La petite robe rouge de Valentino

On 08 October 2020, by Anne Doridou-Heim

Aussi flambloyant que ses créations, le couturier a toujours favorisé cette éclatante couleur pour habiller les femmes. Le choix du style et de l’audace.

Valentino, collection de prêt-à-porter printemps-été 2008, robe longue du soir rouge, haut à une bretelle croisée se continuant par un pan formant un nœud à pans strassés.
Estimation : 400/500 

Écarlate, sanguin, vif, intense, passionnel… tous les adjectifs ont été conviés pour qualifier le «rouge Valentino». Car, «une femme habillée de rouge est toujours magnifique, elle est au milieu de la foule l’image parfaite de l’héroïne». Ces mots sont de Valentino Garavani, l’Italien arrivé en France en 1950 à l’âge de 18 ans, prêt à se tailler un prénom sur mesure. Les choses vont vite car, deux ans plus tard, il entre en formation chez Jean Dessès, qui lui ouvre les portes de la haute société, du gotha international et du monde du cinéma. En 1957, il rejoint la toute jeune maison Guy Laroche avant de retourner en Italie et de s’installer à Rome en 1959, où, grâce à l’aide financière de ses parents, Valentino ouvre sa propre maison. Dès sa toute première collection, Valentino convoque ce rouge ardent qui deviendra sa signature. Il aimait raconter que cet attachement remontait à sa jeunesse lorsque, étudiant à Barcelone, et invité à l’opéra, il fut émerveillé par les femmes assises dans leurs loges formant une corbeille de fleurs. C’est fort de ce souvenir qu’il dessine «Fiesta», cette première robe bustier de cocktail bâtie autour d’une jupe de tulle drapée et piquée de roses qu’il déclinera en trente versions différentes – tout au long de ses quarant-neuf ans de carrière – mais toujours du même incarnat. Le voici prêt à devenir la nouvelle coqueluche des grands de ce monde et d’Hollywood : Audrey Hepburn, Rita Hayworth, Grace de Monaco et Elizabeth Taylor ne jurent plus que par ce grand jeune homme, si raffiné et talentueux. Jusqu’à Jackie Kennedy, qui lui demande de lui dessiner une garde-robe complète pour signifier la fin du deuil du président et, quelque temps plus tard, lui passe commande de sa robe de mariée avec l’armateur Aristote Onassis. En 1970, c’est vêtue de l’une de ses robes, évidemment rouge, qu’elle fait la couverture de Life Magazine. L’heure de la consécration a sonné. Ambassadeur de la mode dans le monde entier avec ses silhouettes alliant élégance et intemporalité, fluidité et sensualité, Valentino était un maître qui ne cherchait pas à se situer parmi les révolutionnaires de la haute couture. Le feu de la couleur de la vie lui suffisait.
Au bonheur d’une dame
Ce ne sont pas moins de quatre cents modèles – de haute couture et de prêt-à-porter – qui composent cette vente, tous collectionnés par une «fashionata» parisienne pendant près de trente ans. Tenues de ville sophistiquées, ensembles de jour plus facilement portables, accessoires et ces quelques robes du soir immédiatement reconnaissables à leur façon de draper le corps, de le mettre en valeur, de suggérer sans rien dévoiler. En 2008, six mois après son dernier défilé, le musée des Arts décoratifs a rendu un brillant hommage au couturier, une rétrospective orchestrée autour de 200 créations emblématiques. Cette «petite» robe rouge parfaitement taillée appartient aussi à la dernière collection, et n’en est que plus significative. «Le rouge est un fard qui embellit». La future propriétaire de ce modèle en est certainement déjà convaincue.

Tuesday 27 October 2020 - 13:30 - Live
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Gros & Delettrez
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