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L’Inde avec les Anglais et les Portugais !

On 26 May 2017, by La Gazette Drouot

Ces objets d’art et meubles nous racontent l’histoire de la présence européenne dans le sous-continent. Un style hybride, mais caractérisé par le luxe des matériaux usités.

L’Inde avec les Anglais et les Portugais !
Travail indo-portugais, fin du XVIIe-début du XVIIIe siècle. Cabinet à deux corps en teck, placage de palissandre, ébène, ivoire, os et cuivre doré, 144,5 x 111,5 x 57,5 cm.
Paris, Drouot, 10 avril 2013. Fraysse & Associés OVV. M. Fabre.

Adjugé : 39 680 €

L’histoire pourrait commencer ainsi : «Il était une fois les Portugais»… Partis en quête du poivre, de la muscade et de la cannelle, ils sont les premiers à aborder la côte de Malabar et celle de Coromandel, puis à y installer des comptoirs commerciaux. Dès 1536, la majeure partie des côtes du sous-continent indien est sous l’autorité lusitanienne. La présence des marchands portugais  et celle des jésuites qui les accompagnent pour enseigner et diffuser la culture occidentale auprès des élites locales , conduit à la production d’un certain nombre d’objets usuels à haut caractère décoratif. Les coffrets et les cabinets portatifs, alors en vogue à la cour de Lisbonne, en sont les fers de lance. Réalisés généralement en bois exotique  teck, palissandre ou ébène , ils sont le plus souvent incrustés d’ivoire, comme celui adjugé 6 800 € en juin 2016 chez Daguerre, un prix dans la fourchette de leur cote, assez stable. Lorsque la pièce est exceptionnelle  de plus dotée d’une marqueterie d’écaille de tortue, l’exemple présenté chez Ader en juin 2016 étant à cet égard significatif , les prix peuvent grimper jusqu’à réunir cinq chiffres. 62 500 € récompensaient ainsi le coffret de la maison parisienne. Le golfe du Bengale nous a livré des modèles particulièrement originaux, rares sur le marché et donc recherchés, à l’image de celui présenté en février 2016 par la maison Métayer, qui associe le travail de la laque extrême-orientale, une forme européenne et un décor d’inspiration indienne. Un parfait exemple de «syncrétisme» décoratif, porté à 31 300 €. Beaucoup de ces coffrets développent des motifs floraux rappelant les albums moghols ; mais sait-on que ces derniers furent eux-mêmes inspirés des herbiers allemands du XVIe siècle ? Après avoir brillamment fait leurs armes dans les objets de taille intermédiaire, les artisans indiens se lancent dans la production de meubles, des cabinets à deux corps surtout. Celui présenté par Fraysse & Associés et retenu à 39 680 €, en avril 2013, est un véritable inventaire des matériaux habituellement employés : teck, palissandre, ébène, ivoire, os et cuivre doré. Il ne lui manque rien ! Il traduit l’ingéniosité de ces travailleurs du bois capables d’inventer un nouveau style hybride, à cheval entre deux continents et deux histoires, qui devait se prolonger sur trois siècles. Même principe et succès pour le cabinet vendu 32 330 € à Angers, le 29 novembre 2016 (Enchères Pays-de-Loire OVV), pour celui ayant recueilli 17 000 € à Drouot chez Tessier & Sarrou et Associés, le 26 juin 2015, ou pour le cabinet adjugé 20 724 €, le 22 avril 2017, à l’Hôtel des ventes Montpellier Languedoc. On appelle ce type de cabinets des «Contador» ; essentiellement fabriqués à Tatta et dans la région du Gujarat, l’une des plus riches provinces indiennes, ils étaient transportés à Goa avant d’embarquer pour rejoindre l’Europe, où une clientèle fortunée et cultivée appréciait leur exotisme. Certains sont d’ailleurs reproduits dans l’ouvrage de Monique Riccardi-Cubitt, paru en 1996 aux éditions de l’Amateur, intitulé Le Cabinet, un art européen  de la Renaissance à l’époque moderne. De nombreux exemplaires sont conservés dans de grandes collections européennes, au Portugal bien sûr  notamment au Museu Nacional de Arte Antiga de Lisbonne et au Museu do Abade de Baçal de Bragance , mais aussi au Victoria and Albert Museum, à Londres, ou au musée Jacquemart-André, à Paris.

 

Travail indo-portugais du XIXe siècle. Table de milieu en palissandre à décor sculpté de cordes stylisées et moulures guillochées à trois tiroirs en f
Travail indo-portugais du XIXe siècle. Table de milieu en palissandre à décor sculpté de cordes stylisées et moulures guillochées à trois tiroirs en façade, 25 x 35 x 22 cm.
Neuilly, Hôtel des Ventes de Neuilly-sur-Seine, 4 novembre 2014. Aguttes OVV. Cabinet Étienne Molinier.

Adjugé : 2 040 €
Gujarat ou Sindh, Inde du Sud, XVIIe siècle. Petit cabinet indo-portugais en bois exotique décoré de bouquets de fleurs incrustés en ivoire et regravé
Gujarat ou Sindh, Inde du Sud, XVIIe siècle. Petit cabinet indo-portugais en bois exotique décoré de bouquets de fleurs incrustés en ivoire et regravés,
Paris, Drouot, 26 juin 2016. Daguerre OVV. M. Renard.

Adjugé : 6 800 €
Inde du Nord, travail anglo-indien, vers 1850. Coffret de voyage en palissandre incrusté d’ivoire, à décor de vases fleuris et guirlandes, 45,5 x 17 x
Inde du Nord, travail anglo-indien, vers 1850. Coffret de voyage en palissandre incrusté d’ivoire, à décor de vases fleuris et guirlandes, 45,5 x 17 x 30 cm.
Paris, Drouot, 11 décembre 2013. Millon OVV.

Adjugé : 3 581 €


















 



Messieurs les Anglais, tirez les seconds !
Pour contrer la suprématie portugaise sur ce commerce très juteux, les Anglais et les Hollandais réagissent très vite et fondent, respectivement en 1600 et 1602, les Compagnies des Indes, promises à un avenir grandiose. S’ensuit le développement des comptoirs anglais sur la côte de Coromandel, puis tout au long du XVIIIe siècle, l’installation progressive de l’Empire britannique des Indes. Et comme pour la zone d’influence portugaise, cette installation entraîne la fabrication d’objets d’art aux structures reprenant les formes des différentes pièces du mobilier anglais de l’époque, avec une ornementation d’influence locale et l’emploi de matériaux indigènes. Vizagapatam, un port situé au nord de la côte du Golfe de Bengale, se rend célèbre au XVIIIe siècle pour son importante production de meubles miniatures habillés d’ivoire. Des curiosités que leur petite taille rend facilement transportable. Leur histoire rejoint celle des fonctionnaires de la Compagnie des Indes orientales, pour lesquels ils ont vraisemblablement été imaginés. Ces derniers en avaient un usage privé et les ont rapportés en Europe, où ils ont rapidement été à la mode. Pierre Bergé & associés présentait par exemple un séduisant modèle de cabinet en deux parties, fabriqué dans du bois de santal et entièrement plaqué d’ivoire incrusté de laque noire. Son décor particulièrement fin, de caprices architecturaux dans des paysages et de frises florales reprenant le répertoire ornemental des palempores, ces grandes pièces de coton indien imprimé, l’a mené à 37 200 € en 2007. Plus récemment, chez Millon en mai 2014, un coffret sur quatre pieds en forme de pattes d’animal réalisait 1 932 € et, chez Drouot-Estimations en juin 2015, un cabinet miniature de la première moitié du XIXe siècle s’ouvrait à 6 200 €. Ces objets témoignent d’un style et d’une époque qui ont été étudiés par Amin Jaffer, ancien conservateur au Victoria and Albert Museum et précurseur des recherches sur ce sujet. Ils ont été publiés dans son Luxury Goods from India : The Art of the Indian Cabinet-maker (V&A Publications, Londres, 2002).

 

Inde, Pondichéry, fin du XIXe siècle. Ensemble de bureau en palissandre massif, bureau : 146 x 76 x 109 cm ; bibliothèque : 150 x 80 x 240 cm ; fauteu
Inde, Pondichéry, fin du XIXe siècle. Ensemble de bureau en palissandre massif, bureau : 146 x 76 x 109 cm ; bibliothèque : 150 x 80 x 240 cm ; fauteuil : h. 110 cm.
Brest, mardi 11 octobre. Adjug’Art OVV.

Adjugé : 14 750 €

Les comptoirs français
Quant aux Français, leur présence sera marquée par cinq points magiques, cinq noms que nos parents apprenaient par cœur à l’école : Pondichéry, Chandernagor, Karikal, Yanaon et Mahé ! Arrivés bien après leurs voisins européens, ils s’installeront dans ces comptoirs à la suite de la création de la Compagnie des Indes orientales par Colbert, par l’acte royal du 1er septembre 1664, et y demeureront près de trois siècles, jusqu’en 1954. Pondichéry en sera l’épicentre. De cette ville édifiée à l’occidentale, avec des églises et des palais magnifiques, partiront épices, cotonnades, arachides… Et une nouvelle fois, cette présence s’accompagnera de la création d’un mobilier, mais ici plus spécialement destiné aux administrateurs en place. Un ensemble en palissandre massif traduisant ce propos était vendu en octobre 2016, à Brest chez Adjug’art. Richement sculpté, ce mobilier composé d’un bureau, d’une bibliothèque et d’un fauteuil, s’orne de figures de dieux hindous protecteurs, dont le sage Ganesh. Il se posait à 14 750 €. De nombreux fauteuils dits «de planteurs», à fond de canne, invitent à l’alanguissement dans des vérandas exotiques et ombragées. L’arrivée à Chandigarh de Le Corbusier et Jeanneret s’inscrit d’ailleurs dans cette lignée. La cité indienne, bâtie dans les années 1950 sur une décision de Nehru, fut le projet phare et utopique du premier et sera suivie de la production d’un important mobilier conçu entre modernisme européen, tradition hindoue et héritage colonial britannique. Mais, c’est une autre histoire.

 

mai 1498
Le 20, Vasco de Gama touche Calicut,
port de la côte de Malabar,
haut lieu du commerce des épices.
Vizagapatam, Inde, première moitié du XIXe siècle. Petit cabinet à poser en bois de santal plaqué d’ivoire à décor gravé rehaussé de laque noire, de f
Vizagapatam, Inde, première moitié du XIXe siècle. Petit cabinet à poser en bois de santal plaqué d’ivoire à décor gravé rehaussé de laque noire, de frises de feuillages et de fleurs des Indes, 50 x 40,5 x 23 cm.
Paris, Drouot, 24 juin 2015. Drouot-Estimations. M. Blaise.

Adjugé : 6 200 €
Inde, golfe du Bengale, XVIe siècle. Coffret indo-portugais en bois sculpté et laqué noir en partie doré, 16 x 44,5 x 32 cm.Paris, salle Rossini, 16 f
Inde, golfe du Bengale, XVIe siècle. Coffret indo-portugais en bois sculpté et laqué noir en partie doré, 16 x 44,5 x 32 cm.
Paris, salle Rossini, 16 février 2016. Métayer maison de ventes aux Enchères. M. Renard.

Adjugé : 31 300 €
Gujarat ou Sind, Inde du Sud, XVIIIe siècle. Coffret formant écritoire en marqueterie d’écaille et ivoire à décor de branchages de fleurs dans des arc
Gujarat ou Sind, Inde du Sud, XVIIIe siècle. Coffret formant écritoire en marqueterie d’écaille et ivoire à décor de branchages de fleurs dans des arcatures, travail indo-portugais, l. 35 cm.
Paris, Drouot, 29 juin 2016. Ader OVV. M. Dayot.

Adjugé : 62 500 €



 

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