facebook
Gazette Drouot logo print

La Gazette Drouot Art et patrimoine - Expositions

Goya, revu et corrigé à Agen

On 07 January 2020, by Sarah Hugounenq

Balayant un grand nombre d’idées reçues  et d’attributions trop généreuses , le musée des beaux-arts d’Agen présente une importante et audacieuse exposition sur le maître espagnol.

Goya, revu et corrigé à Agen
Attribué à Francisco José de Goya y Lucientes, Le Ballon, après 1824 ?
© Musée des beaux-arts d’Agen

Frêle, le sourire accroché aux lèvres et la douceur dans la voix, Juliet Wilson-Bareau fait pourtant trembler les musées du monde entier. L’historienne de l’art britannique, qui s’évertue depuis des décennies à percer le mystère de Francisco de Goya y Lucientes (1746-1828), déclasse les unes après les autres ses toiles que la tradition lui avait attribuées abusivement, comme le fameux Colosse du musée du Prado. « Tous les musées ont des tableaux douteux autour de Goya sans savoir s’il s’agit de copie, de pastiche, de l’entourage… Il fallait que j’aie cette idée toute simple de reprendre dans le détail l’inventaire du fonds d’atelier de 1812 pour réaliser qu’ils étaient trop nombreux pour être tous de la main du maître », confie l’experte, en marge de l’exposition que la ville d’Agen a l’audace d’organiser. Riche de quelque six toiles léguées par le comte Damase de Chaudordy à la fin du XIXe siècle, l’institution s’est prise au jeu d’une vaste enquête sur ses propres collections goyesques, en les envoyant au C2RMF à Paris, pour les analyser et les restaurer. Le jeune et dynamique conservateur, Adrien Enfedaque, se raccrochera au dispositif du « Catalogue des désirs », lancé par la ministre Françoise Nyssen quelques mois plus tard pour obtenir le prêt prestigieux de La Femme à l’éventail du Louvre. La machine était lancée pour relever ce pari fou de réunir, dans cette bourgade de trente-cinq mille âmes, des œuvres venues du monde entier en vue de les confronter, de les réexaminer et de remettre à plat leur paternité.
Le doute comme leçon de modestie
Au fil de cinq petits cabinets, construits au cœur de la nef de l’église des Jacobins, restaurée et mise aux normes pour l’occasion, le parcours déroule un discours magistral où le regard du visiteur, y compris néophyte, est happé par des face-à-face probants. La salle consacrée aux « majas », qui firent la gloire de Goya, est éloquente. Ici, la vibration du maître est absente et les dimensions ne correspondent pas à l’inventaire ; là, le motif découle des estampes qui circulaient dans l’atelier. Malgré ces désattributions, ces toiles en sortent grandies, car une nouvelle histoire se dessine. Au fil des salles, les mains d’Asensio Julià, le plus proche disciple, et de Leonardo Alenza, un suiveur, se retrouvent dans un infime détail, dans un geste ou une atmosphère. Mais le doute est partout comme une leçon de modestie sur nos connaissances. L’analyse scientifique et la relecture des archives ne suffisent pas à comprendre Goya. Ces dialogues physiques laissent la place à l’appréciation sensible et indispensable pour rentrer dans l’atelier du peintre. Le mythe d’un Goya sourd et misanthrope, que les symbolistes ont diffusé à la fin du XIXe siècle, tombe au profit d’un homme à la tête d’un atelier vivant occupé par plusieurs élèves, dont tout reste encore à découvrir. Hors du circuit des grandes expositions, la ville se lance un pari de taille avec cette manifestation. Désormais insérée dans le réseau des musées internationaux, rivalisant avec la Fondation Beyeler qui ouvrira sa rétrospective Goya à l’été prochain, l’institution rêve déjà d’une nouvelle impulsion en matière de politique culturelle municipale. Une exposition, tel un galop d’essai !

« Goya, génie d’avant-garde, le maître et son école »,
musée des beaux-arts, église des Jacobins,
rue Richard-Cœur-de-Lion, Agen, tél. 
: 05 53 87 88 40.
Jusqu’au 10 février.
www.agen.fr

Gazette Drouot
Gazette Drouot
Welcome La Drouot Gazette offers you 4 Articles.
You still have 3 article(s) left to read.
I subscribe