La campagne des Six-Cents-Jours

On 16 July 2020, by La Gazette Drouot
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La Castafiore et Acquittator entrent au gouvernement. L’artifice théâtral destiné à donner un peu de couleurs à un remaniement aussi terne pourrait susciter quelque espoir dans le monde de la culture, bien oublié par une suite de ministres programmés pour éviter tout conflit avec les intermittents. L’épisode de 2003, qui a coûté sa place à Jean-Jacques Aillagon, s’est malheureusement inscrit comme scène primitive d’un ministère paralysé par l’angoisse. Franck Riester a vanté les cinq milliards accordés à la Culture – au moment où ses services évaluent la chute des ressources du secteur à vingt-deux milliards d’euros. En réalité, il a mêlé quelques annonces éparses à des dispositifs déjà existants. Trois milliards relèvent de l’aide accordée à toutes les entreprises et près d’un milliard supplémentaire doit assurer les revenus des intermittents sur l’année à venir. Entre la défense de l’emploi et un grand programme de relance de la culture et de remise à niveau du patrimoine, la France a fait son choix. Franck Riester est resté un politicien, que la culture n’a finalement pas conquis. Par son sérieux, il a du moins le mérite d’avoir mis fin au défilé de personnages de la commedia dell’arte qui l’ont précédé depuis une dizaine d’années, dont le temps de figuration atteint péniblement les dix-huit mois. En huit ans, ce portefeuille compte ainsi six titulaires. Pour la première fois depuis Frédéric Mitterrand, Roselyne Bachelot peut incarner le désir de culture. Mais elle demeure prisonnière de ce court terme, sous le signe de moyens budgétaires laminés. Comment, dès lors, envisager les réformes structurelles dont aurait besoin un ministère privé de capacité opérationnelle, ne vivant que pour sa propre survie ? Comment revenir sur les failles introduites dans la protection des sites et monuments ? contester la taxe européenne à l’entrée des œuvres d’art  ? aménager un accès partagé à leur patrimoine avec les anciennes colonies ? Saura-t-elle seulement impulser des actions, réclamées de longue date, comme d’obliger les musées à réaliser enfin un travail de provenance, délivrer un permis de sortie des collections pour les biens pillés par les nazis ou, par exemple, relever les seuils financiers des certificats d’exportation des biens culturels ? Même pour des mesures aussi simples, sans incidence financière, le ministère est depuis longtemps tétanisé par les résistances et contradictions d’une hiérarchie pléthorique. Il est un domaine dans lequel l’attelage inattendu de Roselyne Bachelot et Éric Dupont-Moretti pourrait apporter quelque fruit, c’est celui de la criminalité dont les musées et le marché de l’art sont régulièrement victimes. L’avocat, qui n’a pas toujours été du bon côté de la barre, est bien placé pour le savoir : croulant sous la charge, les magistrats délaissent les scandales qui mettent la réputation de la place de Paris en péril. Un peu partout, les instructions pour vol, recel, faux, pillage, escroquerie et blanchiment sont à l’arrêt. Les victimes se sentent rejetées. Les suspects voient leurs biens saisis et leur réputation atteinte sans pouvoir prétendre à un procès équitable. Résultat : source de gains considérables, attirant très peu d’ennuis, le trafic d’art est une valeur en hausse. Christine Albanel avait obtenu une réforme du code pénal pour punir plus gravement les atteintes aux œuvres et monuments du domaine public. Mais elle n’a pas pu étendre cette protection à l’ensemble du patrimoine artistique, qui nous a été déposé par les siècles passés et que nous avons le devoir de préserver pour ceux à venir. Nos deux vedettes des médias trouveraient-elles leur compte dans une telle ambition ? On peut toujours rêver.

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