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Escale à Deauville pour Van Dongen

Published on , by Sarah Hugounenq

Kees Van Dongen était un mondain. Il a fait de sa vie une tournée des lieux de villégiature de Cannes à Biarritz, sans omettre Monaco, où il termina sa vie. «Alors qu’il n’a eu quasi aucune production dans ces villes, j’ai réalisé qu’il peignait régulièrement Deauville, au point d’en faire trois expositions thématiques...

Kees Van Dongen (1877-1968), Madame Jenny S, 1920, huile sur toile, Paris, détail.... Escale à Deauville pour Van Dongen
Kees Van Dongen (1877-1968), Madame Jenny S, 1920, huile sur toile, Paris, détail. Centre Pompidou, MNAM / Centre de création industrielle.
© Adagp, Paris, 2022 © Photo Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Guy Carrard

Kees Van Dongen était un mondain. Il a fait de sa vie une tournée des lieux de villégiature de Cannes à Biarritz, sans omettre Monaco, où il termina sa vie. «Alors qu’il n’a eu quasi aucune production dans ces villes, j’ai réalisé qu’il peignait régulièrement Deauville, au point d’en faire trois expositions thématiques dans son atelier ou chez Bernheim-Jeune, observe Jean-Michel Bouhours, commissaire de l’exposition. L’invitation faite par la ville m’a permis de comprendre plus précisément le rôle de ses séjours dans son œuvre». Le propos est posé d’emblée : ne pas limiter l’accrochage à une plate illustration de la cité balnéaire. Si les scènes de plage et de baigneuses ouvrent le parcours, le sujet s’élargit progressivement  – au risque parfois de perdre de vue le fil normand – pour aborder Deauville comme un laboratoire des Années folles, en résonance avec les lignes de force de la carrière de l’artiste. L’ambiance particulière de l’entre-deux-guerres transforme la ville en faubourg de la capitale. Tout comme dans les fêtes mondaines qu’il organise à Paris, l’exotisme du spectacle se retrouve dans ses œuvres normandes. L’étude des corps déformés par la musique, dont témoigne son icône Le Tango de l’archange (1922), se mêle au leitmotiv sur la virilité du peintre, tantôt dépeint enlevant sa belle, tantôt en chimère hennissante. Plus loin, le thème équestre résonne, entre les pratiques du bois de Boulogne – où il a un atelier – et l’hippodrome de Deauville. La recherche de la ligne juste, cet écho au «signe matissien» comme le qualifie Aragon, se retrouvent dans ses portraits de garçonnes qui peuplent la vie deauvillaise, dans l’étreinte des danseurs ou dans le brouhaha d’un après-midi à la plage. Placées au cœur d’un parcours volontairement ouvert et perméable, ses estampes, en écho à l’écriture sarcastique de Paul Poiret pour un livre sur Deauville, parfont l’image d’un observateur espiègle d’une époque.

Les Franciscaines, 145 b, avenue de la République,
Deauville (14), tél. : 02 61 52 29 20.
Jusqu’au 25 septembre 2022.
www.lesfranciscaines.fr  
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