La donation Zao Wou-ki au musée Cernuschi

On 01 July 2016, by Éric Lefebvre

L’entrée de la donation de Mme Françoise Marquet-Zao dans la collection de l’institution parisienne est historique. Explications.

Brûle-parfum en forme de canard, bronze, dynastie des Han de l’Ouest (IIe-Ier siècle av. J.-C.).
© Photo Antoine Mercier

La donation par Mme Françoise Marquet-Zao au musée Cernuschi, qualifiée d’«historique», rappelle en effet que dès 1946, les œuvres du maître étaient présentées pour la première fois en France dans l’institution parisienne, laquelle venait d’inaugurer sa première exposition d’art contemporain chinois de l’après-guerre.
 

Éric Lefebvre, directeur du musée Cernuschi
Éric Lefebvre, directeur du musée Cernuschi

Premiers pas en france
Au milieu des Qi Baishi (1864-1957), des Zhang Daqian (1899-1983) ou des Lin Fengmian (1900-1991), qui représentaient les principales tendances de la peinture chinoise du début du XXe siècle, figurait Zao Wou-ki, un peintre de 26 ans, dont le nom ne disait encore rien à personne. Le trait d’union entre l’artiste et le musée était Vadime Elisseeff, jeune conservateur de l’établissement, qui l’avait rencontré en Chine pendant la guerre. Il avait eu d’emblée l’intuition de son immense talent, au point de lui consacrer une salle complète dans l’exposition de 1946. Un jeune artiste inconnu était accueilli comme un maître, et la critique s’étonnait de cette peinture, parfois comparée à Dufy, qui semblait s’imposer de plain-pied sur la scène française. Zao Wou-ki était encore en Chine, mais son œuvre avait déjà fait son chemin jusqu’au public parisien. Deux ans plus tard, il rejoignait la capitale et s’installait à Montparnasse. Quatre ensembles distincts et significatifs permettent de comprendre la singularité des liens qui unissaient Zao Wou-ki et Paris avant même qu’il ne s’embarque pour la France, mais aussi l’importance de ses racines chinoises qui, à plusieurs moments décisifs de son parcours, se manifestent dans son œuvre, comme par un phénomène de résurgence.
La voie de l’encre
Le premier groupe d’œuvres évoque sa jeunesse. Portraits aux accents matissiens, nus délicats et paysages qui tiennent à un souffle, profils d’animaux qui semblent échappés d’une stèle Han, ont été créés à la fin des années 1940, entre la Chine et la France. Elles témoignent de ce moment clé où son œuvre non-figurative est encore en gestation, et où le peintre multiplie les expériences techniques et chemine de la figuration vers l’abstraction. Le deuxième ensemble est constitué par les encres abstraites, créées à partir des années 1970. Le peintre avait dû en effet vaincre de nombreuses résistances intimes avant de s’autoriser ce retour à l’encre de Chine, qui allait occuper une place déterminante dans son travail. Les œuvres de la donation permettent donc de suivre cette voie de l’encre, décennie après décennie, et de mesurer les constantes innovations de Zao Wou-ki dans ce domaine jusqu’à sa mort. Les créations sur céramique sont sans doute exemplaires de ce goût pour l’expérimentation qui caractérise l’artiste jusque dans ses dernières années. De celles des années 1950, dont les effets de glaçure et les motifs  inspirés des graphies archaïques  évoquent les huiles contemporaines, aux grandes pièces des années 2000, on peut lire en filigrane ses prises de risque lorsqu’il s’aventure aux frontières de son domaine…
Des shang aux qing
Des bronzes et des céladons collectionnés par le maître constituent un ensemble à part. Ces œuvres, datées des Shang aux Qing, s’inscrivent parfaitement dans les collections du musée Cernuschi, qui embrassent aussi bien les origines de la civilisation chinoise que la modernité. Elles permettent aussi de deviner les relations secrètes qui unissent les œuvres de Zao Wou-ki à ces objets issus de la plus haute Antiquité. Il faut également souligner l’extrême importance de ces pièces pour les collections patrimoniales des musées de la Ville de Paris. L’artiste commence à les réunir dès la fin des années 1960, mais c’est surtout à partir des décennies 1990 et 2000 que les acquisitions se font plus nombreuses, au gré des achats, des cadeaux d’amis à l’occasion d’anniversaires, ou de visites à l’atelier. Témoignages de plusieurs millénaires d’histoire de l’art de la Chine, ces vases rituels, ces brûle-parfums aux patines vertes et bleutées, ces céladons aux formes simples, sont aussi des sources irremplaçables pour tous ceux qui souhaitent connaître le goût et l’intérêt pour l’Antiquité chinoise de Zao Wou-ki. La donation compte également des productions d’amis du maître, en particulier du peintre d’origine chinoise Walasse Ting (1929-2010). Alors même que le musée Cernuschi prépare un hommage à cet artiste hors normes pour l’automne 2016, ses œuvres viennent enrichir les collections à point nommé.


 

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