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Le journal de Signac : une édition qui fera date

Published on , by Carole Blumenfeld

L’histoire de l’art est parfois étonnante. Il suffit d’une publication pour modifier sensiblement la perception d’un artiste. Le peintre du port de Saint-Tropez est célébrissime. Le théoricien D’Eugène Delacroix au néo-impressionnisme est presque aussi connu que l’anarchiste, ami de Fénéon. Signac amoureux a récemment fait...

  Le journal de Signac : une édition qui fera date

 

L’histoire de l’art est parfois étonnante. Il suffit d’une publication pour modifier sensiblement la perception d’un artiste. Le peintre du port de Saint-Tropez est célébrissime. Le théoricien D’Eugène Delacroix au néo-impressionnisme est presque aussi connu que l’anarchiste, ami de Fénéon. Signac amoureux a récemment fait l’objet d’un ouvrage intimiste et très documenté, Glissez mortels. L’exposition du musée d’Orsay rend hommage au collectionneur engagé. Signac, écrivain (c’est le titre de l’essai que lui consacre Charlotte Hellman) est une découverte : une plume formidable qui écrit « avant tout pour voir clair dans son cœur et son esprit ». De 1894 à 1908, après ses séances de travail, il jette sur le papier ses dîners, ses lectures, ses visites d’expositions, tout ce qui le préoccupe. Il se force à décortiquer ses réactions, à aiguiser ses arguments et surtout à croquer avec une formidable économie de moyens un événement, une ambiance ou un personnage. Le peintre se force à rester en éveil et à l’affût du moindre frémissement de l’actualité. La richesse de ce texte, en grande partie inédit, réside dans le nombre de contradictions politiques, sociales et artistiques que l’homme accumule. Il y aura un avant et un après cette publication. Précieux pour les historiens de l’art qui trouveront une foultitude d’informations sur la période, il sera aussi utile, sinon plus, pour les historiens. Et puis, on aurait tort de se priver d’une lecture divertissante à souhait. Les passages où Signac égratigne les créations de ses pairs qu’il comprend mal sont légion. Le 8 avril 1897 par exemple, il note à propos de l’exposition des Dix chez Vollard – il changera plus tard d’avis – : « On dirait une exposition de raclures de palettes de chiffons à pinceaux. Ce sont bien là les teintes et le hasard des mélanges produit. De plus ce n’est guère plus beau. Des tas de petites toiles, vraiment sans importance, d’un je m’enfoutisme déconcertant : c’est fait par-dessus la jambe, et quand ce n’est pas trop raté, je crois que le hasard y a plus de part que la volonté ! » 

Paul Signac, Journal 1894-1909, édition de Charlotte Hellman,
préface de Marina Ferretti Bocquillon, Gallimard/musée d’Orsay, 616 
pages, 26 €.
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