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Faites de l’art, pas la guerre

Published on , by Vincent Noce

L’effet d’entraînement de l’ouverture du Louvre Abu Dhabi prend des proportions inattendues. À Téhéran, pour une exposition consacrée à l’histoire du musée, Jean-Luc Martinez parlait de «désir de Louvre». Avec le contrat signé avec l’Arabie saoudite pour le développement culturel et touristique d’une province du Nord, qui...

La seconde édition de la "Highway Gallery" reproduit en 3D dix œuvres du musée Abou... Faites de l’art, pas la guerre
La seconde édition de la "Highway Gallery" reproduit en 3D dix œuvres du musée Abou Dhabi.
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L’effet d’entraînement de l’ouverture du Louvre Abu Dhabi prend des proportions inattendues. À Téhéran, pour une exposition consacrée à l’histoire du musée, Jean-Luc Martinez parlait de «désir de Louvre». Avec le contrat signé avec l’Arabie saoudite pour le développement culturel et touristique d’une province du Nord, qui en annonce d’autres, peut-on parler de «désir de France» ? Les musées français, à commencer par le Louvre, peuvent assumer une présence à Téhéran et Abou Dhabi, en Arabie saoudite et au Quatar, tout comme en Tunisie et au Maroc, en attendant Shanghaï et peut-être Dakar... Ils portent un message d’espoir en jetant ainsi des passerelles avec des nations dont la rivalité, par ailleurs, ne cesse de s’exacerber. Ces liens peuvent sembler bien ténus et fragiles, ils forment parfois les seuls qui demeurent quand tous les autres circuits semblent bloqués. Le changement d’état d’esprit, en France même, est assez remarquable. Souvenons-nous de la virulence de la contestation lors de la signature du contrat du Louvre Abu Dhabi en 2007… il semblait pourtant difficile de refuser une offre d’un milliard d’euros proposée pour monter un musée et une série d’expositions. On pourrait aussi rappeler la campagne détestable à l’encontre d’une famille princière du Quatar lorsqu’elle a voulu reprendre l’hôtel Lambert pour le remettre en l’état. Quand Alain Seban a accepté une intervention du Centre Pompidou dans un centre culturel en Arabie saoudite (qui vient d’être renouvelée), ses conservateurs étaient horrifiés. Ce débat peut trouver un précédent lors de la Guerre froide.

Le changement d’état d’esprit en France est remarquable, si l’on se souvient de la virulence de la contestation lors de la signature du contrat du Louvre Abu Dhabi en 2007.

Des savants, artistes et intellectuels ont refusé de se rendre dans les pays soviétiques. D’autres, au contraire, ont maintenu les échanges, contribuant à semer les graines du changement, plantées par leurs homologues à l’est du rideau de fer. Tous ces projets peuvent et doivent être jugés à l’aune de leur résultat. Le Louvre Abu Dhabi a manifestement ouvert des portes. Il ne désemplit pas et son public compte aussi des habitants originaires du sous-continent indien, ce qui était l’un des enjeux. Bientôt, il va pouvoir accrocher sur ses cimaises son dernier trophée, le Salvator Mundi, dont le prix fabuleux de 450 M$ a reçu une explication assez sensée, et plutôt cocasse, du Daily Mail. Après avoir laissé de côté des enchérisseurs comme Bill Gates, les représentants des souverains d’Abou Dhabi et d’Arabie saoudite se seraient retrouvés seuls à batailler l’un contre l’autre. Chacun était convaincu que son adversaire était l’émir du Qatar, qu’il ne voulait laisser gagner à aucun prix. Le prince régnant à Riyad, apprenant qu’il avait en fait soufflé la victoire à son voisin et allié, lui aurait offert le tableau en échange d’un super yacht, le Topaz, d’autant que la médiatisation de cet achat n’arrangeait pas ses affaires au moment où il prônait un peu de retenue à la classe dirigeante. L’irrationnel de la guerre diplomatique a donc servi les intérêts de Christie’s et de Dmitri Rybolovlev au-delà de tout espoir. Le marché de l’art a connu un instant de pure poésie, par la grâce de la folie humaine. Mieux vaut qu’elle se tourne vers la création artistique que vers les armes de destruction des hommes et des monuments.

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