Histoire d’un miracle

On 20 September 2018, by Caroline Legrand

La découverte d’un tableau de Girolamo Troppa met en lumière ce peintre du Seicento italien, désormais mieux connu et considéré. Une œuvre aux accents caravagesques qui ne devrait pas manquer de séduire.

Girolamo Troppa (1637-1710), Tobie soignant son père avec le fiel du poisson, toile d’origine, 93,5 x 111,5 cm (détail).
Estimation : 20 000/30 000 €

L’ange Raphaël, à gauche, coupe le poisson sous le regard du jeune homme, drapé dans un manteau rouge et appuyé sur son bâton de marche. À droite, les parents du garçon, les yeux clos du père rappelant sa cécité… Une scène choisie du livre de Tobie, dans l’Ancien Testament, pour son aspect dramatique. Après avoir longtemps quitté la maison afin de recouvrer une dette auprès de Gabélus, à Ragès, Tobie le fils revient dans son foyer. Il suit alors les précieux conseils de Raphaël afin de guérir son père aveugle : «Je te garantis que les yeux de ton père vont s’ouvrir. Tu lui appliqueras sur l’œil le fiel de poisson : la drogue mordra, et lui tirera des yeux une petite peau blanche. Et ton père cessera d’être aveugle et verra la lumière.» Et tout se déroula comme l’ange l’avait prédit. Le père recouvra la vue et put admirer à nouveau son enfant : «Je te vois, mon fils, lumière de mes yeux !» En pleine période baroque et de Contre-Réforme, l’Italien Girolamo Troppa s’inscrit pleinement dans les nouveaux critères picturaux. Pour dépeindre ce moment dramatique  et donc éminemment pictural , il utilise un cadrage serré dans lequel il fait évoluer des personnages à mi-corps, ainsi plus proches du spectateur. À cela s’ajoutent les gestes et attitudes expressives et cette lumière très contrastée, accentuant la mise en scène de son histoire. L’œuvre et la personnalité de Troppa nous sont mieux connues depuis une trentaine d’années. Héritière du caravagisme par sa théâtralité et sa lumière, la peinture de Girolamo Troppa offre également une grande préciosité de la ligne et des figures, alliée à un goût certain pour le naturalisme. Auparavant, ses œuvres étaient bien souvent confondues avec celles de ses contemporains Pier Francesco Mola ou Carlo Maratta. Ces deux artistes ont d’ailleurs beaucoup influencé la carrière de l’artiste né en Sabine, à Rochette, dans le centre de l’Italie.
Palais italiens et musées européens
Après un apprentissage dans un atelier local jusqu’en 1656, Troppa rejoint Rome. Dès l’année suivante, il travaille avec Le Bernin. Sa carrière évolue rapidement et il est très demandé dans les années 1670, dans la cité des Papes, mais aussi en Ombrie méridionale et dans les Marches. On recense à son actif de nombreux décors d’églises et de retables d’autel, ainsi que des peintures de chevalet sur des thèmes variés. On retrouve désormais celles-ci un peu partout dans les palais italiens et les musées européens ; retenons La Bénédiction de Jacob conservée au musée des beaux-arts de Beaune et son Saint Joseph et l’enfant Jésus servi par les anges de l’église de Pléhérel, à Fréhel dans les Côtes-d’Armor. Ces dernières œuvres se révèlent très proches de la nôtre par leur composition et leur style, mais encore par leur format. En effet, celui-ci correspond au «tela d’imperatore», un standard créé pour prendre place dans les galeries des collectionneurs privés de l’époque. Girolamo Troppa laisse de très nombreux tableaux sur des thèmes tirés de l’Ancien Testament, celui de Tobie soignant son père ayant d’ailleurs fait l’objet de plusieurs versions dans sa production, dont certaines sont passées sur le marché américain ou anglais, tandis qu’une copie a même été signalée à New York, en 1967, sous l’attribution de Giacinto Brandi (1621-1691). Une marque de reconnaissance…

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