Ernst et Léonard

On 21 November 2019, by Sophie Reyssat

Au-delà des siècles, la Touraine a réuni le surréaliste et le maître de la Renaissance, auquel Max Ernest a rendu un vibrant hommage dans cette œuvre tardive.

Max Ernst (1891-1976), Projet pour un monument à Leonardo da Vinci, 1957, huile sur toile signée, datée, titrée et contresignée, 130 97 cm.
Estimation : 400 000/600 000 
© Adagp, Paris, 2019

Si plus de quatre siècles séparent Max Ernst et Léonard de Vinci, une chose les rapproche : l’amour pour leur terre d’adoption, la Touraine, où l’artiste d’origine allemande s’installe en 1955. Une façon de tourner le dos à Paris, dont le visage artistique a bien changé après-guerre. De retour d’exil aux États-Unis, Ernst a du mal à y retrouver sa place, malgré l’obtention du grand prix de peinture de la 27e Biennale de Venise, en 1954, qui lui vaut l’anathème d’André Breton. La capitale s’est en effet engagée avec effervescence dans la voie de l’abstraction et de l’art informel, dont Ernst ne partage pas les conceptions artistiques. Replié dans sa maison Le Pin perdu, à Huismes, dans ce Val de Loire dont il loue le calme et la douceur de vivre, il a toute latitude de se concentrer sur son travail à l’écart des débats critiques. Pendant près de dix ans, il produit ainsi une œuvre inventive, marquée par la diversité des techniques, des styles et des thèmes, et pourtant moins connue que celle de ses années surréalistes parisiennes et américaines. Le musée des beaux-arts de Tours a mis en lumière cette production tardive de l’artiste dans une exposition empruntant son titre à une toile de 1962, Le Jardin de la France, expression consacrée pour désigner la Touraine (du 17 octobre 2009 au 18 janvier 2010). Son séjour dans la région est, pour Ernst, l’occasion de rendre hommage à Léonard de Vinci, auquel il voue une grande admiration. Dès 1925, avec les expérimentations de ses « frottages », il a pris au mot le maître de la Renaissance : «Si tu regardes des murs souillés de taches ou faits de pierre de toutes espèces […], tu pourras y voir aussi […] d’étranges visages et costumes, et une infinité de choses que tu pourras ramener à une forme nette et complète.» Une trentaine d’années plus tard, une silhouette et une tête au profil d’oiseau  un animal récurrent dans le travail de Max Ernst  émergent de la matière de cette toile. Ce Projet pour un monument à Leonardo da Vinci fait partie d’une série de tableaux consacrés à ce dernier, entre 1956 et 1957. Ernst ne s’est pas arrêté là. Usant de tous les symboles, il fait ainsi référence aux Prophéties sur les animaux raisonnables ou irraisonnables composées par Léonard de Vinci, dans la fontaine Aux Cracheurs, aux drôles, au génie qu’il réalise pour Amboise, en 1968. L’oiseau qui la couronne  un agrandissement de son Génie de la Bastille de 1961  se conforme aux principes de l’homme de Vitruve, et ses ailes déployées désignent respectivement le Clos-Lucé et la chapelle Saint-Hubert du château, dernières demeures du maître.

Monday 16 December 2019 - 03:00 - Live
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