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L’agent d’artistes visuels : nouvel acteur du marché de l’art

Published on , by Clémence Lapôtre

L’art contemporain ayant le vent en poupe, les artistes peuvent faire appel à des agents qui les aide à gérer leur carrière. Le point sur un métier en plein essor.

  L’agent d’artistes visuels : nouvel acteur du marché de l’art
 

Récemment popularisés, notamment par la série à succès Dix pour cent, les agents sont particulièrement connus dans le monde du divertissement. Ils interviennent en effet depuis plusieurs décennies pour assister des artistes-interprètes (acteurs ou chanteurs) ou encore des sportifs dans la gestion de leur carrière. En raison de l’ancienneté de leur activité, ils disposent d’un statut réglementé. Ainsi, le statut des agents d’artistes-interprètes est régi par les articles L. 7121-9 et suivants du Code du travail, tandis que celui des agents sportifs est organisé par les articles L. 222-5 et suivants du Code du sport. Il apparaît cependant que, quelle que soit sa discipline, un artiste a toujours intérêt à se concentrer sur sa création. L’émergence des agents d’artistes visuels, constituant une nouvelle catégorie d’acteurs du marché de l’art, en témoigne. En effet, en sus de l’intercession des galeristes, critiques et collectionneurs, le développement de la carrière des artistes visuels peut être désormais accompagné par une nouvelle génération d’intervenants. Du latin agentem, signifiant «agir», l’agent se présente comme un adjuvant de la promotion d’un artiste visuel et de la diffusion de sa création ; un «intermédiaire en amont de la chaîne de valeur» (N. Moureau, B. Zenou, «Le capital social, l’art contemporain et les carrières», in Sociologie de l’art et analyse des réseaux sociaux, L’Harmattan, 2016). Bien qu’il emprunte certaines de ses attributions au traditionnel galeriste, il s’en distingue en ce qu’il n’a pas pour fonction principale d’organiser l’exposition de la production d’un artiste. Il importe en conséquence de s’interroger sur les principales missions de cet intervenant d’un nouveau genre et ses obligations juridiques.

Les missions de l’agent d’artistes
Les agences d’artistes dans le domaine des arts plastiques, apparues aux États-Unis avant de se développer en Europe – au Royaume-Uni et en France notamment –, sont calquées en grande partie sur le modèle des industries sportive ou audiovisuelle. Elles se présentent comme une alternative, centrées sur l’artiste, par opposition à certains galeristes ou institutionnels qui peuvent, par exemple, privilégier un courant ou un mouvement. En particulier, l’agent se propose d’analyser la situation de l’artiste sur le marché : le public concerné, sa notoriété par rapport aux différents acteurs (artistes appartenant à une même tendance, collectionneurs, galeries, sociétés mécènes, institutions publiques, etc.) et l’accompagner dans la promotion, la diffusion et la commercialisation de sa production.

La qualification de mandataire
En tant qu’intermédiaire indépendant intervenant dans la négociation et la vente des créations au nom et pour le compte de l’artiste, l’agent empruntera logiquement le statut de mandataire. Il est intéressant de relever que c’est le modèle du mandat d’intérêt commun qui est utilisé dans les contrats d’agents sportifs, d’agents d’artistes-interprètes et de l’avocat agent d’artistes ou d’auteurs. C’est tout naturellement que l’agent d’art devrait emprunter ce modèle lui aussi. En application de l’article 1984 du Code civil, le contrat de mandat est celui par lequel une personne, le mandant, donne pouvoir à une autre, le mandataire, de conclure en son nom et pour son compte un ou plusieurs actes juridiques avec un tiers. En d’autres termes, le mandant, artiste, donne pouvoir au mandataire, agent, afin que ce dernier accomplisse un acte juridique en ses lieu et place. Dans le contexte d’un contrat d’agence d’artiste, la principale mission de l’agent sera en conséquence de vendre des œuvres de l’artiste représenté, la rémunération de ses services étant assurée par le paiement d’une commission sur les ventes réalisées. Le mandat d’intérêt commun conclu entre l’artiste et son agent pourra être librement négocié, et notamment prévoir ou non le bénéfice d’une exclusivité au profit de l’agent, un territoire spécifique, une durée limitée, étant précisé qu’à défaut le contrat pourra être révoqué librement par l’une des parties. En cas de résiliation, le mandataire pourra, sauf disposition contractuelle contraire, solliciter le paiement d’une indemnité.

La fourniture de prestations de services accessoires au mandat
Cependant, afin d’assurer la commercialisation dans les meilleures conditions des artistes représentés, l’agent est aussi le plus souvent chargé d’assurer leur promotion et de rechercher d’éventuels partenariats ou commanditaires par exemple. Dans ce contexte, un contrat de représentation pourra être signé en complément, dont le contenu pourra également être librement négociable. S’agissant des obligations de l’agent, il sera généralement précisé que ce dernier doit apporter ses meilleurs soins et diligences pour assurer l’exploitation et la commercialisation des créations de l’artiste, notamment en prospectant auprès de toutes les personnes susceptibles d’être intéressées par l’acquisition d’une œuvre, en examinant toutes propositions reçues avant de sélectionner les plus intéressantes et en représentant l’artiste dans l’exécution des contrats signés. S’agissant des obligations de l’artiste, il devra généralement tout mettre en œuvre pour faciliter le travail de l’agent, lui fournir tout document ou renseignement utile, par exemple sur sa production ou ses expositions récentes. Il devra aussi tenir l’agent informé de ses échanges et de l’évolution de ses relations avec les tiers qui lui ont été présentés dans le cadre du mandat.

Agent ou galeriste ?
Comme les agents, les galeristes interviennent en qualité d’intermédiaire en vente d’œuvres d’art. Cependant, les galeries ont pour spécificité d’offrir aux artistes représentés un lieu d’exposition au sein duquel leurs œuvres seront présentées, à l’occasion de manifestations collectives ou monographiques. En conséquence, le contrat conclu avec un galeriste comprendra des obligations spécifiques liées au dépôt des œuvres et, parfois, à leur production pour un événement particulier. L’essor des galeries en ligne tend cependant à atténuer cette distinction fondamentale entre le rôle et les obligations d’un agent et d’un galeriste. De plus, on peut imaginer qu’à l’avenir certains agents, afin de promouvoir dans les meilleures conditions leurs artistes, prennent l’initiative de louer ou d’acquérir un espace d’exposition afin de leur offrir une vitrine adaptée. Dès lors, on peut se demander si l’émergence de cette nouvelle catégorie d’intermédiaire dans les arts visuels constitue une simple évolution du métier de galeriste, face à la digitalisation croissante de l’art et au développement des moyens de promotion d’un artiste, ou s’il s’agit véritablement d’une fonction proprement indépendante. Force est toutefois de constater que ces agents répondent au besoin croissant des artistes contemporains d’être accompagnés et conseillés dans la promotion de leur création comme dans la gestion de leur image et de leur carrière, au sein d’un marché de l’art au fonctionnement complexe.

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