La seconde vie de Pompéi

On 16 June 2017, by Carole Blumenfeld

Aussi plaisant que savant, l’ouvrage se penche sur la fascination exercée par cette cité évanouie en quelques instants, tant chez les plumes et les pinceaux les plus célèbres d’Europe que chez des talents plus populaires.

Jean-Baptiste Augustin (1759-1832), Portrait de Caroline Murat, 1810, dessin préparatoire pour une miniature, collection privée.
DR

La redécouverte de Pompéi n’a, curieusement, jamais fait l’objet d’un ouvrage de synthèse. Certes, les publications sur le sujet se comptent par centaines  voire par milliers , mais l’exercice dans lequel Maria Teresa Caracciolo s’est lancée est inédit, d’autant plus qu’il s’adresse aussi bien au curieux qui prépare son voyage qu’au connaisseur averti. L’absence de notes en bas de page, le style particulièrement plaisant et la belle maquette pourraient en effet induire en erreur ; or, il s’agit bien d’un ouvrage scientifique qui fera date, dans lequel la spécialiste propose une vision extrêmement savante des liens entre les recherches archéologiques et la création artistique et littéraire aux XVIIIe et XIXe siècles, tout en brossant un solide canevas politique. L’ouvrage, qui se lit d’un trait, met d’ailleurs sur un pied d’égalité des épisodes bien connus et des éléments tout à fait nouveaux, dont le plus étonnant est la découverte des éléments du décor de la maison-musée de Caroline Murat… au château de Chantilly où ils avaient été confondus avec les résultats de fouilles plus tardives du donateur ! «Elle n’est pas la première, précise l’auteur, mais certainement l’une des premières et des plus riches demeures associant vie privée, vie de cour et conservation d’œuvres d’art. La spécificité de la demeure napolitaine de Caroline Murat consiste en ses liens avec ce réservoir exceptionnel d’œuvres antiques qu’étaient les sous-sols des sites du Vésuve, Herculanum, Pompéi, Stabies… Jamais autant d’objets pouvant témoigner de l’architecture domestique, de la vie quotidienne et des mœurs de l’Antiquité n’avaient été mis à la disposition d’une souveraine. Caroline Murat sut en tirer parti et les œuvres retrouvées au cours des fouilles de Pompéi participèrent ainsi, de manière à la fois esthétique et fonctionnelle, à l’ameublement de son appartement-musée.»
 

 
 



Or, grâce à la comparaison des archives du Museo Archeologico Nazionale, des dessins conservés à la réserve de la Bibliothèque nationale de France, des fleurons et des planches qui ornent les écrits de François Mazois, et enfin les comptes rendus de voyageurs curieux, admis dans l’intimité de la reine au début du XIXe siècle, Antonella D’Autilia vient d’identifier les objets de ce décor qui furent réinstallés dans la chambre à coucher de la résidence du prince de Salerne, Léopold de Bourbon, au palais Acton lors de la restauration des Bourbons à Naples, et acquis plus tard par son gendre, Henri d’Orléans, duc d’Aumale. Maria Teresa Caracciolo, qui prépare l’exposition sur Caroline Murat prévue fin juin au palais Fesch, ne tarit d’éloges ni sur le goût très sûr de la souveraine, ni sur «le vent de modernité» qu’elle insuffla  c’est sans doute l’un des partis pris les plus novateurs de l’ouvrage  : «Elle n’agissait pas par frivolité, comme on aurait tort de le croire, mais en femme politique avisée. Avec son époux, elle parvint à imposer aux travaux de sauvegarde et de valorisation du site de Pompéi un véritable tournant. Le terrain des fouilles s’en trouva élargi et la conservation des œuvres, que l’on intégrait à la fois au grand musée d’antiques du palais des Études et au musée de la reine au Palais royal, faisait aussi l’objet d’une attention particulière. Comme son frère l’Empereur, Caroline écoutait les conseils des savants qui l’entouraient, érudits et archéologues en herbe comme le comte de Clarac et l’architecte François Mazois. Elle soutint en particulier les travaux de ce dernier qui aboutirent, après la décennie française, au plus important ouvrage de divulgation savante des connaissances relatives à l’antique cité : Les Ruines de Pompéi, en plusieurs volumes magnifiquement illustrés, première publication moderne consacrée au site vésuvien.» La Seconde Vie de Pompéi est un texte engagé qui rend justice à plusieurs personnages malmenés par l’historiographie, tout en offrant le fil conducteur qui faisait défaut et la distance critique indispensable d’une historienne de l’art qui ne manque pas de rappeler que Pompéi n’était qu’un centre provincial de l’empire romain. 

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