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FIAC 2019, la pluie et le beau temps

On 25 October 2019, by Pierre Naquin

Après une année d’incertitudes sur la tournure que prendrait le secteur, la FIAC a réussi à prouver que le microcosme de l’art français était imperméable au marasme et que Paris restait une place à même d’attirer les collectionneurs du monde entier… malgré les intempéries.

FIAC 2019, la pluie et le beau temps
Vue du stand Neugerriemschneider sur la FIAC 2019.
PHOTO SEBASTIANO DI PELLION. COURTESY NEUGERRIEMSCHNEIDER

Alors que plusieurs années durant, la FIAC avait réussi à faire mentir les prédictions annonçant la fin du marché français, cette édition 2019 était particulièrement attendue. Paris a finalement gagné son pari, étant devenue la nouvelle capitale européenne du marché de la création contemporaine… Une fois Zwirner «signé» dans la galerie historique d’Yvon Lambert, et White Cube annoncé, il était impossible pour les autres acteurs de faire l’impasse. Désormais, plus une semaine ne passe sans l’annonce de l’installation d’une grande galerie américaine ou britannique dans la ville. La FIAC allait-elle réussir à se surpasser ? «C’est simple, nous avons doublé notre chiffre d’affaires de l’année dernière en réalisant près de 70 ventes», s’enthousiasme François Ceysson (Ceysson et Benetière). Et ce, sur toutes les gammes de prix : de 3 000 € pour un petit Pierre Buraglio récent jusqu’à 300 000 € pour un grand Patrick Saytour de 1967. «Nous avions jusqu’à huit vendeurs en même temps sur le stand, tous occupés, et nous n’étions quand même pas en mesure de répondre à toutes les demandes. Je suis aussi heureux de voir que les présentations hors les murs fonctionnent bien ; la plupart des acheteurs avaient déjà vu les œuvres de Noël Dolla et Nicolas Momein à l’extérieur avant d’entrer dans le Grand Palais.» Patrick Seguin abonde : «Nous avons bénéficié d’une grosse visibilité pour la Maison démontable de Prouvé, sur la place de la Concorde.»
Point d’entrée pour l’Europe
Les ventes tombaient en pagaille pour les galeries de la nef : «Nous avions quasiment tout vendu dès le premier jour», glisse Marc Glimcher, directeur de Pace. Il cédait notamment Lords Monroe Station (1996) de Robert Rauschenberg pour 1,1 M$, l’ensorcelant Blue Hole (2019) de Loie Hollowell, pour 100 000 $, ainsi que trois bronzes de Kiki Smith. Surtout, et alors qu’une peinture de Yoshitomo Nara était vendue 25 M$, quelques jours plus tôt à Hong Kong (plus de cinq fois son précédent record), Pace maintenait ses prix sur sa série de treize œuvres sur papier de l’artiste (70 000 à 90 000 $), qui partait instantanément. «Nous avons reçu beaucoup d’intérêt d’institutions françaises et européennes. La scène m’a semblé, si cela est possible, encore plus sophistiquée que les années précédentes», confie Bo Young Song, directrice de la Kukje Gallery. «Nous avons retrouvé de nombreux collectionneurs et de grands représentants de musées. Paris, pendant la FIAC, est vraiment une destination très prisée !» Elle cédait pour plus de 800 000 $ d’œuvres, dont deux grands Lee Ufan et Ha Chong-Hyun (autour de 300 000 $ chacun). Le Belge Xavier Hufkens vendait pour plus de 2,5 M$ d’œuvres, dont une sculpture en verre de Roni Horn (autour du million de dollars). «C’est la première fois que nous tentons une scénographie “à la Riviera” à la FIAC», confie de son côté Jean-Olivier Després, de la galerie Gagosian. «Cela s’est traduit par de nombreuses ventes à des collectionneurs aussi bien français qu’étrangers», Bergamin & Gomide vendait pour 500 000 $ d’œuvres pour sa seconde participation. «Avec le Brexit, la France est devenue encore plus importante pour tout le monde», explique Antonia Bergamin, directrice de la galerie brésilienne. «Pour moi c’est le point d’entrée pour l’Europe», ajoute Chris Sharp, de Lulu (Mexique). Thaddeus Ropac vendait son Rauschenberg 1,5 M€, son Baselitz 1,2 M€ et deux Yan Pei-Ming 560 000 € chacun, pour un total de plus de 6  M€. Hauser & Wirth cédait une sculpture de Louise Bourgeois pour 1,8 M$, une toile récente de Mark Bradford pour 1,2 M$, une autre d’Ellen Gallagher, qui devrait rejoindre un musée, pour 750 000 $, trois de Günther Förg, qui partaient pour un total de 660 000 €, ainsi qu’une sculpture de Chillida pour 380 000 €. Franck Prazan se séparait de six œuvres, dont deux Soulages (quand une autre du même artiste était vendue chez Perrotin pour une somme à six chiffres).
Différences de traitement ?
À l’étage, les galeries rencontraient légèrement plus de difficultés : «Les collectionneurs n’arrivent pas à faire toute la foire. On a parfois l’impression de passer à côté de visiteurs que l’on ne connaît pas», explique Marion Papillon. Elle cédait tout de même l’installation d’Erik Dietman exposée au Petit Palais ainsi que plusieurs céramiques du même artiste. «On sent clairement une différence de traitement entre les exposants… cela alors que nous payons le même prix», confie un galeriste qui restera anonyme. Tout n’est pas négatif pour autant. «Le bilan est très positif pour nous. Nous avons rencontré de nombreux prospects», précise Benoît Porcher de la galerie Sémiose. Sa voisine, Cécile Fakhouri (qui participait pour la première fois, tout comme la galerie Papillon), plaçait deux œuvres de Ouattara Watts pour plus de 50 000 € chacune. Toujours à l’étage, Clearing cédait également une pièce majeure d’Harold Ancart pour près de 300 000 €. «Les pièces d’Austin Lee, Donna Huanca, Beth Letain et tout particulièrement Richard Kennedy, que nous venons de signer, ont très bien fonctionné», précise Javier Perés (Peres Projects). «Plusieurs institutions européennes sont prêtes à les exposer ! Du coup, c’est une très belle édition pour nous.» Même ceux qui n’exposaient pas sur la foire étaient heureux de l’énergie qui se dégageait de la semaine. «Nous avons pu caler énormément de rendez-vous à la galerie avec des collectionneurs du monde entier. Lorsqu’ils viennent chez nous, les acheteurs sont dans un autre état d’esprit. Ils savent pourquoi ils sont là», confie Thomas Bernard, qui a fait le choix de ne pas participer cette année. «Ce fut vraiment une belle semaine», ajoute-t-il.
Bilan
Avec quelque 75 000 visiteurs (+ 3 %) et une présentation au Petit Palais toujours plus convaincante, la foire semble au sommet de son art. Quelques fausses notes tout de même : ces barbes à papa volantes de Vivien Roubaud, qui donnent le sourire sur l’avenue Winston-Churchill… jusqu’au moment où elles se collent à votre veste tout juste sortie du pressing ! Ou la sculpture invisible de Kusama (les organisateurs devraient savoir que, sous forme de plug ou de citrouille, les installations gonflables ne restent jamais longtemps sur la place Vendôme), générant une bonne dose de déception. «Nous les Français, on se sent toujours un peu coupables quand tout va bien. Mais ne le soyons pas. Nos artistes sont aussi bons que les Américains ou les Allemands», conclut François Ceysson. «Il y a dix ans, nous nous satisfaisions déjà largement d’un chiffre d’affaires dix fois moindre sur Art Élysées. La FIAC a vraiment réussi son pari.» Voilà qui est dit ! Après une folle semaine d’art contemporain, place désormais à la photo…
Florence Bourgeois, à vous de jouer 
!

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