Jean-Louis Herlédan, un président qui réveille le Carré Rive Gauche

On 10 December 2020, by Maïa Roffé

Président depuis quatre ans de l’association d’antiquaires et de galeries de Saint-Germain-des-Prés Carré Rive Gauche, Jean-Louis Herlédan a affuté une stratégie tous azimut.

Jean-Louis Herlédan.
© 1831 Art Gallery

Vous avez mis à profit le temps du premier confinement pour développer la stratégie numérique du Carré Rive Gauche…
Désormais, le digital n’est plus une option mais un prérequis. Nous avons refondu le site internet pour en faire un site accessible sur toutes les plateformes, trilingue (français, anglais, chinois) et doté d’un espace marchand. Une vingtaine de galeries ont franchi le Rubicon et proposent aujourd’hui des œuvres et des objets que l’on peut acheter en ligne. Le chantier suivant est la mise en place de catalogues numériques constituant un panorama de l’offre du Carré Rive Gauche à un instant «t». Nous en proposons un pour l’opération «Noël au Carré» avec un descriptif des pièces, une présentation des prix et un renvoi vers les sites des galeries. Nous avons à cœur de demander aux marchands d’afficher les prix. Refuser de les donner n’est pas vertueux, en particulier vis-à-vis de nos clients étrangers.
Vous dévoilez chaque jour une nouvelle pièce de ce catalogue de Noël sur un «calendrier de l’Avent» sur Instagram…
Chaque visuel est accompagné de l’histoire de la pièce, d’un lien vers la galerie et fait la promotion de l’ensemble des galeries du quartier. Un plan de développement des réseaux sociaux beaucoup plus ambitieux est prévu l’année prochaine, qui racontera des histoires d’objets ou de marchands. Chaque réseau a sa propre logique mais a un dénominateur commun : la force visuelle, avec des photographies de qualité professionnelle.
L’opération «Noël au Carré» n’est pas seulement virtuelle…
Toutes les galeries sont ouvertes jusqu’au 24 décembre et celles qui participent au catalogue de Noël présentent une sélection de cinq objets allant de 400 € pour un verre opalin en verre de lait du XVIII
e, délicatement décoré chez Laurent Oïffer, à 75 000 € pour un important cabinet d’époque Renaissance ayant appartenu à Gabrielle Chanel chez Gabrielle Laroche. Nous accueillons le public dans le strict respect des consignes sanitaires, mais nous pouvons aussi recevoir les visiteurs sur rendez-vous, au-delà des créneaux horaires habituels.
 

Henri-Antoine de Favannes (1668-1752), Portrait de Madame de Montbel, 1731, huile sur toile, 109 x 88 cm. © Galerie Franck Baulm
Henri-Antoine de Favannes (1668-1752), Portrait de Madame de Montbel, 1731, huile sur toile, 109 x 88 cm.
© Courtesy F. Baulme Fine Arts

Quels changements avez-vous impulsé depuis votre arrivée il y a quatre ans ?
En toute modestie, j’ai insufflé un certain nombre d’idées business issues de mes expériences professionnelles précédentes (dans le domaine de la communication et du marketing NDLR). Une association peut contribuer au développement commercial de ses adhérents. Jusqu’alors, elle organisait un ou deux événements par an et des relations presse. J’ai proposé de développer des partenariats avec l’association professionnelle de concierges d’hôtel les Clés d’or, qui génère du trafic dans nos galeries. Nous avons noué des partenariats internationaux, entre autres avec l’American Society of Interior Designers, que nous recevons depuis trois ans durant le salon Maison & Objet en janvier. Organiser des visites privées pour les patrons des plus grands cabinets de design du monde suscite des affaires et des relations dans la durée. Dans cet esprit, je vous annonce en avant-première notre partenariat avec «Par Excellence NY», qui représente les savoir-faire des métiers d’art français aux États-Unis et en Europe…
Vous avez aussi mis en œuvre un partenariat avec l’hôtel Lutetia lors de sa réouverture après travaux en 2018.
C’est un partenariat d’image pour le Lutetia qui renforce son ancrage dans le quartier et il est très important pour nous de nous associer au seul palace de la rive gauche, à cinq minutes de notre quartier. Au fil des discussions avec la directrice Élisabeth Bouvier, nous avons eu l’idée de transformer la suite la plus prestigieuse de l’hôtel en suite présidentielle-Carré Rive Gauche, décorée d’œuvres provenant d’une vingtaine de galeries du quartier illustrant un panorama très large, de la préhistoire à la période contemporaine. Le premier accrochage a eu lieu au moment de la réouverture de l’hôtel en dialogue avec les décorateurs, en imaginant l’histoire d’un couple de collectionneurs d’art américain aux goûts assez éclectiques qui aurait décoré son appartement parisien. Cela a généré beaucoup de retombées dans la presse internationale, y compris dans le secteur Luxury Travel, très important pour nous. Un deuxième accrochage sur le thème de la femme, des représentations féminines aux artistes femmes, aurait dû être révélé ce mois-ci mais le sera lors de la réouverture complète du Lutetia. Là encore, c’est la même idée : on se met dans la peau de collectionneurs qui ont réuni des œuvres sur ce thème. Cela permet de développer un vecteur commun. J’ai la conviction qu’au sein d’un quartier d’art comme le nôtre, il n’y a aucune concurrence entre les galeries, toutes les œuvres et les objets présentés étant absolument uniques. De mon point de vue, il est vertueux de développer des actions renforçant la réussite collective.
C’est cet esprit qui a prévalu lorsque vous êtes arrivé à la tête de l’association ?
C’est pour moi l’une des idées clés, qui donne tout son sens à la dimension associative. J’aimerais même aller au-delà des frontières géographiques de notre quartier. En 2021 ou 2022 nous aurons tout intérêt à unir l’ensemble des quartiers d’art parisiens, et même, au-delà, l’ensemble des acteurs du marché de l’art de la ville. Paris est une destination artistique phare dans le monde, les acteurs du monde de l’art n’ont pas suffisamment su en tirer profit jusque-là parce que chacun reste arc-bouté dans son quartier alors que, vu de New York ou de Shanghai, les différences sont subtiles entre la rive droite, la rive gauche ou les Puces. Ce qui nous rassemble est tellement plus important, c’est l’image du Paris des arts.

 

Paire de boîtes à épices en porcelaine famille verte. Chine, époque Kangxi (1662-1722). Courtesy Galerie Bertrand Delavergne
Paire de boîtes à épices en porcelaine famille verte. Chine, époque Kangxi (1662-1722).
© Courtesy Galerie Bertrand de Lavergne

De nouveaux marchands ont-ils rejoint le Carré Rive Gauche ?
Des gens nous rejoignent régulièrement, très récemment Nicolas Bourriaud par exemple, un jeune galeriste talentueux, qui a un œil et une jolie façon de théâtraliser ses sculptures. Nous accueillons aussi de grands décorateurs dans notre quartier, qui ont un rôle de prescription. Récemment se sont installés Charles Tassin, Thierry Lemaire, et bientôt Stéphane Parmentier. Nous travaillons tous ensemble, c’est un quartier très inspirant et l’éventail de notre offre collective est large. La galerie Delalande fournit des objets de marine aux musées du monde entier, Bertrand Delavergne est incontournable pour la porcelaine d’importation des XVIIe et XVIIIe siècles, Gabrielle Laroche pour le mobilier Renaissance... Ce qu’elle présente dans ses deux galeries est époustouflant de qualité et de beauté. Quand je les fais visiter à un décorateur américain, il découvre un univers qu’il ne soupçonnait pas, qui permet d’évoquer l’apparition de la perspective sur le mobilier ou l’histoire des grandes conquêtes.
Quelle est la spécificité de votre enseigne, 1831 Art Gallery ?
Mon épouse Aude Herlédan et moi-même avons fait une école d’art. Aude est avant tout peintre et sculpteur. Nous avons réuni des collections très éclectiques depuis longtemps et avons ouvert notre galerie en 2013 au 6, rue de Lille, au cœur du Carré Rive Gauche. Nous y présentons ce que nous aimons : des artistes contemporains internationaux et quelques curiosités. Le nom de la galerie est un clin d’œil à mon histoire familiale. L’un de mes ancêtres mécènes est né en 1831, l’année de publication du Rouge et le Noir et de La Peau de chagrin, deux ouvrages fondateurs dans notre goût pour la littérature. Lors du second confinement, nous avons conçu une exposition en ligne du photographe franco-chinois Yang Wang, «Not Alone in Quarantine», quarante photos réalisées en Europe illustrant la pluralité du quotidien confiné, comme ce danseur qui a vécu dans 18 mètres carrés ou un prince reclus dans son château. Nous sommes heureux aujourd’hui de les présenter à la galerie, à la manière d’une installation, aux côtés d’une exposition collective des artistes que nous soutenons.

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