En passant, l’impressionnisme en sculpture à Francfort

On 23 July 2020, by Christophe Averty
Eugène Druet (1868-1917), Le Monument à Honoré de Balzac dans l’atelier du dépôt des marbres, 1896-1900, 39,5 29,5 cm. Staatliche Museen zu Berlin/Kunstbibliothek

Capter la vie, saisir l’instant et le mouvement, expérimenter une nouvelle manière de peindre et de sculpter furent autant de pratiques et d’enjeux pour les impressionnistes. L’habile et sensible propos du Städel Museum est de souligner le travail en trois dimensions auquel se sont livrés des artistes tels Edgar Degas, Auguste Rodin, Medardo Rosso, Paolo Troubetzkoy et Rembrandt Bugatti. Ces cinq approches de la figure humaine et animalière sont mises en regard de toiles, dessins, gravures et photographies de leurs contemporains, dont Giovanni Segantini et John Singer Sargent, favorisant une impression du vivant fixée dans le bronze, le plâtre, la cire, la terre et la malléable plastiline. Ainsi en va-t-il du lion couché campé au zoo par Rembrandt Bugatti et de la Femme à la voilette, attrapée «en passant» par Medardo Rosso, qui donne son titre à l’exposition. Comme on lance un débat, l’intimiste Déjeuner de Claude Monet – présenté à la première exposition des impressionnistes en 1874 chez le photographe Nadar –, entouré de deux bustes signés Auguste-Louis-Marie Ottin, semble clamer «voici d’où nous venons, voici ce que nous proposons». Dans une mise en espace fluide, rappelant une visite d’atelier par l’omniprésence de stèles acajou, les danseuses de Degas prennent vie, la posture inattendue d’une autruche de Bugatti instille son expressive abstraction. Provenant des grandes institutions et – pour bon nombre d’entre elles – de collections particulières, ces sculptures, cultivant une sensation d’inachevé, apportent un contrepoint saisissant aux coups de brosse elliptiques d’Eugène Carrière ou aux clichés et gravures de Pierre Bonnard et d’Antoine Bourdelle. L’esprit impressionniste est là, avec ses techniques expérimentales et ses fulgurances, traversant quelque 160 œuvres. On pourrait presque s’étonner qu’une telle idée – simple, lisible et efficace –, portée par les commissaires allemands Eva-Mongi-Vollmer et Alexander Eiling, n’ait encore jamais trouvé écho dans un musée français.

Städel Museum,
2, Dürerstrasse, Francfort, tél. : + 49 69-605098-268.

Jusqu’au 25 octobre 2020.
www.staedelmuseum.de
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