Le Louvre dans les intrigues de la Cour

On 15 March 2021, by Vincent Noce
 

La reconduction de Jean-Luc Martinez à la tête du Louvre obéissait à une certaine logique. Avec un esprit de détermination qui ne lui a pas fait que des amis, il a entrepris de reconfigurer le paysage. Dès son arrivée, il avait promis de se concentrer sur l’amélioration vitale de l’accueil des visiteurs. Avec Jean-François Charnier, il sut remettre sur les rails le projet du Louvre Abu Dhabi, devenu un succès culturel majeur de la France mais qui se trouvait alors au bord du gouffre. La suite de projets qu’il a portée, de l’édification des réserves au raccrochage des collections, a inéluctablement suscité des contestations, même quand, pour une part, il héritait de décisions prises avant son mandat. La dernière exposition précédant le confinement — montée par Vincent Delieuvin et Louis Frank sur Léonard de Vinci —, s’appuyant sur les recherches du laboratoire des musées de France, est un exemple d’une nouvelle approche de l’histoire de l’art. Jean-Luc Martinez a ainsi voulu donner du sens aux expositions en les raccrochant à la genèse des collections et à l’action du musée, des restaurations d’œuvres aux fouilles archéologiques. Lui-même a une formation d’archéologue, ce qui n’a pas manqué de faire hausser des sourcils la haute et noble caste des conservateurs généraux, qui détient traditionnellement l’emprise sur le musée central né en 1793. Aujourd’hui, Jean-Luc Martinez parle de conquête de publics plus jeunes et populaires, se demandant comment leur montrer l’héritage islamique ou s’il est normal que les établissements nationaux ferment leurs portes à 17 30. Il dit sa conviction que la recherche de provenance constitue la priorité des musées occidentaux pour les années à venir, s’ils veulent demeurer crédibles. Le Louvre s’apprête ainsi à mettre en ligne l’entièreté de ses collections – soit 480 000 notices – en signalant normalement les acquisitions problématiques depuis 1933.

Rien ne justifie le niveau pathétique d’une campagne ad hominem, qui donne une piteuse image de la France.

Dans le pays de Saint-Simon, chaque fin de mandat public est sempiternellement l’occasion de bruits et de rumeurs, alimentant les petits et grands espoirs de chacun, quand ils ne signalent pas les frustrations des grands du passé. Cet épisode se distingue cependant par la violence des attaques, qui se sont abaissées à un tel point que le respectable Figaro a cru bon de recenser ce qu’il appelle « une pluie de boules puantes ». L’auteur de ces lignes ne s’est pas privé, à l’occasion, de donner son avis critique sur des expositions ou certains points de la politique du Louvre. Les postulants supposés à la fonction sont sans doute parfaitement honorables. Mais rien ne justifie le niveau pathétique de cette campagne ad hominem, qui donne une image pitoyable de la France, incompréhensible à l’étranger. Régi par le fait du prince, le processus lui-même est complètement vicié, puisque les candidats qui s’agitent dans l’ombre ne sont pas à même de faire valoir leurs propositions programmatiques. Dans quel autre pays démocratique l’État nomme-t-il sans aucun filtre plus d’une centaine de dirigeants de musées, d’opéras, de théâtres, d’orchestres, de compagnies de danse ou de bibliothèques ? Plus encore dans cette période dramatique, le secteur de la culture est soulagé des aides substantielles dont il bénéficie, mais il doit aussi en payer le prix. S’il était régi, avec l’appui des collectivités locales en régions, par des conseils d’administration indépendants composés de personnalités qualifiées, à l’instar du British Museum, ceux-ci pourraient mener des débats de fond sur l’avenir de l’institution, en conduisant des procédures relativement équitables de sélection et d’examen des candidats. Dans ce système soviétique à la française, l’intrigue dans le secret des couloirs est la seule règle qui compte.

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