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Eugène Printz, un prince de l’Art Déco à Casablanca

On 21 October 2021, by Vanessa Schmitz-Grucker

Cet ensemble inédit exécuté par Eugène Printz dans les années 1930 pour une villa à Casablanca fait partie d’une vente mettant en lumière les arts décoratifs du XXe siècle.

Eugène Printz, un prince de l’Art Déco à Casablanca
Secrétaire-commode en placage de bois de violette, intérieur en bois clair, éclairage en laiton patiné, prises en bronze patiné, vers 1935, estampillé du monogramme «E. P.», 116 153 36 cm.
Estimation : 8 000/12 000 Adjugé : 16 600 €

Ce n’est pas la première fois que des pièces d’Eugène Printz nous arrivent de contrées lointaines. S’il est resté célèbre pour avoir décoré les appartements de la princesse de La Tour-d’Auvergne au château de Grosbois, ou encore les bureaux de Jeanne Lanvin à Paris, cet ensemble réalisé dans les années 1930 pour une villa à Casablanca vient nous rappeler que la reconnaissance de l’ébéniste était internationale. Après le succès retentissant de sa coiffeuse en verre et métal chromé au Salon des artistes décorateurs de 1930, Printz réussit à s’attacher les faveurs d’une clientèle fortunée et renommée : dès l’année suivante, l’aménagement du bureau-salon destiné au maréchal Lyautey lui ouvre la porte des commandes pour le Mobilier national ou encore pour la Ville de Paris. Ses créations s’exportent alors aux quatre coins du monde.

Le virage art déco
Nous ne savons que peu de choses de la vie d’Eugène Printz avant 1925, date à laquelle il sort de l’ombre en exécutant la rotonde aux cloisons mobiles et au plafond modulable du bureau-bibliothèque conçu par Pierre Chareau pour le pavillon de l'ambassade française de l'Exposition internationale. Cette collaboration et ce patronage prestigieux signent la conversion de Printz au meuble moderne. Dans la lignée de Chareau, il adopte un vocabulaire épuré : dans cette vente, sa table à écrire en acajou (1 800/2 500 €) résume sa maîtrise d’une sobre élégance associée à de savantes volutes formant les doubles jambages dotés d’une barre d’entretoise en laiton patiné. Derrière une apparente simplicité trompeuse, Printz se montre attentif aux détails, au jeu des pleins et des vides qu’il travaille dans un ordonnancement quasi architectural : il conçoit et dessine les maquettes, et cela jusque pour les tapis. Avec une surface de 33,5 m2, le modèle de la villa, aux triangles et chevrons beige et turquoise sur fond chocolat (20 000/30 000 €) – dont la photographie prise in situ figure au catalogue –, révèle l’ensemble décoratif avec lequel il cohabite harmonieusement. Au mur, le miroir circulaire (8 000/12 000 € - adjugé : 20 300 €) est ceint d’un encadrement en laiton patiné, hissé au rang de matériau noble.
Le meuble, un organisme vivant
En parfait technicien du bois, Printz sort de son atelier de la rue Saint-Bernard des pièces modulables, pensées, selon ses mots, comme des « organismes vivants ». Les essences phares du mouvement art déco, tels le palmier et le bois de violette, se plient parfaitement à ce principe. Sa chaise (1 500/2 000 €), exposée au Salon des artistes décorateurs de Paris en 1936, adopte pour ses lignes modernistes ce bois de violette jusqu’alors surtout utilisé en marqueterie ; le piétement, inscrit dans la continuité des montants du dossier, enserre une assise trapézoïdale tapissée de soie et de lin naturel. Également présenté à ce même salon, le secrétaire-commode (8 000/12 000 €), plaqué lui aussi de bois de violette, décline le modèle conservé au palais de la Porte-Dorée, dans le salon Lyautey, tout comme la table-console qui provenait de cet ensemble, déjà passée quant à elle sous le feu des enchères. Les veines noires de la précieuse essence, d’une vive irrégularité, exaltent des formes aussi audacieuses que sophistiquées. Une fois encore, ces meubles aux lignes géométriques et aux combinaisons ingénieuses témoignent de la vigueur novatrice d’Eugène Printz, qui lui aura permis d’imposer son style très personnel dans le monde entier.

Saturday 06 November 2021 - 11:00 - Live
12-14, rue Peyronnet - 33800 Bordeaux
Briscadieu
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