 28, rue de La Trémoille. Mais les lumières de la capitale ne lui feront jamais oublier sa ville ni sa région d’origine… qui le lui rendent bien aujourd’hui !

Welcome La Drouot Gazette offers you 4 Articles.
You still have 3 article(s) left to read.
I subscribe