Et aux débuts de James Ensor, furent la mer et sa lumière

On 29 April 2021, by Caroline Legrand

Le génie de James Ensor fut précoce et fulgurant. Une marine peinte alors qu’il n’avait que vingt évoque tant ses inspirations que ses ambitions artistiques. 

James Ensor (1860-1949), Bateaux échoués, 1880, toile, 163 153 cm (détail).
Estimation : 60 000/80 000 €

Si l’évocation de James Ensor renvoie inlassablement à la boutique de souvenirs et de curiosités tenue par sa mère, présentée comme le lieu où se construisit l’imaginaire du jeune garçon, un autre univers, bien plus vaste, ne doit pas être oublié : la mer. Ensor naquit en effet à Ostende en Belgique, en 1860. Bien connu depuis que Léopold Ier en a fait sa résidence estivale, ce village de pêcheurs est devenu, en cette fin de XIXe siècle, une station balnéaire très prisée. Elle est aussi le fabuleux cadre de l’enfance du peintre, fils d’un Anglais très cultivé et sensible, James Frederic, et d’une femme de la bourgeoisie locale, Marie Catherine Haegheman. Dans une lettre de 1932, l’artiste indique travailler beaucoup, «rivé à la mer». Une source d’inspiration qui ne se tarit pas. D’ailleurs, Ensor ne quittera quasiment jamais Ostende. Bien qu’il parte se former à Bruxelles à partir de 1877, il n’arrive à se faire ni à l’enseignement académique ni à la capitale et revient dans son village dès 1880, l’année même de la réalisation de cette grande toile — comme en témoigne l’inscription à son dos. Le peintre n’est alors âgé que de 20 ans. Il n’est pas encore le génial créateur des masques et des squelettes qui lui vaudront la postérité, mais il y travaille, laissant son imagination fertile croître peu à peu et supplanter tout ce qu’on a pu lui apprendre : la tradition flamande autant que le mouvement impressionniste, alors à son apogée. Les pêcheurs comptent à cette époque parmi ses thèmes fétiches. Il les observe et cherche à les retranscrire de manière réaliste. Solidement campés, on les retrouve dans cette composition aux côtés de leurs embarcations échouées sur le sable. Ils discutent et travaillent sur leurs filets. Le trait du dessin est parfaitement sûr et les couleurs sombres donnent corps à ces massives coques de bateaux. Mais de cette marine émane bien autre chose qu’une interprétation naturaliste : l’eau et ses reflets, le ciel et ses variations. Ensor est un élève qui apprend vite. Il sait utiliser les couleurs claires, les ombres et les touches fragmentées afin d’offrir vie et mouvement à ses paysages. Et il va plus loin. Le soleil et sa lumière percent la composition et l’irradient, la plongeant dans une atmosphère irréelle, flirtant déjà avec le fantastique. Ensor travaille alors dans le grenier de ses parents et c’est dans cet atelier improvisé qu’il créera quelques-unes de ses plus belles peintures. À Ostende, il se mêle aux gens, quel que soit leur milieu social, et n’hésite pas à évoquer les difficultés de la vie des pêcheurs, tandis qu’il se moque de l’existence privilégiée de la bourgeoisie. Il expose dès 1881 à Bruxelles et participe à la fondation en 1884 du groupe des XX. Néanmoins, il restera longtemps un artiste mal aimé, isolé. À l’écart du mouvement néo-impressionniste, alors en vogue, sa peinture évolue de manière fulgurante au cours des années suivantes vers un style clair, où la lumière se fait désormais omniprésente. Cet irréalisme fantasque, entre symbolisme et expressionnisme, voit s’imposer les thèmes de la terreur et de la mort. Un univers qui ne met que quelques années à se construire mais montrera ses limites créatives dès 1893.

Saturday 08 May 2021 - 14:00 - Live
Brest - Hôtel des ventes, 26, rue du Château - 29200
Thierry - Lannon & Associés
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