La chapelle de Versailles, un chantier royal

On 08 June 2021, by Marie-Laure Castelnau

Monument religieux et politique, la chapelle royale vient d’achever sa restauration extérieure après quatre ans de travaux. Ce chantier monumental a permis de mettre en lumière le faste de cette architecture, œuvre d’art totale.

La chapelle de Versailles
© Château de Versailles, CHRISTIAN MILLET

Cachée depuis quatre ans, elle a enfin dévoilé sa splendeur originelle. Sous l’œil émerveillé des passants, la chapelle royale du château de Versailles a fait retomber la toile monumentale de 4 000 m2 en trompe l’œil qui l’a protégée tout au long de sa restauration. Culminant à près de 40 mètres de hauteur sur 46 mètres de longueur, ce joyau du XVIIIe siècle a subi d’importants travaux de restauration extérieure lui permettant de retrouver son éclat. « 300 000 feuilles d’or concentrées sont posées sur le toit. Avec les cadres des fenêtres, également rénovés à la feuille d’or, il y en a près de 450 000 au total. Dès la fin du XVIIIe siècle, la dorure avait disparu. On retrouve aujourd’hui ce que Louis XIV contemplait à l’époque, sauf le grand lanternon retiré en 1765 », précise Frédéric Didier, architecte en chef des Monuments historiques. Véritable manifeste architectural conçu par Jules Hardouin-Mansart, la chapelle de Versailles est le fruit d’une longue élaboration. Après plusieurs années d’ébauches et de réflexions, les travaux démarrent en 1699. Achevée en 1710 par Robert de Cotte, au terme d’un chantier mené dans des conditions extrêmes (guerres, froid, budget limité, etc.), la chapelle est consacrée le 5 juin 1710. Elle est, selon certains historiens, l’un des joyaux les plus aboutis du château. La noblesse de son architecture et la qualité exceptionnelle de sa décoration en font l’un des grands chefs-d’œuvre de l’art sacré. « Les plus grands artistes de l’époque – architectes, peintres, sculpteurs – ont participé à la réalisation de son décor intérieur, créant une parfaite symbiose avec l’architecture », raconte Alexandre Maral, conservateur en chef responsable des collections de sculptures. Plus haute que le château, symbole de la puissance divine, cette chapelle royale consiste en l’élévation d’un nouveau bâtiment entre le corps central et l’aile nord. C’est un édifice paradoxal, à la fois œuvre autonome et partie intégrante du palais : elle se détache de la symétrie de l’architecture du château, comme un « accident », précisément pour attirer le regard. Riche de sens et complexe, l’édifice allie l’élan vertical et le caractère de « châsse de lumière » des saintes chapelles gothiques à la virtuosité d’un décor baroque foisonnant, où l’or emblématique du Roi-Soleil se trouve répandu à profusion. Inspirée de la tradition des chapelles palatines à nef unique, elle comporte deux niveaux. La tribune principale, au-dessus de l’entrée, était réservée à la famille royale, les tribunes latérales aux princes du sang et aux principaux dignitaires de la Cour.
 

La charpente en bois de chêne de la chapelle royale. © Château de Versailles, Didier Saulnier
La charpente en bois de chêne de la chapelle royale.
© Château de Versailles, Didier Saulnier


On y accède directement depuis le château : elle ne possède donc pas de façade proprement dite, mais la nef et le chevet offrent des élévations puissantes, structurées par des pilastres corinthiens, ponctuées par d’imposantes baies vitrées. Ce bâtiment exceptionnel, véritable testament architectural de Louis XIV édifié à la fin de son règne, est l’ultime grande transformation de la résidence voulue et menée par le Roi-Soleil. « Une synthèse de son règne, un chef-d’œuvre dans tous les genres, qui convoquait tous les arts pour élever les âmes », commente Catherine Pégard, la présidente de l’Établissement. Associant innovation technique et recherche décorative, Hardouin-Mansart réalise ici une œuvre d’art totale, un reliquaire en quelque sorte, qui ne peut être comparé qu’à la Sainte-Chapelle de Paris. Louis XIV viendra chaque jour prier et entendre la musique religieusement composée pour lui, mais ne profitera de sa chapelle que l’espace de cinq ans, avant sa mort en 1715. Auparavant, le roi assistait à la messe dans de petites chapelles aménagées au cœur du château. Un premier sanctuaire se trouvait en 1663 au niveau de l’actuel cabinet intérieur de Madame Adélaïde ; un deuxième, aménagé en 1670, dans l’actuelle salle des gardes de la Reine. En 1672, Charles Le  Brun entreprend la décoration d’une troisième chapelle, plus luxueuse, dans l’actuelle salle du Sacre, mais celle-ci disparaît au bout de huit ans. En 1682, une quatrième chapelle provisoire, à l’emplacement de l’actuel salon d’Hercule, servit jusqu’à l’édification de la chapelle royale, la cinquième du château ! Jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, la chapelle a servi de cadre aux grandes cérémonies de la cour. Parmi les plus importantes, les célébrations de l’ordre du Saint-Esprit et les mariages des futurs souverains, comme celui de Louis, le Dauphin, avec Marie-Thérèse, l’Infante d’Espagne, le 23 février 1745, et celui de l’archiduchesse Marie-Antoinette et Louis-Auguste, petit-fils de Louis XV et futur Louis XVI, le 16 mai 1770. L’édifice, inchangé depuis sa construction, avait jusque-là traversé les siècles avec quelques rénovations mineures. Mais depuis plusieurs années, fissures et fuites sont apparues, dans la toiture et la maçonnerie, menaçant les peintures de la voûte. Plus de quarante ans après sa dernière restauration, la chapelle royale réclamait une intervention urgente sur la couverture, les parements, les décors sculptés et les vitraux. « Cela faisait trente ans qu’on attendait de pouvoir déclencher cette opération ! », se réjouit l’architecte. Lancé en 2018, ce chantier hors normes de 16 millions d’euros – comparable à celui de la galerie des Glaces en 2007 – a été pris en charge par la fondation suisse Philanthropia et plusieurs mécènes, dont Saint-Gobain et LVMH.
 

Le groupe sculpté supportant la croix, redoré et restauré. © Château de Versailles, Didier Saulnier
Le groupe sculpté supportant la croix, redoré et restauré.
© Château de Versailles, Didier Saulnier


Les travaux ont mobilisé une centaine de couvreurs, maîtres charpentiers, tailleurs de pierre, sculpteurs, maîtres verriers, doreurs et autres métiers d’art. Ils ont tour à tour redoré les sculptures et ornementations, retravaillé les statues érodées par le temps, restauré les glaces et vitraux en atelier. « Cela nous a permis de vivre une formidable aventure humaine et de former une nouvelle génération d’artisans d’art », souligne Frédéric Didier. Grâce à la pose d’un « parapluie » au-dessus de la toiture et d’une bâche recouvrant l’extérieur, l’immense charpente de la chapelle datant de 1705, une forêt de chêne blond semblable à celle de Notre-Dame, a été entièrement restaurée. Une opération très délicate pour laquelle il a fallu soulever l’immense vaisseau de bois afin de remplacer les pièces en partie basses, pourries par les infiltrations d’eau. Les grands ornements de la toiture, la croix, les angelots, le palmier et les fleurs de lys ont été déposés pour être redorés à la feuille. Sur la balustrade, les 28 statues monumentales de saints et d’allégories, véritables joyaux de l’art baroque, ont été rafraîchies sur place. Les bas-reliefs abîmés, avec leurs têtes de chérubins musiciens, les gargouilles, les torchères et les chapiteaux de pilastres ont été retravaillés en atelier ou in situ. « C’est le seul édifice du XVIIIe siècle encore intact avec toute sa statuaire d’origine », signale Frédéric Didier : dans la plupart des cas, les statues sont en effet remplacées par des copies. Les 46 hautes baies, merveilles des débuts de l’industrie verrière du XVIIIe siècle, ont également bénéficié d’un délicat nettoyage, offrant désormais une nouvelle luminosité à la chapelle. En 1756, Jacques-François Blondel écrivait dans L’Architecture françoise : « La beauté, l’ordonnance, la richesse des matières, l’excellence de la sculpture et de la peinture, l’éclat de la dorure, rien n’y est épargné. […] Cet édifice est digne surtout de servir de modèle à nos artistes, soit par sa construction admirable, soit par la régularité de la plus grande partie de sa décoration, soit enfin par la pureté de l’architecture ». « Souhaitons maintenant que cette restauration dure un siècle ! », conclut Catherine Pégard.

à lire
Alexandre Maral, La Chapelle royale de Versailles, éditions Arthena, 389 pages, 99 €.


à voir
Château de Versailles, tél. : 01 30 83 78 00
www.chateauversailles.fr
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