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Guillaume Houzé, mécène militant

Published on , by Annick Colonna-Césari

Lafayette Anticipations - Fondation d’entreprise Galeries Lafayette s’installe au cœur de Paris. Son président Guillaume Houzé, collectionneur et mécène engagé, nous en explique les objectifs et dévoile ses spécificités.

Guillaume Houzé, sur le chantier de la fondation.  Guillaume Houzé, mécène militant
Guillaume Houzé, sur le chantier de la fondation.
© Alexandre Isard

Quelle est la relation entre les Galeries Lafayette et la fondation que vous ouvrez aujourd’hui ?
La question de la création est au cœur du projet de l’entreprise et de la famille actionnaire depuis cent vingt ans. Dès le début, nos grands magasins ont tissé des liens étroits avec les créateurs : dans l’architecture bien sûr, avec la construction de la coupole du boulevard Haussmann, dans la mode et le design, et dans l’art évidemment. En 1946, c’est aux Galeries Lafayette que les visiteurs du Salon de mai découvrent Nicolas de Staël et Giacometti. Au fond, chaque génération défend les artistes de son temps : mon arrière-arrière-grand-père collectionnait les impressionnistes. Ma grand-mère, Ginette Moulin, actuelle vice-présidente du Conseil de surveillance, préférait l’école de Paris, Poliakoff ou Fautrier.
Et vous avez suivi cette voie…
J’ai d’abord été attiré par la figuration narrative, ses formes et ses couleurs. J’ai poursuivi mon apprentissage à l’adolescence en arpentant les galeries du Marais et de la rue Louise- Weiss dans le XIIIe arrondissement de Paris. C’est en fréquentant les marchands, dont certains sont devenus des amis, que j’ai appris à aimer l’art de mon temps, à me faire un point de vue. Ils ont fait naître en moi le désir de rencontrer les artistes, et plus tard de les collectionner. C’est ainsi que je me suis lié à Tatiana Trouvé, Philippe Parreno, Xavier Veilhan ou Saâdane Afif…
C’est aussi ce qui vous a amené à lancer «Antidote», entre les murs des Galeries Lafayette ?
Les expositions du cycle «Antidote», organisées à partir de 2005, avaient pour but de valoriser la scène française ; plus tard, j’ai élargi le scope à l’international. C’est une étape importante qui nous a amenés, ma grand-mère et moi, à constituer une collection. Regroupée depuis 2013 dans un fonds de dotation, celle-ci comprend aujourd’hui trois cents œuvres. Parallèlement, nous avons parrainé de nombreuses expositions : celles de Mathieu Mercier au musée d’Art moderne de la Ville de Paris ou de Xavier Veilhan au château de Versailles. En 2011, j’ai convaincu ma famille de pérenniser nos engagements par la création d’une fondation d’entreprise.

 

Mutant Stage 10, court-métrage chorégraphique de Barnaby Roper, produit par Lafayette Anticipations.  
Mutant Stage 10, court-métrage chorégraphique de Barnaby Roper, produit par Lafayette Anticipations.
 © Stephane Perche

Quel est son objectif ? Et comment l’avez-vous positionnée pour la différencier des institutions existantes, musées ou fondations ?
Je n’avais aucun schéma préconçu. Mon ambition n’était pas tant de différencier la fondation en devenir, que d’en faire un lieu utile aux artistes. C’est à peu près à cette époque que j’ai fait la connaissance de Rem Koolhaas. J’admirais son travail depuis plusieurs années, particulièrement sa collaboration avec la fondation Prada de Milan. En 2012, à l’occasion du centième anniversaire de la construction de la coupole des Galeries Lafayette, je l’ai invité à réaliser une exposition au sein du magasin. J’ai très vite su que je confierais le projet de la fondation à son agence. Avec l’aide de son groupe de recherche, AMO, nous avons réfléchi à ce que pourrait être une institution du XXIe siècle. Une problématique centrale est apparue dans nos échanges, celle de la production. C’est une donnée essentielle dans le travail des artistes contemporains. Nous avons élaboré le projet autour de cette idée. Pour que la fondation ne soit pas seulement un espace de monstration mais, avant tout, un lieu de production.
Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?
Le bâtiment a deux fonctions. D’une part, il accueille des expositions publiques sur
près de mille mètres carrés ; et d’autre part, il 
accueille les artistes dans des ateliers de production qui sont le centre névralgique de son activité. Le premier atelier, situé au sous-sol, est dédié à la production lourde, au travail de la peinture, des métaux, du bois. Le second, au troisième étage, est affecté aux activités plus légères : sérigraphie, couture, vidéo, photo. En ce sens, la fondation est une boîte à outils. C’est là que réside la spécificité de Lafayette Anticipations.
Comment choisissez-vous les artistes que vous projetez d’exposer ? La fondation présentera-t-elle la collection du fonds de dotation ?
Ce n’est pas sa vocation, même si nous ne nous interdisons pas de le faire. Les choix de programmation sont opérés, sous la houlette de François Quintin, directeur délégué, par un collège de trois «curateurs» indépendants. Vous ne les trouverez pas dans nos bureaux. Anna Colin est basée à Londres, Charles Aubin à New York et Hicham Khalidi à Bruxelles. Ce sont des têtes chercheuses. Chacun énonce ses propositions, nous en discutons et les noms sont soumis ensuite au conseil d’administration que je préside, aux côtés de personnalités comme Laurent Lebon, directeur du musée Picasso, ou Chris Dercon, ex-patron de la Tate Modern, aux rênes de la Volksbühne de Berlin, à présent. Le champ d’action de Lafayette Anticipations ne se limitera pas aux arts plastiques. Car sa seconde spécificité est la pluridisciplinarité. Certes, l’idée n’est pas nouvelle. Le Centre Pompidou s’est bâti sur cette base. Mais cette dimension, ancrée dans la tradition des Galeries Lafayette, me tient à cœur depuis toujours. M’intéressant à toutes les formes d’art, la Fondation accueillera donc également designers, performers et créateurs de mode. Nous entendons susciter des rencontres entre disciplines, sans provoquer d’alliances forcées.

 

Une œuvre de Simon Fujiwara produite dans l’atelier de la fondation.
Une œuvre de Simon Fujiwara produite dans l’atelier de la fondation. © Stéphane Perche

Existe-t-il un lieu à la vocation similaire ?
Non, ni en France ni à l’étranger. D’autant que nous avons débuté notre activité très en amont de l’ouverture en produisant des œuvres pour des institutions partenaires. Notre équipe de production a déjà contribué à rendre possible l’exposition de Jean-Luc Moulène au Centre Pompidou ou celle de Camille Henrot, au palais de Tokyo. De la même façon, nous avons collaboré avec des institutions étrangères : la Kunsthalle de Bâle, le New Museum de New York, la Tate de Londres. Notre modèle attire la curiosité. D’ailleurs, de nombreux professionnels nous sollicitent avant le lancement pour en savoir davantage. À l’occasion de l’exposition de la fondation Louis Vuitton, consacrée aux collections du MoMA, j’ai notamment reçu les trustees du musée, accompagnés de Glenn Lowry, son directeur.
Pouvez-vous parler de l’exposition inaugurale ?
Nous avons invité Lutz Bacher, une jeune Américaine de… 75 ans. Elle a exposé aux États-Unis et en Europe, étrangement jamais en France alors qu’elle est une référence aux yeux de nombreux plasticiens. Nous travaillons avec elle depuis trois ans. Elle s’est emparée de la totalité des espaces. Son installation touchera à la fois les initiés et le grand public. À l’avenir, peut-être établirons-nous des passerelles avec l’ANDAM (Association nationale pour le développement des arts de la mode), dont j’assure la présidence, en succession de Pierre Bergé, son fondateur. On pourrait, pourquoi pas, aider des créateurs à monter des
défilés. En tout cas, l’ouverture de la Fondation n’empêchera pas les Galeries Lafayette de poursuivre leur engagement. Nous allons continuer à mécéner certains événements. Et nous restons partenaires de la FIAC.

GUILLAUMe HOUZÉ
EN 6 DATES
1981 Naissance à Paris
2001 Création de la Galerie des Galeries (espace d’exposition au sein du grand magasin du boulevard Haussmann)
2008 Nommé directeur adjoint du marketing événementiel des grands magasins Galeries Lafayette/BHV Marais
2010 Crée la direction du mécénat du Groupe
2013 Prend la direction image et communication des grands magasins et crée la Fondation d’entreprise Galeries Lafayette
2018 Inaugure Lafayette Anticipations-Fondation d’entreprise Galeries Lafayette
 
À VOIR
«Lutz Bacher», Lafayette Anticipations,  
9, rue du Plâtre, Paris IVe, tél. : 01 57 40 64 17.
 Du 10 mars au 30 avril.
www.lafayetteanticipations.com
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