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La symphonie alpestre de Gabriel Loppé, peintre et alpiniste

On 02 December 2021, by Philippe Dufour

Gabriel Loppé, l’un des pères de la peinture de haute montagne, offre ici une vue des sommets de l’Oberland bernois, une région qui lui fut chère dans la découverte de sa deuxième passion : l’alpinisme.

La symphonie alpestre de Gabriel Loppé, peintre et alpiniste
Gabriel Loppé (1825-1913), Alpinistes sur le glacier de l’Unteraar, vers 1868, huile sur toile signée, 100 75,5 cm (détail).
Estimation : 60 000/80 000 

Situé dans le canton de Berne, l’Unteraar fait partie d’un système de deux glaciers qui donnent naissance à la rivière Aar, l’autre étant l’Oberaar. Si depuis une centaine d’années, cette étendue de glace – comme toutes ses semblables alpines – a disparu en partie pour se retirer jusque dans les environs du col du Grimpsel, elle a longtemps constitué l’un des panoramas les plus renommés de Suisse. Le site a été également un lieu d’études réputé : au cours des années 1830 et 1840, plusieurs expéditions scientifiques s’y sont rendues, dans les pas des premiers glaciologues helvétiques Franz Josef Hugi (1791-1855) ou Louis Agassiz (1807-1873). À cette occasion, ils n'hésitaient pas à planter leur tente sous un énorme rocher situé au milieu de la moraine, appelé «l’hôtel des Neuchâtelois», qui devait plus tard glisser dans le lac de Grimsel… L’environnement, romantique au possible, avait déjà attiré les pionniers de la peinture de montagne, à l’exemple de Caspar Wolf (1735-1783), qui a immortalisé dès 1774 ce fameux bloc cyclopéen dans un tableau intitulée La Grande Table de pierre du Lauteraar (musée d’Aarau). Près d’un siècle plus tard, vers 1868, le peintre Gabriel Loppé cède lui aussi à la magie des lieux et en donne cette représentation, où deux Alpinistes sur le glacier de l’Unteraar s’accordent une halte au milieu des crevasses, admirant les sommets du Finsteraarhorn et de l’Agassizhorn.
Les deux passions d’un homme accompli
L’auteur de cette vision grandiose s’est affirmé tout au long de sa vie comme une personnalité singulière, en cultivant deux pratiques complémentaires : la peinture et l’alpinisme. Cette dernière ne coulait pas de source pour un artiste né à Montpellier : c’est lors d’une visite chez ses parents installés à Embrun, dans les Hautes-Alpes, que le jeune Gabriel Loppé va en ressentir l’appel. Dans les années 1850, il se frotte ainsi à la conquête des cimes en Suisse, à Grindewald — la porte d’accès à la région de la Jungfrau —, en compagnie de Britanniques, toujours pionniers en la matière. Du côté de la peinture, il commence par suivre les cours à Genève de François Diday (1802-1877), alors chef de file de l’école alpestre, puis ceux des Beaux-Arts de Paris avant de s’installer à Annecy, où il pourra concilier ses deux centres d’intérêt. Car la Savoie le fascine et, entre les années 1860 et 1890, il ne fera pas moins d’une quarantaine d’ascensions du mont-Blanc ! Toujours accompagné d’un guide de la Compagnie de Chamonix, il emporte alors son matériel de peinture pour saisir les détails des paysages changeants, les restituant sur toile à un public curieux de découvrir des reliefs encore inaccessibles. Petit à petit, Gabriel Loppé va s’affirmer comme le père fondateur de cette féconde école des peintres alpinistes implantée en Savoie ; il expose ses œuvres à Paris — surtout au Salon de la Société des artistes français, mais aussi à Londres, où résident bon nombre de ses admirateurs… Notre composition, elle, est longtemps demeurée dans une collection privée de Chamonix, et se voit désormais gratifiée, pour sa mise en vente prochaine, d’un certificat du Comité Gabriel Loppé.

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