Jan Fris ou le bûcher des vanités

On 13 November 2019, by Philippe Dufour

Ce peintre hollandais à la vie mal connue a laissé des natures mortes d’une grande exigence, d’où se détachent ses vanités. Un bel exemple de cette production restreinte va bientôt témoigner de sa virtuosité.

Jan Fris (vers 1627-vers 1672), Vanité, huile sur toile, signé à droite «J. Fris 1666», 111,5 87 cm.
Estimation : 40 000/60 000 

Si le regard est attiré immédiatement par l’éclat métallique du casque emplumé de blanc et de rouge, il glisse très vite vers le crâne patiné et l’humérus posés à côté… Un contraste spectaculaire, qui désigne le genre traité par l’artiste, une vanité, dont les éléments habituels viennent prendre place autour de l’étrange association : d’abord, les symboles du luxe, de la connaissance et du divertissement, comme le tapis de Perse, les livres, les manuscrits, le globe terrestre et la flûte ; mais aussi les signes de la fuite du temps et de la fragilité de la vie, pointés par le sablier, un flambeau en train de se consumer, des tiges de blé desséchées et le haut verre étiré, qui semble diviser le tableau. L’humain, définitivement absent, est néanmoins rappelé par le dessin à la sanguine d’une tête masculine aux cheveux bouclés, dont la tache claire donne de la vigueur à la scène. Accessoire plutôt rare dans ce type de composition, le casque, allégorie de la gloire et du paraître, aurait pu trahir son auteur, Jan Fris, si celui-ci n’avait pas signé et daté son œuvre (1666). Car la même coiffure militaire, reconnaissable à sa visière cloutée et sa nervure centrale, se retrouve dans au moins deux autres tableaux connus du Hollandais : une Vanité au casque, à la statue d’Apollon et au violon (adjugée à Drouot en mars 2011), et une autre aux instruments de musique (Christie’s London, juillet 2004 ; source Artnet).
Un spécialiste de la nature morte
Jan Fris est né à Amsterdam, où il se mariera en 1649 et fera toute sa carrière. On sait assez peu de choses de lui, et seuls une quinzaine de ses tableaux sont à ce jour répertoriés, tous datés entre 1647 et 1672. À ses débuts, il privilégie les petits formats sur panneau, les tabagies et les «banquets monochromes» apparentés à ceux de Pieter Claesz et Jan van de Velde III. Mais dans les années 1660, il se met à peindre des formats plus grands et plus colorés. À partir de cette période aussi, l’artiste s’est exclusivement consacré à la nature morte, avec un goût très prononcé pour les vanités. Ce genre particulier, méditation esthétisante sur la mort, se développe surtout en France, en Flandres et bien sûr en Hollande, au XVIIe siècle, à la suite de la Contre-Réforme. Acquise par ses propriétaires chez Sotheby’s London, le 30 novembre 1983, notre toile affiche un impressionnant pedigree, puisqu’elle provenait, avant cette date, de la collection des comtes de Lothian en Écosse. On peut donc supposer qu’elle avait été acquise par leur ancêtre Robert Kerr (1636-1703), premier marquis de Lothian. L’aristocrate était en effet grand amateur de natures mortes hollandaises ; il se serait ainsi rendu à Amsterdam pour acquérir des peintures directement auprès de célèbres peintres, tels Pieter Gerritsz Van Roestraten et Edwaert Collier. Et pourquoi pas Jan Fris ?

Saturday 23 November 2019 - 02:30
Bordeaux - 12-14, rue Peyronnet - 33800
Briscadieu
Welcome La Drouot Gazette offers you 4 Articles.
You still have 3 article(s) left to read.
I subscribe