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La foire Artgeneve fête ses dix ans

Published on , by Anna Aznaour

Retour sur l’histoire et les concepts novateurs d’Artgenève, salon genevois d’art contemporain crée en 2012 par Thomas Hug.

Artgenève 2019, Neon Forms de Cerith Wyn Evans. PHOTO ANNIK WETTER La foire Artgeneve fête ses dix ans
Artgenève 2019, Neon Forms de Cerith Wyn Evans.
PHOTO ANNIK WETTER

L’Argentin Jorge Luis Borges écrivait : «De toutes les villes du monde, de toutes les patries intimes qu’un homme cherche à mériter au cours de ses voyages, Genève me semble la plus propice au bonheur. » En 1999, pourtant, à cet univers rêvé de l’auteur de L'Aleph, une dimension importante faisait défaut : celle d’un rendez-vous de l’art contemporain. En 2012, le manque en question fut, enfin, comblé par … un musicien. Thomas Hug a alors à peine 28 ans. Le Genevois rentre de Berlin après y avoir fait ses premières armes en tant que compositeur, éditeur et galeriste. Des expériences qui lui vaudront un carnet d’adresses bien garni et une idée en tête très précise : créer le premier salon d’art contemporain de la Suisse romande. Trois mois plus tard, la cité de Calvin inaugurait Artgeneve !
Petit mais solide
Comment dévie-t-on de l'univers musical vers l’art d'aujourd'hui ? «Au départ, je passais ma vie dans les bibliothèques à étudier la musique des compositeurs du passé. Avec les rencontres des artistes, galeristes, critiques d’art, etc. à Berlin, j’ai été happé, par cette énergie du présent. C’était tellement excitant que je ne voulais plus rester dans une logique historique», confie Thomas Hug.
La deuxième raison est que, plongé dans ce milieu, l’entrepreneur constate la présence des collectionneurs genevois dans toutes les grandes foires, où ils se pressent pour faire leurs achats. Une évidence lui apparaît 
: il y a un marché de niche non exploité dans sa Genève natale ! Occuper celui-ci sera avant tout une affaire de réseau. L’ambitieux jeune homme frappe alors à la porte des prestigieuses galeries locales comme Skopia et Blondeau & Cie, entre autres. Et elles lui font confiance. D’autant plus que Thomas Hug a également réussi à intéresser les grandes institutions, dont les expositions assureront la crédibilité du salon. «Lors de cette première édition et en dehors du succès commercial escompté de leur participation, le plus important pour les marchands, c’était d’avoir la certitude de ne pas se ridiculiser en prenant part à une manifestation de mauvaise qualité», souligne-t-il. Depuis, cette offre non commerciale est devenue la marque de fabrique d’Artgeneve.
En mars 2022, elle comptera quelque trente expositions curatées aussi bien par les grands acteurs institutionnels – 
Centre Pompidou, musée Boijmans Van Beuningen, Nouveau Musée national de Monaco, etc. – que par d’importants collectionneurs, dont le célèbre Dakis Joannou. Ces stands seront entourés de quatre-vingts galeries, un nombre qui reste fidèle au concept de départ du fondateur : ne jamais dépasser cent. Pourquoi ? «Artgeneve doit rester une manifestation intimiste et sans prétention aucune de concurrence avec les grandes foires. L’idée est d’offrir un format qui facilite les échanges entre collectionneurs, marchands et institutions.»
Concepts innovants
En dix ans d’existence, plusieurs concepts inédits ont vu le jour sous la bannière d’Artgeneve. Parmi eux, Solo Show, un espace attenant au stand des galeristes et dédié à une exposition monographique. Souvent dans un style pur, comme les œuvres de Marion Baruch, l’objectif de cette scénographie est de «nettoyer» l’œil du public du trop-plein d’informations que la vue des pièces hétéroclites d'artistes qui se succèdent pourrait saturer. Citons également l'idée d’Artgeneve/musique, plateforme axée sur des œuvres sonores, performatives et éphémères, qui fait la promotion du salon dès 2012, aussi bien à Genève qu’à l’étranger. Sans oublier le concept d’Estate Show : l’installation monumentale d’un artiste emblématique. Ainsi, en 2017, le cinéaste Anthony McCall fait vivre au public l’expérience magique de la «lumière solide», une curiosité du septième art. On ne saurait non plus faire l’impasse sur le lancement de «Sculpture en ville», qui décore les quatre coins de Genève avec des œuvres qui interpellent. Cela aboutira à la création de la biennale Sculpture Garden, avec l’implantation, en plein air, des pièces ainsi offertes en exposition gratuite toute l’année. Puis, en 2018, naît l’idée d’inviter un salon dans la manifestation genevoise. Honneur au design, d’abord, avec le PAD Paris, suivi par la vidéo avec le LOOP Barcelone. La gastronomie également sera prise dans les filets d’Artgeneve qui, en 2020, proposera Night-Fall, transformant ainsi restaurants et bars éphémères de la ville en œuvres d’art. Sa première édition parisienne aura lieu début juillet prochain, réunissant galeries et bonnes tables de la capitale. Au chapitre des innovations 2022 : Chamber Music et un labyrinthe dédié à l’art photographique, que douze galeries feront rayonner. Parmi elles, Air de Paris, Gregor Steiger ou encore Ermes Ermes. Malgré sa petite taille, le contexte sanitaire encore tendu et la conjoncture économique très mouvante, le salon conserve donc toute sa vitalité. Quelle est la recette de ce succès ? «Aujourd’hui, ce qui compte le plus c’est la qualité et l’originalité de l’événement. C’est pourquoi miser sur le volume d’une manifestation annuelle, qui plus est limitée à quelques jours, n’est peut-être pas le meilleur moyen de la réussir», explique Thomas Hug. Pour ce compositeur et entrepreneur, soutenu par sa compagne Laura Meillet, le secret de la victoire réside dans l’agilité. Une stratégie qui consiste à s’appuyer sur un tronc commun, le salon Artgenève, pour en développer les branches, très diversifiées, toute l’année et dans divers endroits : Artmonte-carlo a déjà fait ses preuves, et Artmoscou attend son tour !

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