La nature Grand Siècle de Monnoyer

On 08 April 2021, by Philippe Dufour

Emblématique de la virtuosité précoce de Monnoyer, peintre de fleurs du XVIIe siècle, cette toile de 1665 s’affirme comme l’un de ses chefs-d’œuvre de jeunesse

Jean-Baptiste Monnoyer (1636-1699), Un vase en lapis monté en or rempli de fleurs posé sur un entablement orné d’un bas-relief représentant un Triomphe, toile, 89 99 cm.
Estimation : 100 000/150 000 

D’une générosité baroque avec son bouquet dégringolant selon une audacieuse diagonale, cette nature morte opulente ne déroge pas aux canons chers à son auteur, Jean-Baptiste Monnoyer… Aux fleurs choisies répond le raffinement du vase de lapis à monture dorée, comme il est d’un usage fréquent chez l’artiste, qui aime inclure des contenants précieux – en pierres dures ou orfèvrerie – dans ses compositions. De même, le bas-relief antique sur lequel est placé le vase, représentant le triomphe d’un empereur romain – un discret rappel de la geste louis-quatorzienne –, souligne la majesté de l’ensemble. Pourtant, sous le masque très séduisant d’une nature morte, l’œuvre pourrait aussi bien prodiguer les leçons d’une vanité, en associant la fragile beauté des fleurs aux vestiges du passé. C’est dans tous les cas ce qu’estime la spécialiste Claudia Salvi, qui, avec l’expert René Millet, l’a attribuée au grand peintre français, et à ce titre l’inclura à son catalogue raisonné, actuellement en préparation. La somptueuse composition s’impose, à l’évidence, comme l’une des premières réussites picturales de Monnoyer, en s’inscrivant dans sa période de production des années 1660-1665. La présence de variétés florales telles que la pivoine, la capucine et l’anémone simple, abandonnées ultérieurement par l’artiste, vient étayer cette datation précoce. Aussi peut-on la comparer à plusieurs œuvres majeures de cette époque pour lesquelles on possède des dates, à commencer par la toile intitulée Fleurs, fruits et objets d’art, son virtuose morceau de réception à l’Académie royale de peinture et sculpture en 1665, aujourd’hui au musée Fabre de Montpellier. On songe aussi au tableau conservé à celui des beaux-arts de Caen, des Fleurs dans une cuvette d’argent ciselé posée sur un entablement sculpté, ce dernier détail d’importance. Quant à la provenance de notre peinture, elle n’en est pas moins exceptionnelle : elle a été vendue par le fameux marchand Jean-Baptiste Pierre Lebrun, le 1er octobre 1806, qui ne manque pas de préciser dans son catalogue qu’elle provient du cabinet de M. Lollier, collectionneur parisien d’avant la Révolution. Sous le numéro 160, l’œuvre y est présentée comme étant de Monnoyer, mais assisté de Sébastien Bourdon quant à la frise antique. On la retrouve en mars 1870 à Drouot, mais avec une attribution à Jean-Baptiste Blin de Fontenay, lors de la dispersion de la collection du marquis du Blaisel. Depuis, elle a été conservée dans la descendance de ce dernier, pour réapparaître bientôt sous sa véritable identité.

Friday 21 May 2021 - 14:00 - Live
Salle 5 - Hôtel Drouot - 9, rue Drouot - 75009
Paris Enchères - Collin du Bocage
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