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L’ode à la nature de Diego Giacometti

On 02 April 2019, by Philippe Dufour

Avec cette table irriguée par une sève printanière, la forêt s’invite à l’intérieur. Une fantaisie que seul l’artisan-poète pouvait se permettre, et qui rappelle qu’au-delà de son rôle de «meublier», il était intimement sculpteur.

L’ode à la nature de Diego Giacometti
Diego Giacometti (1902-1985), guéridon, modèle «arbre», bronze à patine brune, plateau en verre fumé, 71,5 74 40 cm.
Estimation : 80 000/120 000 

Sous la main de l’artiste, la tige d’un arbrisseau se fait pied de table, et ses branches bourgeonnantes, en s’élevant, s’emparent du plateau de verre fumé, aux allures presque minérales… Une fois de plus, c’est Dame Nature qui inspire Diego Giacometti pour cet emblématique «guéridon-arbre» de bronze, s’inscrivant dans sa riche production mobilière de l’après-guerre, marquée par un génie si poétique. Ce dernier a longuement mûri, depuis ce jour de 1927 où, pour clore une jeunesse aventureuse, il décide de s’installer à Paris chez son frère Alberto. L’élément déclencheur ? La collaboration, à partir de 1929, avec le décorateur Jean-Michel Frank, pour lequel l’aîné et le cadet vont livrer, pendant plus de dix ans, des dizaines d’accessoires d’intérieur, chenets, lampes, appliques murales, et vases, le plus souvent en plâtre. Mais il faut attendre la décennie 1950, pour voir Diego se consacrer en solo à la création de mobilier commandé par des personnalités parisiennes : le galeriste Pierre Matisse, le producteur Raoul Lévy, Hubert de Givenchy et, bien sûr, Marguerite et Aimé Maeght. Son style s’affirme à travers des structures sobres, d’une pureté antique, et superbement patinées. Bientôt, des animaux les investissent : volatiles, reptiles ou batraciens, petits êtres familiers qu’il connaît depuis l’enfance, passée dans son village natal de Stampa, à la frontière des Grisons. Sans oublier ces matous, qui l’accompagneront jusqu’à la fin de sa vie dans son atelier de Montparnasse. Ainsi, en 1962, lorsqu’il réalise le mobilier du bar de la fondation Maeght de Saint-Paul-de-Vence, le sculpteur installe dans la cage aux oiseaux, le fameux «Chat maître d’hôtel», destiné à porter les graines. Quant à notre guéridon acquis en 1964 directement auprès de l’artiste par un collectionneur , il connaîtra une autre version avec un hibou perché dans ses ramures, et une dernière mouture, agrémentée d’un oiseau prêt à s’envoler. Durant ces années 1960, Diego Giacometti choisit de décliner la figure de l’arbre, à travers une série de pièces, tels ces «guéridons-racines» et porte-manteaux, que Daniel Marchesseau avait mis en regard dans son ouvrage de référence (Hermann, 1986). Et, issu de la forêt imaginaire de Giacometti, un grand lutrin feuillu encore, conçu en 1968 pour la chapelle Sainte-Roseline, aux Arcs-sur-Argent dans le Var, lors de la rénovation de l’édifice, à l’initiative de Marguerite Maeght.

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