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Frieze 2019 : «Le Brexit, quel Brexit ?»

Published on , by Pierre Naquin

À moins d’un mois de la possible sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, on pourrait penser que la date fatidique est dans toutes les têtes alors que rien ne semble acté… Étrangement, dans les allées de la foire londonnienne, il n’en est rien.

Parc de sculptures Frieze, à Londres. Au premier plan : Usagi Kannon II (2013-2018)... Frieze 2019 : «Le Brexit, quel Brexit ?»
Parc de sculptures Frieze, à Londres. Au premier plan : Usagi Kannon II (2013-2018) de Leiko Ikemura.
Photo Stephen White. Courtesy Frieze

Par un beau et grand soleil, Londres est belle. Dès 11 heures du matin, les pubs sont remplis de fans de rugby qui, devant une Guinness, scrutent les performances de leurs équipes préférées au Japon. À moins d’un mois de l’échéance du Brexit, les Britanniques semblent se résigner au cataclysme. Ils vaquent à leurs occupations avec un flegme retrouvé… Pour ce qui est de la Frieze Week, les résultats s’annonçaient plutôt bons avec de très belles ventes en début de semaine lors des vacations du soir. Les prévisions se trouvèrent confirmées dès les premières minutes. «Nous sommes sold out depuis le premier jour. Du coup, je fais de la présence !», confie Max Bossier, de la Lisson Gallery. Celle-ci présentait un dialogue entre Stanley Whitney et Joyce Pensato, récemment décédée. «Les deux artistes tenaient à cette exposition. Nous avons voulu rendre hommage à Joyce en conservant cette présentation.» Les pièces de Stanley Whitney (les seules à la vente) partaient à 350 000 et 450 000 $ pour les plus grandes. Voisin, le stand de la Kukje Gallery présentait ses classiques : Lee Ufan (dont il cédait une pièce au-dessus de 250 000 $), Ha Chong-Hyun (dont la Conjunction 17-99 partait entre 130 000 et 150 000 $), Kyungah Ham (dont l’une des œuvres brodées par des artisans nord-coréens était vendue entre 160 000 et 190 000 $), Julian Opie (pour un total au-dessus des 100 000 £), Suki Seok-Yeong Kang (dont les objets surréalistes partaient au-dessous de 20 000 $, alors qu’elle est actuellement exposée au Mudam), Haegue Yang (dont le truculent Sol LeWitt Upside Down se vendait autour de 75 000 €) et Gimhongsok (dont un grand bronze était cédé 80 000 $). Toutes les œuvres de Sterling Ruby du solo show que lui consacrait Gagosian trouvaient preneur (autour de 300 000 $ chacune). The Arm (1979) de Philip Guston partait pour environ 5 M$ sur le stand Hauser & Wirth, tout comme A Molded Pool of Stories de Mark Bradford (3,4 M$). Thaddaeus Ropac vendait pour un total de plus de 4 M€ d’œuvres dont 1 630 000 € pour plusieurs Baselitz (au premier rang desquels Nicht, nicht verloren, cédé 1,2 M€), un peu plus de 1 M$ de Longo (dont First Elephant, 2019, 650 000 $) et 575 000 $ d’œuvres d’Elizabeth Peyton (Kiss, 2019), le jour de l’ouverture de sa rétrospective à la National Portrait Gallery. Beaucoup de galeries exposaient sur les deux Frieze avec, dès lors, une présence forte du contemporain sur Frieze Masters : Gagosian, Perrotin, Lisson, Kavi Gupta, Lelong, Zwirner, Kamel Mennour, Podnar, entre autres. Ainsi Hauser & Wirth se séparait-elle d’un Cy Twombly de 1968 pour 6,5 M$, Skarstedt cédait-elle deux Picasso autour de 600 000 $ chacun, ainsi qu’un vase de Keith Haring pour 1,2 M$, quand Van de Weghe vendait un Basquiat de 1986 pour 2,2 M$. Mais, sans conteste, l’attraction de la foire était un portrait de Botticelli proposé pour 32 M$ sur le stand Trinity Fine Art, qui restait malheureusement sans acheteur à la fin de la foire.
Collectionneurs gourmands
À l’opposé, Colnaghi cédait un incroyable vase en porphyre rouge pour «plusieurs millions de livres à un nouveau client collectionneur d’art moderne». Franck Prazan plaçait trois tableaux de Poliakoff, Appel et Dubuffet. Sur le stand Richard Saltoun, toutes les pièces de Jagoda Buic trouvaient preneur après que la Tate en eut intégré une dans ses collections pour la première fois. «Pour moi, Frieze Masters reste la référence», confie Anthony Meyer. «Malgré les incertitudes du Brexit, les collectionneurs ont eu de l’appétit et même si notre chiffre d’affaires est en baisse par rapport aux années précédentes, nous avons vendu tous les jours et principalement à des nouveaux clients européens. Je suis heureux de voir que l’art océanien et eskimo continue d’être apprécié et que nous réussissions encore à attirer de nouveaux collectionneurs vers l’art tribal 
Les événements «off» toujours nombreux
Le programme satellite était aussi très dense, avec l’impossibilité de tout voir dans de bonnes conditions. Moniker, la foire d’art urbain, célébrait sa dernière édition en tant que salon après dix ans de bons et loyaux services. «Le public était très éclectique et reflétait en cela la capitale britannique. Nous avons vendu à Londres, en Europe et même aux États-Unis», précise Géraldine Hassler, de la Kahn Gallery. Dès l’année prochaine, elle laissera la place à Moniker Culture, qui organisera (notamment) une exposition en mai dans le cadre du Leeds International Festival. Le PAD, l’événement le plus français et toujours d’une grande élégance, rencontrait son public. La galerie Opera plaçait ainsi pour environ 1,5 M€ de Chagall, Botero ou Valdés, Southern Guild vendait un siège de Porky Hefer pour 57 000 £, quand Fumi cédait une table Max Lamb 52 000 £. «Cela fait maintenant six ans que je participe au PAD de Londres et cela se passe toujours bien pour moi», explique Lucas Ratton, dernier représentant de l’art tribal avec Lance Entwistle sur la foire. «Ce n’était bien sûr pas la meilleure édition mais grâce à une clientèle locale fidèle, j’ai réussi à faire une belle année.» Sunday, dont c’était également la 10e édition, se concentrait une nouvelle fois sur l’avant-garde avec un programme resserré d’une petite trentaine d’exposants. «C’était notre troisième participation et pas la plus prolifique», rapporte Pierre-Arnaud Doucède, de la galerie parisienne PACT. «Il y avait moins de passage et d’énergie que les années précédentes.» Il cédait néanmoins quelques pièces de Danny Ferrell et de Tyler Thacker mais «avant la foire». La galerie Derouillon avait également vendu les peintures d’Alex Foxton avant l’événement, mais elle a «fait de belles rencontres» pour une édition «excellente», comme le confie son directeur, Benjamin Derouillon. 1:54, la foire dédiée à l’art contemporain africain (qui profite d’une grande visibilité depuis plusieurs années), semblait on ne peut plus à propos quand de nombreuses galeries sur Frieze présentaient des artistes du continent et des diasporas. Sur Somerset House, les exposants semblaient plutôt contents de leur participation. Les Martiniquais de 14N 61W cédaient des pièces entre 1 500 et 3 000 $. «Il manque quelques ventes pour être pleinement satisfaits, mais nous avons rencontré beaucoup de monde intéressé par le travail de Louisa Marajo : collectionneurs, institutions, art advisors, mais aussi les galeristes européens ou africains», confie Caryl Ivrisse-Crochemar. Artskop distribuait pour l’occasion un rapport sur le marché de l’art contemporain africain, dans lequel on apprenait notamment que le second marché pour la thématique totalisait 85,2 M€ en 2018. On pressentait une édition 2019 de Frieze plutôt morose. Mais l’ambiance était quasiment «post-Brexit», comme si celui-ci était déjà acté et que tout redevenait possible… 

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