Le coût de la censure

On 09 September 2016, by Bertrand Galimard Flavigny

Les amateurs de livres apprécient la censure car elle rend d’autant plus difficile l’accès aux titres condamnés. Les catalogues de ceux-là en sont devenus précieux.

9 677 € frais compris, première refonte des catalogues existants de 1551, relié en vélin souple, Paris Drouot Richelieu, 1er juin 2016. SVV Binoche et Giquello. M. Courvoisier.

À Athènes, l’Aréopage fit brûler les ouvrages de Protagoras (Ve siècle av. J.-C.) parce qu’il exprimait des doutes sur l’existence des dieux. La censure réjouit les bibliophiles, elle entretient la rareté de certains exemplaires d’ouvrages immolés par le feu. De là, à rendre hommage au pape Innocent VIII (1432-1492) et à son successeur Alexandre VI, dont on se souvient qu’il était un Borgia (1431-1503) pour avoir été les premiers à instituer un système de censure à tous les ouvrages non seulement théologiques,
il est un pas que nous ne franchirons pas. Le principe de l’autorisation préalable à toute impression fut confirmé par la promulgation en 1487, de la Bulle «Inter multiplices», limitée à certaines villes allemandes.

Livres prohibés
Le premier ouvrage condamné au bûcher pour avoir critiqué le pouvoir du pape fut Monarchia sive de potestate Imperatoris et Papae par Antonio Roselli (1381-1466), publié à Venise en 1487. Face à la diffusion massive par le livre des idées intellectuelles et religieuses de la Réforme protestante, les universités et les autorités ecclésiastiques catholiques décidèrent de publier dans les années 1540 des catalogues de livres prohibés. Le premier, qui donnait une liste de 230 volumes, fut celui de la faculté de théologie de Paris, imprimé en 1544. Cet Index français fut réédité à plusieurs reprises en 1545, 1547, 1549, 1551 et 1556, avec l’ajout de listes de titres condamnés par les docteurs de la Sorbonne. Il devint le modèle de référence de ceux publiés par l’université de Louvain (1546), le Portugal (1547), Venise (1549) et l’Inquisition espagnole (1551).
L’index de paris
Un exemplaire du Catalogue des livres examinez & censurez, par la Faculté de Theologie de l’Université de Paris: suyvant l’Edict du Roy, Publié en la Court de Parlement, le troisiesme iour de Septembre, M. D. LI], relié à l’époque en vélin souple, a été adjugé 9 677 €, à Drouot le 1er juin 2016 par la SVV Binoche & Giquello, lors de la dispersion de la bibliothèque du libraire Jean Viardot. Il s’agit de l’une des trois éditions imprimées en 1551. Les deux autres ont été données à Toulouse par Claude Sanson, et à Paris, à l’adresse de Jean André. Cette nouvelle version de l’Index de Paris a été imprimée quelques mois après l’édit de Châteaubriant, promulgué le 27 juin de la même année par Henri II pour renforcer les mesures contre les protestants. «Ce catalogue, explique l’expert Dominique Courvoisier, est une refonte des catalogues existants. Il contient près de deux fois plus de titres que celui de 1544, et 47 supplémentaires par rapport à la version de 1549. On y trouve deux listes de 215 livres en latin et 192 en français, classés par ordre alphabétique d’auteurs.» Parmi ceux-ci, nous trouvons notamment des bibles de Robert Estienne, des écrits de Martin Bucer, Jean Calvin, Luther, etc. Les humanistes ne sont pas épargnés non plus puisqu’on retrouve plusieurs textes de Lefèvre d’Étaples et d’Érasme. On note encore la présence du Tiers livre de Pantagruel (1545) par un certain Rabelais.

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