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La Tour

On 28 October 2021, by Carole Blumenfeld

La Tour

 

La Tour – tout court – se situe presque aux antipodes de l’exercice très académique que constituait François-André Vincent de Jean-Pierre Cuzin, publié en 2013 par les éditions Arthena. Les documents sont très rares et le spécialiste renoue ici avec la verve de son Fragonard (1987) en proposant une monographie chrono-thématique où il fait parler les œuvres, tout en accordant la part belle à la redécouverte du peintre qui fait d’ailleurs l’objet d’une synthèse dans le dernier chapitre. L’auteur a le don de proposer un champ lexical inédit pour caractériser les tableaux de Georges de La Tour. Il répertorie en appendice soixante-dix-sept œuvres originales ou connues par des copies – des centaines doivent être aujourd’hui perdues. Et, c’était attendu, il prend longuement position dans le chapitre dédié à la jeunesse et à la formation de La Tour sur le Diogène (voir Gazette n° 30 du 6 septembre 2018), pierre d’angle de son revirement sur le séjour italien du peintre. Il rapproche autant le Diogène que les Apôtres d’Albi, qui auraient été peints six ans plus tard, du jeune Ribera, démonstrations en images à l’appui. Autres changements : l’auteur fait aussi parler les descriptions anciennes de tableaux perdus ou les treize copies d’après les deux Saint-Sébastien soigné par Irène, autrefois dans les collections de Charles IV de Lorraine et Louis XIII, longtemps considérés comme deux tableaux « pareils », mais qu’il date de quelques années d’écart, l’un précédant l’autre de six ans. Dans la chronologie de La Tour, il propose aussi de voir Les Joueurs de dés du Preston Hall Museum non plus comme un tableau de la fin, mais des années 1640-1642. Restent la question des portraits et celle, « si irritante », des dessins : « dans une Lorraine où les dessinateurs et les graveurs sont légion et comptent parmi les plus originaux du siècle, comment La Tour n’aurait-il pas dessiné » ? Bien plus que les catalogues d’exposition, ce « Citadelles & Mazenod » fixe certainement un moment de l’histoire de l’art dont Jean-Pierre Cuzin raconte d’ailleurs les tâtonnements, ceux de ses pairs et les siens. Et jamais l’œuvre de La Tour n’avait été reproduit d’une telle façon, ce qui fait aussi de cet ouvrage un indispensable. 
 

Jean-Pierre Cuzin,
La Tour, Citadelles & Mazenod, 384 pages,
390 
illustrations couleur, 189 €.

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