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La Gazette Drouot Art et patrimoine - Expositions

Foujita, œuvres d’une vie (1886-1968)

On 14 March 2019, by Emmanuel Lincot

Maison de la culture du Japon à Paris, 101 bis, quai Branly, Paris XVe, tél. : 01 44 37 95 01, www.mcjp.fr - Jusqu’au 16 mars.

Foujita, œuvres d’une vie (1886-1968)
Léonard Tsuguharu Foujita (1886-1968), Au café, 1949, huile sur toile, 76 x 64 cm,  Centre Pompidou, Paris.
MNAM-CCI/Dist. RMN-GP © Fondation Foujita/Adagp, Paris 2019

On connaissait la figure du dandy nippon, coqueluche du Tout-Paris des années 1920. On en savait moins sur la carrière du peintre officiel, exécutant pour le compte d’un régime fasciste et conquérant des toiles de grand format. Deux d’entre elles ont été exceptionnellement prêtées par le musée national d’Art moderne de Tokyo : Morts héroïques sur l’île d’Attu (1943) et Nos frères de Saipan, fidèles jusqu’à la mort (1945). Elles rappellent le sacrifice d’une armée qui réussit à faire plier toute une partie de l’Asie-Pacifique. De cette période trouble, marquée par une collaboration active, Foujita sortira blanchi. Il renouera au lendemain de la guerre avec la France, où il passera les dernières années de sa vie, converti au catholicisme. Que ce soit ses chats inspirés des Fables de La Fontaine, et dépeints sous les traits de créatures shintoïstes, ou son Adoration (1962-1963), étonnant tableau évoquant le meilleur d’un Van Eyck, il y a là, comme le souligne Sophie Krebs l’une des deux commissaires, avec Yoko Hayashi , «un mélange stylistique laissant toujours une interrogation». C’est ce que nous montre cette exposition remarquable dans la reconstitution d’un parcours pour le moins éclectique. D’Uccello à Delacroix, on reconnaît la facture des grands maîtres dans ses peintures de bataille, ou encore le témoignage d’un ethnographe traversant la Chine, dont témoignent ses Lutteurs à Pékin (1935). On se plaît à établir les filiations qui, par-delà les siècles, relient l’artiste à Manet, lequel s’inspira d’un Titien pour ses propres «Odalisques». Si le vis-à-vis France-Japon nous renvoie à une histoire globale de l’art du XXe siècle dont Foujita serait un symptôme, ce parti pris élude toutefois un volet important du paysage artistique de l’Asie orientale, et celui de Taïwan en particulier. Nul ne peut comprendre, entre autres exemples, l’œuvre d’un Li Zhong-Sheng (1912-1984) considéré comme le père des avant-gardes taïwanaises si l’on ne se réfère au fait qu’il fut, à Tokyo, l’un des plus proches élèves du peintre. De ce tiers manquant, rien n’est dit. C’est une dette impensée qui ouvrirait bien d’autres chemins à la compréhension d’une tout autre histoire de l’art.

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