La Fiac se projette enfin en ligne

On 25 February 2021, by Alexandre Crochet

En queue de peloton, la Fiac lance à son tour une version numérique, dont un premier aperçu se révèle très convaincant. Affaire à suivre…

Pilar Albarracín (née en 1968), En la piel del otro, 2018, photo couleur, 225 150 cm (détail), édition de 5 + 1 AP.
Galerie Georges-Philippe & 
Nathalie Vallois.
Courtesy Galerie GP & N Vallois et l’artiste. © Pilar Albarracín 

Une foire en ligne ? Encore une ? Certes, mais il s’avère difficile de faire fi de FIAC Online Viewing Rooms, accessible au public le 4 mars, après deux jours « VIP ». D’abord, parce que ce printemps, les collectionneurs n’auront guère d’alternative en Europe, avec – entre autres  – Art Paris et Art Basel décalées à septembre, Artbrussels annulée et artgeneve reportée à juin après avoir misé sur mars-avril. Ensuite, parce que la manifestation a eu le temps d’observer les autres foires « online » et de peaufiner sa plateforme. « Nous avons voulu recréer l’esprit de la FIAC, avec pour objectif de mettre en contact galeristes et collectionneurs, et de donner à ces derniers l’envie de rester sur nos Viewing Rooms », explique Maxime Hourdequin, son directeur adjoint. Conçue avec la société Artlogic, la plateforme, que nous avons pu consulter en avant-première, se révèle en effet bien plus fluide, ergonomique et variée que ses devancières. Chacun des « exposants » – 208 galeries et éditeurs de vingt-huit pays – y présente cinq ou dix œuvres (renouvelables) sur un stand virtuel, soit un maximum de deux mille pièces. Pour s’y repérer, l’amateur peut bien sûr aller voir ses galeries préférées, ou au contraire se laisser surprendre par des propositions mises en avant de façon aléatoire. Surtout, il bénéficie d’une panoplie de filtres particulièrement complète, pour faire des recherches par secteur de la foire, nom d’artiste, gamme de prix – de moins de 10 000 à plus d’un million d’euros –, mais aussi médium, période de création ou même format, de « S » pour small à « VL » pour very large ! Cerise sur le gâteau, il peut aussi, avec la fonction « View on wall », voir ce que donnerait l’œuvre sur un mur et ainsi apprécier l’échelle. Dans le cas des créations tridimensionnelles, plus difficiles à vendre à distance, certaines galeries sont allées jusqu’à fournir une dizaine de photos détaillées, telle la berlinoise Esther Schipper pour une sculpture Iceman de Philippe Parreno.
Un écosystème recréé
Difficile de dire si la foire propose beaucoup de productions à plus d’un million d’euros, les galeries n’ayant pas encore mis en ligne toute leur offre quand nous avons visité la plateforme en amont de son lancement. Dans cette gamme de prix, Karsten Greve met en vente deux Soulages, et Ben Brown, un Fontana. D’autres ont délibérément mis l’accent sur « de jeunes artistes contemporains, avec des œuvres fortes visuellement sur un écran, au lieu de figures plus historiques, qu’il faut plutôt voir en vrai », confie Georges-Philippe Vallois, qui montre notamment de nouveaux travaux de Pierre Seinturier, Lucie Picandet ainsi que de Pilar Albarracín ou Gilles Barbier, tous largement sous la barre des 100 000 €.

Son confrère Franck Prazan a quant à lui choisi d’exposer cinq peintures, très marquantes visuellement, autour du rouge 
– entre 18 500 et 250 000 € –, dont un tableau inédit de Martin Barré de 1955. « Une foire physique aurait sans doute appelé à une ouverture plus large, ainsi que vers des œuvres situées sur des segments plus élevés du point de vue pécuniaire. Cependant, je n’ai en rien sacrifié la qualité artistique », confie ce spécialiste de la seconde école de Paris.

« Il faut défendre le nom de la FIAC, qui n’a pas pu avoir lieu en 2020, pas même en version numérique », lance pour sa part Julien Seroussi, de la galerie Natalie Seroussi, laquelle présente Hartung, Kounellis, Accardi… Toutefois, « vendre du second marché en ligne reste plus compliqué », précise le galeriste, qui, dans le contexte actuel de la pandémie où les déplacements restent très restreints, n’hésite pas à envoyer l’œuvre chez le collectionneur 
– aux frais de celui-ci – sous l’œil du transporteur… Une pratique à laquelle a également recours son confrère David Fleiss (galerie 1900-2000). « Vendre sur image des œuvres qui ont 50 ou 70 ans demeure plus ardu. C’est la limite du support numérique », dit-il.

Outre les habitués tels Gagosian, Hauser & 
Wirth, Ceysson & Bénétière, Jeanne Bucher Jaeger, Anne Barrault, Paula Cooper, Sadie Coles HQ, Continua, Chantal Crousel, Nathalie Obadia, ou chez les belges Xavier Hufkens ou Clearing, une dizaine d’enseignes et d’éditeurs participent pour la première fois à la FIAC, dans cette version en ligne. En témoignent Bel Ami et Matthew Brown, de Los Angeles, ou les parisiens Salle principale, Anne-Sarah Bénichou et Christian Berst, qui représente l’art brut.

Ceux qui aiment se laisser guider pourront découvrir sur la plateforme les coups de cœur livrés par cinq conservateurs et commissaires de premier plan 
: Bernard Blistène, directeur du musée national d'Art moderne - Centre Pompidou, Emma Lavigne, présidente du Palais de Tokyo, Jean de Loisy, directeur de l’École des beaux-arts de Paris, et, au-delà des frontières françaises, Saim Demircan, commissaire d’expositions à New York, ainsi que X Zhu-Nowell, conservatrice adjointe au Guggenheim, également à New York. Le tout dans la section Trough the eyes of, « à travers les yeux de »…

Outre l’offre des galeries, c’est son écosystème que la FIAC a recréé en partie, en impliquant sept institutions parisiennes ou étrangères, dont le Louvre, le Petit Palais, le M Woods à Pékin… souvent à travers des conversations en ligne. Le Centre Pompidou dévoilera des œuvres de son fonds acquises lors de précédentes éditions du rendez-vous du monde de l’art contemporain. La Pinault Collection, dont l’ouverture est imminente, proposera un dialogue entre l’artiste Lili Reynaud Dewar et Caroline Bourgeois, conservatrice de la collection. Tout est là, en effet, pour venir et revenir visiter cette FIAC virtuelle, avant le retour attendu des foires « en vrai » !

à savoir
Fiac Online Viewing Rooms
Du 4 au 7 mars
www.fiac.com
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