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Le japonisme inspiré de Gabriel Viardot et du maître laqueur Masatoshi Hamada

On 13 January 2022, by Anne Doridou-Heim

C’est en regardant du côté de la Chine ancienne et du Japon impérial que Gabriel Viardot a conçu ses meubles les plus originaux. La preuve avec ce cabinet de présentation. 

Le japonisme inspiré de Gabriel Viardot et du maître laqueur Masatoshi Hamada
Gabriel Viardot (1830-1906), meuble cabinet de présentation en bois teinté à décor sinisant de dragon et de chiens de Fô sculptés, les panneaux des portes laqués par Masatoshi Hamada de bouquets de fleurs dans des vases, daté 1885, 234,5 x 168,5 x 59 cm.
Estimation : 100 000/150 000 €

Un dragon rampant prêt à attaquer et deux chiens de Fô protecteurs signent mieux que tout autre motif sculpté, l’influence chinoise du décor de ce cabinet de présentation en bois teinté. Mais ce n’est pas tout, Gabriel Viardot, son auteur, ne s’en tient pas à ce goût sinisant, largement en vogue en Europe depuis les siècles passés. Il regarde plus loin encore vers l’extrême Est, du côté du Japon exactement. Depuis son ouverture forcée, l’archipel déverse ses créations par malles entières depuis les cales des navires et l’Occident, toujours avide de nouveautés, s’est pris de passion pour elles. Les Expositions universelles de la seconde moitié du XIXe siècle n’y sont pas pour rien. Un terme est même inventé, promis à un bel avenir : le japonisme. Nombreux sont les collectionneurs, les écrivains, les dandys, les critiques et les artistes à s’y adonner avec passion. Gabriel Viardot, qui a créé son propre atelier en 1860 après avoir travaillé avec son frère, Louis-Gustave, est de ceux-là. En 1867, il arpente les allées du Champ-de-Mars, lieu de la deuxième exposition parisienne, et décide dans la foulée de se lancer dans le « mobilier genre chinois-japonais », c’est-à-dire librement interprété du mobilier extrême-oriental pour s’adapter aux goûts de sa clientèle. Ce meuble de présentation est une parfaite illustration de cet asiatisme. Celui-ci porte la mention de 1885, année de l’Exposition d’Anvers lors de laquelle Viardot reçut une médaille d’or. Or, peu de ses réalisations étaient datées. Cette rareté ne venait honorer que les pièces de haut vol, de là à imaginer que celle-ci fut présentée lors de la manifestation belge, il n’y a qu’un petit pas. L’ébéniste parisien a également fait appel au laqueur Masatoshi Hamada – dont le cachet tampon se retrouve également apposé – pour le décor des portes, alors que traditionnellement il importait directement ses panneaux laqués de Chine ou du Japon pour habiller ses bâtis de forme européenne. Ceux-ci sont faits en relief de bouquets de fleurs épanouis au naturel, présentés dans des vases eux-mêmes posés sur des sellettes. Le succès couronnait chacune de ses participations et en 1887, la Revue des Arts décoratifs louait son travail en ces termes : « M. G. Viardot, ayant épuisé toute la série des récompenses, n’a pas pour cela tari la source d’éloges. Les pièces qu’il expose sont d’un fini et d’une exécution qui explique facilement le succès général qu’elles rencontrent. » Aujourd’hui, c’est aux enchères qu’il vient chercher le succès. Gageons que le dragon sculpté, un être mythique de bon augure en Asie que Viardot n’a pas hésité à inviter, saura le lui apporter une nouvelle fois.
 

Arts décoratifs du XXe siècle et Tableaux du XXe siècle
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