Mémorial de Caen : la libération de la peinture.1945-1962 

On 20 October 2020, by Sarah Hugounenq
Georges Mathieu (1921-2012), Obscuration, 1952, huile sur toile, 129,8 195 cm.
© Fondation Gandur pour l’Art, Genève. Photographe : Sandra Pointet © ADAGP, Paris, 2020

Cet amas écrasé de peinture râpeuse n’est plus qu’une vague évocation d’un corps tuméfié. Ses contours déchirés suivent ceux d’une silhouette démembrée. La forme humaine n’est plus qu’un fantasme lointain dans cette Sarah que Jean Fautrier peint, enragé, en 1943. À l’image de l’aigle noir menaçant de Jean-Michel Atlan (1945), le spectre de la Shoah plane sur la peinture d’après-guerre, qui pose la question de son existence même. Exilée pour quelques mois au Mémorial de Caen, la fondation Gandur de Genève a savamment pioché dans sa collection 34 artistes européens, oubliés (Wols) ou reconnus (Martin Barré), persécutés (J.-M. Atlan) ou épargnés (Jean Dubuffet), français (Henri Michaux), danois (Asger Jorn) ou hongrois (Jaroslav Serpan) pour construire un parcours sous forme de question : « Que reste-t-il de l’homme et de l’artiste en 1945 ? » La mise à nu progressive du langage pictural au sortir des affres de la guerre est étonnamment disséquée en cinq sections strictement chronologiques – musée d’histoire oblige. Est reléguée au second plan l’approche artistique qui nous parle matière dont les anfractuosités abritent la souffrance créatrice, ou dicte un geste dont la violence défigure la représentation. Ici, l’exposition résonne avec les salles permanentes du Mémorial. En réponse au parcours historico-politique centré sur l’opposition, après les accords de Yalta, de deux impérialismes nouveaux, américain et soviétique, la fondation Gandur se glisse au milieu et affirme la vivacité indéfectible de l’Europe. Alors que l’historiographie moderne nous a habitués à voir se déplacer la scène artistique outre-Atlantique, le collectionneur helvète réaffirme, par le truchement de ses deux conservateurs Bertrand Dumas et Yan Schubert, la place prédominante du Vieux Continent dans la mue de l’art moderne. Mais, en ces temps de crise sanitaire, sociale et économique, le parcours résonne autrement : il nous parle de reconstruction de l’homme par l’art.

Mémorial de Caen,
esplanade Général Eisenhower, Caen (14), tél. 
: 02 31 06 06 44.
Jusqu’au 31 janvier 2021.
www.memorial-caen.fr
Welcome La Drouot Gazette offers you 4 Articles.
You still have 3 article(s) left to read.
I subscribe