La porte miraculée de l’Hôtel de Ville

On 16 January 2020, by Sarah Hugounenq

De prime abord, il ne s’agit que d’une porte. Pourtant, l’histoire de ce vantail, qui a ouvert la voie deux siècles durant à tous les monarques de France, confine au miracle. Voici son aventure en guise d’avant-goût de ce que nous réserve la réouverture prochaine du musée Carnavalet qui la conserve.

 

En pleine Fronde, malgré la résistance des archers de la Ville de Paris et des gardes du gouverneur, les émeutiers rassemblés sur la place de Grève attaquent l’Hôtel de Ville et le réduisent en cendres. Nous sommes le 4 juillet 1652, et l’incendie ravage ce palais, construit un siècle plus tôt par François Ier et l’architecte italien Boccador. En bois, l’entrée principale flambe. Pour remédier au massacre, une nouvelle porte est commandée l’année suivante au menuisier Guillaume Grouart, agrémentée de bronzes d’après le sculpteur Henri Perlan. Haut de près de 4 mètres, le morceau est monumental, à la mesure du symbole qu’il est censé incarner. La puissance du roi transparaît dans les masques hurlant à l’antique. Pis, le sculpteur a opté pour Méduse, dont la fureur indomptable paralyse tous ses adversaires au combat. Le tout est flanqué de fleurs de lys, hymne à la monarchie, et de nefs, emblèmes de la municipalité. Un siècle plus tard, à l’heure de la Révolution, ces décors seront soigneusement pilonnés. Siège du pouvoir, Paris est de nouveau la proie des flammes lors des émeutes de la Commune, en mai 1871. L’Hôtel de Ville n’est pas épargné. Dès le lendemain de l’incendie, Théodore Vacquer, découvreur des arènes de Lutèce puis sous-conservateur du musée Carnavalet, se rend sur place avec son équipe pour sauver ce qui peut l’être. Vieux de deux cents ans, le vantail gauche de la porte principale est miraculeusement épargné, ainsi que les bronzes de la partie droite. Cet unique vestige de l’Hôtel de Ville est aussitôt transporté au musée, avant de disparaître sans explication. Sa trace ne sera retrouvée qu’un siècle plus tard, en 1995 à Ivry-sur-Seine, sous la pluie et le vent.
Restaurer la mémoire
Ce sont bien certainement sa taille imposante de 4 mètres de haut sur 1,5 mètre de large, ainsi que son poids de 600 kilos qui ont participé à sa sauvegarde. Mais cette configuration ne fut pas une mince affaire pour les équipes du musée Carnavalet, engagé depuis 2016 dans une vaste campagne de restauration. Il a fallu douze transporteurs spécialisés et six heures d’effort pour la mettre en bonne place dans la nouvelle muséographie. « Les agents du musée me demandent où était conservée cette porte qu’ils pensaient n’avoir jamais vue, alors qu’elle était présentée depuis des années dans la salle des enseignes », s’amuse Marie-Laure Deschamps, responsable des collections des arts décoratifs, décors et enseignes du musée. Encrassé par son passé rocambolesque, ce vestige a nécessité l’attention d’une équipe diversifiée de restaurateurs, depuis les spécialistes du bois à ceux du bronze, en passant par un sculpteur pour la restitution des guirlandes. Les parties léchées par les flammes sont conservées telles quelles, pour garder en mémoire la fragilité de notre patrimoine autant que le passé agité de la capitale. « Nous sommes un musée qui évoque l’histoire de la Ville de Paris, poursuit la conservatrice. Cette porte est une occasion unique de parler de l’Hôtel de Ville avant son incendie, dont rares sont les éléments qui ont survécu. » Quelques sculptures en pierre et en métal nous sont parvenues, ainsi qu’une reproduction d’un médaillon en bronze de Henri IV et la statue de Louis XIV réalisée par Antoine Coysevox, installées dans la Cour d’honneur du musée. Présenté sur un portique qui reproduit le volume du second vantail disparu dans les flammes, l’ensemble bénéficiera du réaménagement complet du musée, à découvrir au printemps. 

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