Gazette Drouot logo print

Gabriela et Mathieu Sismann, passion sculpture

Published on , by Stéphanie Pioda

En trente ans de carrière, Gabriela et Mathieu Sismann sont devenus des références pour le marché de la sculpture ancienne. En juin, ils participent pour la première fois à la Tefaf Maastricht.

© Photo Christophe Fouin Gabriela et Mathieu Sismann, passion sculpture
© Photo Christophe Fouin

Votre installation quai Voltaire en 2019 a-t-elle eu un impact sur votre façon de travailler ?
Gabriela Sismann. Nous avons rejoint le quai Voltaire juste avant la pandémie, au mauvais moment malheureusement pour notre profession qui en a énormément pâti. Il a fallu résister, mais aussi apprendre à développer les outils que nous avions déjà incorporés dans notre manière de travailler, j’entends par là la vidéo, Internet, les réseaux sociaux, etc. Nous n’étions pas débutants dans ce langage-là, et je pense que nous étions mieux préparés à ce choc. Ce n’est donc pas cette nouvelle adresse qui nous a amenés à travailler différemment, mais le contexte sanitaire et économique. Par ailleurs, de façon plus globale, la manière de consommer l’art a évolué, tout comme le rapport aux galeristes et aux spécialistes. Je n’ai pas envie de dire qu’il a disparu car nous avons toujours des échanges intenses et enrichissants, mais il est moins présent qu’avant. Mathieu Sismann Si nous avons perdu le côté spontané de la personne qui se promène et pousse la porte de la galerie, et ce déjà lorsque nous étions rue de Beaune, nous récupérons des clients via Internet, les réseaux, le bouche à oreille, mais aussi par la notoriété. Aujourd’hui, les clients ont besoin d’être beaucoup plus rassurés qu’auparavant.

Sur quoi veulent-ils être rassurés ?
M. S.
Sur l’authenticité des pièces et leur traçabilité. Ces critères sont évidents pour l’archéologie, mais la tendance s’accentue pour toutes les spécialités, la nôtre en particulier, et constituent une plus-value. G. S. La plus-value vient également de la dimension intellectuelle et scientifique à laquelle nous sommes attachés : nous poussons très loin la recherche sur nos objets et publions annuellement un catalogue des pièces majeures et, depuis trois ans, des catalogues à thème avec des études serrées et fouillées. L’expression anglaise scholars traduit notre démarche, sans prétention aucune, qui relève plus de l’état d’esprit des pays anglo-saxons ou de l’Allemagne. M. S. Nous avons créé un réseau de scientifiques et de chercheurs, étrangers et français, qui nous épaulent dans ces démarches. Sans eux, nous ne pouvons rien faire.

Pourriez-vous nous donner un exemple de cette collaboration avec des scientifiques ?
G. S. Je pense au Christ à la colonne que Mathieu pensait être de François Duquesnoy (1597-1643) et plus précisément le pendant de l’Ecce homo du Rijksmuseum d’Amsterdam. Cette collaboration avec le musée, qui n’était pas la première, s’est conclue en 2021, mais le processus a été long : nous avions trouvé ce bronze dès 2015 et exposé à la Biennale Paris, Masterpiece London et la Brafa entre 2016 et 2021. M. S. Cette collaboration s’est avérée fructueuse et l’identification a été confirmée par la comparaison des deux pièces au rayon X et par d’autres analyses, qui ont prouvé que l’alliage du bronze des deux sculptures était le même. Le musée a fini par acheter le Christ à la colonne et à l’attribuer à François Duquesnoy.

Cette passion, cette curiosité et cet intérêt pour votre sujet vous poussent-ils à être collectionneurs ?
M. S.
Nous vivons complètement avec nos objets, mais nous ne sommes pas collectionneurs. Je suis enfant de collectionneur, mon père continue d’acheter tous les jours, donc je connais bien sa folie, ayant la même ! Mais nous avons réussi à la dépasser en devenant marchands, c’est-à-dire que l’on achète les objets pour les transmettre ; nous n’avons pas besoin de posséder. Il arrive même que certains objets reviennent vers nous au fur et à mesure de la vie des amateurs et des collections.
 

Le stand de la galerie Sismann au salon Masterpiece London en 2018.
Le stand de la galerie Sismann au salon Masterpiece London en 2018.

Auriez-vous un exemple ?
M. S.
Jeunes marchands, nous avions découvert à Drouot une Vierge du Languedoc, autour de 1500, que nous avions revendue aux Puces à un amateur avec lequel nous étions restés en contact. Alors qu’il commençait à se séparer de certains objets, nous lui avions signifié que nous nous porterions acquéreur s’il souhaitait revendre la Vierge. Ce qu’il a fait, un an ou deux après. Nous l’avons alors exposée au Salon du collectionneur, notre premier grand salon parisien, où elle a séduit cette fois-ci un marchand hollandais. Il l’a présentée deux fois à la Tefaf de Maastricht, mais sans succès, jusqu’à ce qu’il nous apprenne qu’il souhaitait arrêter son activité, l’occasion de récupérer de nouveau la Vierge ! C’était il y a deux ans et en novembre 2021, elle figurait comme la pièce phare de notre stand à Fine Arts Paris. Désormais, elle se trouve chez un particulier parisien.

En quoi était-elle importante ?
G. S.
On peut faire un parallèle stylistique avec la Vierge de l’Annonciation du musée des Augustins à Toulouse, Nostre Dame de Grasse. Il s’agit d’une pièce magnifique, de grande qualité, en parfait état de conservation, peu représentée et peu documentée.

De combien le prix de cette pièce a-t-il été multiplié entre 1994 et 2021 ?
M. S.
Le prix a été multiplié par dix en presque trente ans. Le marché de la sculpture ancienne est un marché minuscule qui connaît des modes. La pierre, par exemple, a été abandonnée lorsque nos prédécesseurs –les galeries Boccador et Bresset – se sont arrêtés. Le marché s’est effondré, maintenant nous le portons, il est remonté, mais après nous, peut-être s’effondrera-t-il de nouveau ?
 

Région Mosane, Apôtre, vers 1310-1320, chêne polychrome, h. 115 cm. © Photo Christophe Fouin
Région Mosane, Apôtre, vers 1310-1320, chêne polychrome, h. 115 cm.
© Photo Christophe Fouin

Quelle est la fourchette de prix des œuvres qui se trouvent à la galerie ?
M. S.
La plupart des pièces exposées ici sont comprises entre 5 000/8 000 € et 100 000 €. Ensuite, quelques pièces exceptionnelles peuvent les dépasser.

Vous participez en juin à la Tefaf Maastricht pour la première fois. Qu’allez-vous y présenter ?
G. S.
Parmi notre importante sélection de sculptures anciennes européennes, un certain nombre sont inédites, tel cet important Christ en bronze de la Renaissance d’après un dessin de Michel-Ange, un rarissime portrait présumé d’Anton Fugger, en tilleul polychrome, de l’école souabe, ainsi qu’une magnifique Marie Madeleine de Benedetto da Maiano, provenant d’une prestigieuse collection américaine. Elle n’a jamais été exposée, ni dans un musée, ni sur un salon international. C’est une première ! Et d’un grand maître du Quattrocento !

En novembre, que présenterez-vous à Fine Arts Paris & La Biennale ?
G. C.
Nous avons sélectionné tout particulièrement une Vierge en terre cuite polychrome du XIVe siècle d’Ile-de-France (autour de 250 000 €), inédite, une autre Vierge de Lorraine (entre 150 000 et 180 000 €) et un buste du Quattrocento, inédit également.

Gabriela, vous avez aussi développé une nouvelle activité en créant des bijoux ?
G. S.
Je pars d’œuvres d’art anciennes, appartenant à ma période de prédilection, pour en faire des œuvres d’art portatives. Le concept est le suivant : porter des œuvres d’art, les désacraliser, les rendre accessibles. Cela peut être un fragment de ceinture Renaissance qui devient collier, un bouton de costume de cour du XVIIIe siècle que je monte en bague ou un médaillon en argent repoussé provenant d’un cabinet hollandais du XVIIe siècle que je transforme en collier. Cette pièce a été demandée en prêt par le Mobilier national, qui trouvait judicieux de détourner une pièce de mobilier baroque ! Je dessine entièrement les bijoux et je travaille avec un orfèvre et un socleur. Après avoir présenté mes créations à Fine Arts Paris, à la Brafa et à Masterpiece London, je suis heureuse d’annoncer que je participe pour la première fois à Paris Design Week, en septembre. Après vingt-cinq ans de carrière et alors que je viens d’avoir 50 ans, il est important aussi pour moi d’exprimer ma créativité autrement qu’en couple à la galerie.

à savoir
Galerie Sismann,
33, quai Voltaire, Paris VIIe,
www.galerie-sismann.com
Gazette Drouot
Gazette Drouot
Welcome La Drouot Gazette offers you 2 Articles.
You still have 1 article(s) left to read.
I subscribe