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Koloman Moser, à la lumière du beau

Published on , by Caroline Legrand

Ce rare lustre illustre le talent de dessinateur mais aussi les idées humanistes de Koloman Moser, l’un des plus brillants représentant de la Wiener Werkstätte. 

Attribué à Koloman Moser (1868-1918) et Bakalowits & Söhne (éditeur), lustre à sept... Koloman Moser, à la lumière du beau
Attribué à Koloman Moser (1868-1918) et Bakalowits & Söhne (éditeur), lustre à sept lumières en laiton martelé, cordes, verre opalescent et verre dépoli, h. 100, diam. 35 cm.
Estimation : 4 000/6 000 

Le contact avec de beaux objets nous embellit», déclarait, plein d’espoir, l’architecte Josef Hoffmann, l’un des fondateurs des Wiener Werkstätte en 1903, avec Koloman Moser et le financier Fritz Waerndorfer. Tel est l’effet que devrait produire sur son chanceux propriétaire la lumière diffusée par ce lustre aux élégantes cordes tendues, ornées de petites sphères blanches et au bout desquelles des lampes à cône en métal, ajouré de trois trous, enserrent les cache-ampoules coniques en verre dépoli et cinq pastilles de verre rouge. Ce luminaire fut découvert au sein d’une demeure de la région lyonnaise, qui possédait plusieurs œuvres autrichiennes, allemandes ou anglaises relevant de l’art nouveau ou de l’Arts and Crafts. Oublié et démonté – mais fort heureusement conservé dans des caisses protectrices –, il se présente dans son entièreté, possédant encore toutes ses pièces d’origine, notamment ses perles. Une pièce rare sur le marché français, dont l’experte Amélie Marcilhac loue la «qualité de martelage du cache-bélier en laiton ou encore la perfection du travail du verre». Si aucune bibliographie ni aucune archive n’existent sur cette création, son attribution à Koloman Moser fait l’unanimité. Daté vers 1905, le dessin du modèle fut imaginé par l’artiste puis envoyé à la manufacture autrichienne Bakalowits & Söhne, qui réalisa entièrement la pièce, de la ferronnerie à la verrerie : une entorse à l’artisanat d’art prôné par les Ateliers viennois, mais nécessaire pour envisager une production de plus grande ampleur.
Koloman Moser et l’œuvre d’art totale
Créée dans la lignée de la Sécession viennoise, la Société coopérative des artisans de Vienne œuvre dans un but éducatif, désirant faire entrer la beauté dans la vie de chacun en élevant le niveau esthétique des objets de notre quotidien. Ce rêve d’un art à la portée de tous est partagé par Koloman Moser. Lui aussi le conçoit à travers des œuvres authentiques et innovantes qui abordent tous les domaines sans restriction ni jugement de valeur, des livres à la joaillerie, en passant par l’orfèvrerie, la céramique, la verrerie ou le luminaire. Considéré comme l’un des premiers designers, Moser applique dès 1902 ces principes, créant entièrement le mobilier de sa première demeure, des meubles aux tissus, qu’il occupe à Vienne dans le quartier de Hohe Warte avec sa sœur et sa mère ; il fait de même pour l’hôtel particulier de Landstrasse où il s’installe avec son épouse trois ans plus tard. Si l’Autriche est l’un des derniers pays à exprimer son besoin de renouveau des arts, elle lui offre néanmoins l’une de ses expressions les plus originales et modernes. Celle-ci est plus ancrée dans le XX
e siècle, avec des formes géométriques parfois fort éloignées de celles – organiques – des créations françaises ou belges d’alors, mais aussi par sa conception avant-gardiste de la fonctionnalité de l’objet. «L’usage est notre point de départ, l’utilité notre première considération», a pu déclarer Josef Hoffmann. Malheureusement, le coût prohibitif de ces œuvres d’exception fragilisera les Wiener Werkstätte, que Koloman Moser quittera en 1907, afin de se consacrer à la peinture.

Saturday 05 March 2022 - 14:30 (CET) - Live
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