La bible de Thorvaldsen

On 15 October 2020, by Baptiste Roelly
 

À peine représenté au Louvre, Bertel Thorvaldsen (1770-1844) compte parmi les points aveugles les plus cruels des musées français. Et ce désamour ne date pas d’hier. Pourtant courtisé et collectionné de son vivant sur tout le continent, de Londres à Munich et de Vienne à Moscou, le sculpteur danois installé à Rome ne mit jamais les pieds en France et n’y eut aucun mécène durable. En cette année du 250e anniversaire de sa naissance, il fallait donc le courage des éditions Klincksieck pour célébrer son apport capital à la diffusion du goût de l’antique dans l’Europe des Lumières. L’épais volume publié pour l’occasion propose, en plus d’un catalogue raisonné, une compilation des textes les plus significatifs jamais consacrés à l’artiste. Son noyau dur est la reprise intégrale d’une monographie publiée en 1867 par Eugène Plon. Saluée dès sa parution par Théophile Gautier comme une somme définitive, elle défie le temps en échappant à ces travers récurrents de l’histoire de l’art du XIXe siècle que sont le culte du génie et l’exaltation nationaliste. À la fois biographie et étude critique des œuvres, l’ouvrage de Plon côtoie des textes de Stendhal ou de Marguerite Yourcenar, ainsi que les plus belles lettres échangées par le sculpteur avec Goethe ou Horace Vernet. Compilation d’à peu près tout ce qui permet une bonne compréhension de Thorvaldsen et de son œuvre, c’est une véritable bible de l’artiste qui est ici proposée. Alors, quelle leçon les auteurs tirent-ils de l’empreinte qu’il a laissée sur son temps ? En quoi le distinguent-ils de son grand rival, Antonio Canova ? La réponse est unanime : par son purisme et sa fidélité rigoureuse au canon antique. Là où le Vénitien enrobe ses Éros et Psyché d’envolées lyriques aux accents baroques, lui travaille ses Jason et Adonis avec la sévérité des Anciens. À rebours de la grâce parfois érotique et de l’élégance sophistiquée du premier, les marbres du «Phidias danois» rivalisent de vertu héroïque et de robustesse. Quand bien même il sculpterait un lion ou le Christ, Thorvaldsen tend toujours vers la noble simplicité et la calme grandeur qui cristallisent la grécité rêvée du néoclassicisme.

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